Lutter contre les microplastiques
Lutter contre les microplastiques
Le Dr. Colin Janssen est professeur titulaire d’écotoxicologie et d’écologie marine appliquée. Il est passionné par la qualité de l’eau. Il est connu, entre autres, pour sa recherche sur la présence de microplastiques dans l’eau. Il nous parle de la situation à cet égard en ce qui concerne l’eau de mer et l’eau douce. La situation semble également avoir attiré l’attention de l’Europe, car celle-ci prépare de nouvelles directives en la matière.
Que sont précisément les microplastiques ? Le professeur Colin Janssen nous l’explique. « Il y a tout d’abord les microplastiques primaires. Ils sont volontairement fabriqués petits. Ce sont par exemple les petites billes de plastique d’un diamètre de quelques micromètres à quelques centaines de micromètres, dans les savons, les exfoliants et autres produits cosmétiques. Ensuite il y a les microplastiques secondaires. Il s’agit de fragments de produits plastiques de grande dimension, et qui s’en sont détachés par suite de facteurs tels que les UV, la force de l’eau, le frottement sur le sable et les fonds, … Les microplastiques sont définis comme des morceaux de plastique de cinq millimètres et plus petit. Il n’y a pas de limite inférieure fixe. »
Nano… ou pas ?
Ces dernières années on parle aussi de nanoplastiques. On pourrait les décrire comme les plus petits des microplastiques. « Il n’y a pas encore de consensus quant à leur définition. On pourrait dire qu’ils sont inférieurs à un micromètre. Jusqu’à présent il n’y a eu que deux publications affirmant que les auteurs pouvaient mesurer les nanoplastiques. »
De nombreuses publications sur les microplastiques ne prennent pas réellement en compte les plus petites particules, bien qu’elles soient bien sûr également présentes. « Beaucoup de ceux qui étudient les microplastiques plongent dans la mer un filet avec des mailles de 0,33 millimètre. Ils attrapent donc tout ce qui est plus grand, et pas ce qui est plus petit. Bien qu’il y ait évidemment des plastiques de moins de 0,33 millimètre. Il y a hélas bien sûr une limite inférieure : les microplastiques que l’on ne peut pas voir. La littérature scientifique ne comporte donc presque jamais de communications concernant des plastiques de moins de 20 micromètres. C’est ce que l’on peut voir de plus petit avec un microscope optique. »
Dans les boues et l’eau
Depuis, il y a eu beaucoup de recherches sur la présence de plastiques dans l’eau de mer. Celles concernant les microplastiques dans l’eau douce en sont encore à leurs balbutiements. « Nous constatons entre-temps que les concentrations dans les rivières sont en général plus élevées qu’en mer. Depuis 2015, nous étudions ce qu’il en est des microplastiques dans l’eau douce, en Flandre. Nous avons, par exemple, prélevé des échantillons dans l’Escaut et la Lys. Pour Audenarde nous avons trouvé cinq mille particules de microplastique par kilo de résidu sec – un kilo, cela tient dans à peine deux poignées. Dans certains cas nous avons même compté 50 000 microplastiques par kilo. On en trouve également dans l’eau. Il s’agit, dans ces cours d’eau, de quelques particules à quelques dizaines de microplastiques par litre. Nous sommes à présent occupés à un grand projet, conjointement avec la Société flamande pour l’environnement (Vlaamse Milieumaatschappij), afin de mieux cartographier cette pollution aux microplastiques. Nous examinons ce qu’il y a dans l’eau, ce qu’il y a dans les résidus secs, si l’on peut en tirer des modèles, ce qui provient des stations d’épuration, et ce que contient notre eau potable. »
« Pour Audenarde nous avons trouvé cinq mille particules microplastiques par kilo de résidu sec. »
Stations d’épuration
Mais l’on sait encore peu de choses sur la quantité de microplastiques retenus par les stations d’épuration : « Nous avons étudié cela dans les années 2014-2015 avec quelques étudiants, au niveau d’une station d’épuration à Destelbergen. Il s’agissait d’un très petit échantillon. Nous avons constaté que l’efficacité d’élimination des microplastiques était d’environ 50 %. C’est-à-dire que la moitié passait à travers. Si nous regardons les recherches qui ont été faites à ce sujet dans d’autres pays, nous trouvons également des chiffres qui varient entre 50 et 60 % d’efficacité d’élimination. Bien qu’il y en ait qui en éliminent plus : 90, 95, jusqu’à 99 %.
En fait, il faut attaquer le problème du plastique au plus près de la source, que ce soit les micro ou les macroplastiques, estime-t-il. « Il ne faut pas attendre qu’ils arrivent dans la mer pour essayer de les en extraire. 80 % de ce qui aboutit dans la mer y est arrivé via les rivières et les canaux. Le plastique y est plus concentré que dans la mer. Et d’où viennent les microplastiques présents dans les rivières et les canaux ? Dans nos contrées ils passent entre autres par les stations d’épuration. Ce sont des lieux de concentration où l’on peut agir rapidement et efficacement. Aquafin teste dès lors diverses technologies pour vérifier leur efficacité à cet égard. La plupart sont basées sur des membranes. Une telle technologie a un coût important. »
Recherche de solutions
« De nombreuses petites solutions mettront fin au problème des plastiques dans l’eau », poursuit le professeur. « Il est indispensable de prendre le problème à la source et d’aborder immédiatement aussi le processus de fabrication, à l’aide de moyens de remplacement par exemple. Mais je pense que nous devons passer à la vitesse supérieure car entre-temps ce sont encore toujours entre 5 et 12 millions de tonnes de plastique qui sont déversés dans nos océans. Et cela année après année. Nous sommes assez intelligents que pour résoudre le problème des microplastiques. Mais nous devons en fait effectuer un saut de paradigmes. Gérer judicieusement la Terre. Non seulement pour nous-mêmes mais aussi, et peut-être surtout, pour la nature. De là, il finissent d’ailleurs dans notre corps. Il y a des limites à tout… Il nous faut en tenir compte. »
« D’ici 2023, la Commission européenne devra fournir une méthode de mesure des microplastiques. »
Surveillance obligatoire
En octobre 2018, le Parlement européen a voté en faveur d’une directive plus stricte sur l’eau : la Directive du Parlement européen et du Conseil relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (Directive of the European Parliamant and of the Council on the quality of water intended for human consumption). On y trouve entre autres la déclaration selon laquelle les concentrations de microplastiques dans l’eau devront être surveillées. Baptiste Chatain, attaché de presse auprès du Parlement européen : « Depuis, des négociations ont eu lieu avec le Conseil. Le texte final, qui doit encore être formellement approuvé par le Parlement, a maintenant quelque peu changé. « En ce qui concerne les microplastiques, la Commission européenne devra fournir, d’ici 2023, une méthode pour les mesurer. »
Et plus précisément, le nouveau texte indique : « Lorsque l’eau de surface est utilisée pour la production d’eau destinée à la consommation humaine, les États membres doivent accorder une attention particulière aux microplastiques et aux perturbateurs endocriniens dans leur évaluation des risques. Le cas échéant, ils doivent également exiger des sociétés des eaux qu’ils surveillent et/ou répondent également à ces paramètres et à d’autres paramètres de la liste de surveillance s’ils sont considérés comme un danger potentiel pour la santé humaine. »
Pour les perturbateurs endocriniens pouvant s’échapper des plastiques, Colin Janssen affirme : « On ne sait pas encore s’ils sont nocifs pour l’homme compte tenu des quantités présentes dans l’eau. Un organisme de réglementation tel que l’UE affirme : par mesure de précaution, nous allons en lister certains afin qu’ils soient moins utilisés. Ce qui est compréhensible. Il est également possible d’extraire ces substances de l’eau. Cela nécessite des techniques très spéciales, telles que le charbon actif et l’ozonation. Elles sont, elles aussi, coûteuses. »
Par Koen Vandepopuliere


