Nouveaux outils d’aquaponie
Nouveaux outils d’aquaponie
Pendant trois ans, les partenaires au projet Smart Aquaponics ont œuvré à l’élaboration de trois outils : un programme d’enseignement et deux applications numériques. La première permettant de concevoir un système aquaponique virtuel ainsi que d’en simuler le rendement et la seconde de surveiller à distance le fonctionnement d’un système aquaponique par le biais de capteurs. La présentation de ces projets est des plus récentes.
L’aquaponie est une technique intrinsèquement durable : on utilise une eau enrichie par les déjections de poissons pour nourrir les plantes ; après filtrage par les plantes, cette eau est renvoyée vers l’aquarium. Par rapport aux systèmes classiques, l’aquaponie permet de réduire la demande en eau, le volume des déjections de poissons dispersées dans la nature ainsi que la demande en engrais de synthèse destinés aux cultures maraîchères. L’aquaponie autorise également la production d’aliments dans des environnements normalement inadaptés. Exemples : sols contaminés, environnements urbains ou régions arides. La présence simultanée de poissons et de légumes dans le même système interdit l’usage de tout pesticide ou antibiotique. L’aquaponie permet par conséquent de proposer des légumes et poissons frais tout en réduisant sensiblement l’impact écologique. L’aquaponie est un secteur en plein essor dans le monde entier. La Belgique et la France y contribuent amplement. Les systèmes aquaponiques se multiplient chez les particuliers, dans l’enseignement (PTI à Courtrai, Odisee), les collectivités urbaines (Tast’in Five), les universités (ULiège, Yncréa). Mais on rencontre aussi des systèmes professionnels d’envergure modeste dans les commerces et restaurants, les fermes urbaines, la société BIGH aux Abattoirs d’Anderlecht (0,2 ha) et sous peu à une échelle industrielle chez aqua4C (Kruishoutem) ou Tomato Master (20 ha à Deinze).
Smart Aquaponics
Smart Aquaponics est un projet Interreg France-Wallonie-Flandre visant à favoriser le développement et l’adoption de l’aquaponie. Outil de veille, d’aide à la décision et de formation, Smart Aquaponics devrait équiper les premiers systèmes aquaponiques d’ici l’automne. Des ateliers sur ce thème sont organisables dans les établissement d’enseignement, les organisations sans but lucratif et autres structures communautaires. Et ce dans le souci de créer des synergies tout en (ré)introduisant des techniques culturales à fort potentiel. Le projet se propose de lever les obstacles qui entravent le déploiement de l’aquaponie, à savoir le manque de formation, d’expertise et de moyens techniques. Dans la pratique, Smart Aquaponics développe une série d’outils connectés. Cette technique permet d’obtenir localement des produits frais et de qualité sur une surface restreinte en milieu urbain. En Europe, le décollage de la filière aquaponique remonte à 2018. En France, on dénombre déjà 22 fermes aquaponiques professionnelles et 23 projets sont en chantier. En Belgique, 13 entreprises professionnelles d’aquaponie sont en cours de développement.
Modèle informatique
Le C-RAU (Centre de Recherche en Agriculture Urbaine de Gembloux Agro-Bio Tech ULiège) vient de parachever un modèle informatique capable de simuler des systèmes aquaponiques. Ces systèmes permettent de produire des légumes et du poisson sur le même site. Ce modèle constitue le fondement d’une application aussi intelligente qu’innovante : Smart Aquaponics. Permettant de s’initier, sans s’ennuyer, aux bonnes pratiques aquaponiques, cette appli. est le fruit d’une rencontre fructueuse entre le monde scientifique et celui des jeux. Dans l’esprit du « serious gaming », cette appli. permet de renouer avec une technique de culture et d’élevage qui connaît un regain d’intérêt : l’aquaponie », précise le Pr. Haïssam Jijakli, fondateur du C-RAU, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège et coordinateur du projet Smart Aquaponics. « Largement pratiquée par les Aztèques, l’aquaponie fait aujourd’hui partie intégrante de l’agriculture urbaine. Culture hors-sol aux multiples bienfaits, l’aquaponie devient accessible au plus grand nombre, des particuliers aux entreprises, en passant par le secteur horeca, les établissements d’enseignement, voire les associations. »
Nouvelle application
Contrairement aux idées reçues, l’aquaponie ne se limite pas à l’alimentation des poissons et au jardinage. « Il s’agit de créer un véritable écosystème ‘du berceau au berceau’ et de le faire durer », explique le professeur Haïssam Jijakli, fondateur du C-RAU, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège, et coordinateur du projet Smart Aquaponics. « Notre application nous permet de montrer les aspects techniques de ce modèle de production, en nous fondant sur des observations scientifiques. L’approche est aussi conviviale qu’amusante : Smart Aquaponics est conçu dans un esprit assez ‘Tamagotchi’. Smart Aquaponics renvoie aussi bien au projet financé par l’Europe depuis 2018 qu’à l’application interactive mise à la disposition des utilisateurs à compter d’aujourd’hui. En comparaison avec les modèles aquaponiques existants, ce système est modulaire, accessible et réplicable. Smart Aquaponics est aussi un outil participatif et évolutif. L’intégration de retours d’expérience lui permet de s’enrichir au fil du temps. En d’autres termes, plus la communauté d’utilisateurs grandira, plus l’application gagnera en précision. Ce petit système peut également se professionnaliser, jusqu’à la mise sur pied d’une ferme aquaponique. Comme en témoigne chez nous, par exemple, la Ferme Abattoir d’Anderlecht (BIGH). »
Investissement
L’Europe affecte deux millions d’euros au développement de l’aquaponie. L’aquaponie est une technique écologique reconnue de production combinée de légumes et poissons. L’expertise s’est cristallisée dans le bassin franco-belge, mais elle est confrontée à divers défis inhérents à la nouveauté : le manque de formation et d’outils accessibles à tous. Pour surmonter ces obstacles, les établissements d’enseignement secondaire et supérieur ainsi que les universités ont lancé le projet Smart Aquaponics. Ce projet Interreg de coopération transfrontalière est soutenu par le Fonds européen de développement régional. Il vise à favoriser le développement de l’aquaponie auprès des particuliers, des collectivités et des professionnels par le biais de formations en ligne et d’outils de gestion numérique. Pionnière en Europe dans le domaine de la recherche et du développement de technologies innovantes d’agriculture urbaine, la faculté Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège coordonne le projet Smart Aquaponics, officiellement lancé le 20 septembre 2021 à Lille.
Capteurs
À l’instar du PTI (Institut Technique Provincial), à Courtrai, ou de l’Institut Don Bosco, à Woluwe-Saint-Lambert, certains établissements d’enseignement secondaire qui disposent déjà d’un système aquaponique et envisagent l’intégration de la technologie Smart Aquaponics. Enseignant auprès du PTI (Institut Technique Provincial) à Courtrai, Nick Pannecoucque est impliqué dans le projet. « Nous sommes satisfaits du projet et nous avons beaucoup appris. L’appli. de suivi est épatante. Sur le plan pédagogique, ce projet laissait encore à désirer. Nous aimerions développer un jeu intelligent qui se prête à un enseignement plus interactif de la matière. Que les personnes à même de nous y aider n’hésitent pas à se manifester. Le système Aquaponics se distingue par la rencontre de capteurs employés en hydroponie et en aquaculture. Cela n’était jamais arrivé. L’aquaculture et l’hydroponie reposent déjà de nombreux capteurs, mais leur communication réciproque est une grande première. Ces capteurs recueillent toutes sortes de données. L’appli. permet de les visualiser. Nous montrons que le système fonctionne pour convaincre les partenaires industriels au projet de l’utiliser. Les défis à relever sont encore de taille. La nitrification a déjà fait l’objet de nombreuses études. Mais nous savons peu de choses sur la teneur en phosphate. Se mesure-t-elle aisément ? Le biofiltrage mérite que l’on s’y attèle sérieusement. Le secteur des technologies de traitement de l’eau pourrait y contribuer. Il s’agit d’identifier les bactéries présentes et les bactéries utiles. Ce n’est qu’à ce prix que l’on parviendra à assurer la transformation optimale des déjections en nutriments. Le système est économe en eau. Si l’on s’en réfère à la littérature, la production d’un kilo de tomates cultivées en pleine terre requiert près de 70 litres d’eau. Dans un système hydroponique (aquaponie incluse), la consommation d’eau requise se situe entre 7 et 10 litres. Cela représente une économie d’eau considérable.
Prof. Haïssam Jijakli, fondateur du C-RAU, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège, et coordinateur du projet Smart Aquaponics.
« Notre application nous permet de montrer les aspects techniques de ce modèle de production, en nous fondant sur des observations scientifiques. »
Enseignant auprès du PTI (Institut Technique Provincial) à Courtrai, Nick Pannecoucque est impliqué dans le projet.
« Nous sommes satisfaits du projet et nous avons beaucoup appris. »

