Une coopération accrue est nécessaire
Une coopération accrue est nécessaire
Notre système d’eau doit être plus durable et plus robuste. C’est ce que pensent Rilke Raes d’Ovadis et Lies Bamelis, consultante environnementale chez Profex. Les experts de l’eau sont d’avis que les entreprises doivent diversifier plus leurs qualités d’eau. Elles doivent aussi coopérer plus mutuellement dans des groupements d’entreprise de manière à échanger les flux d’eau.
Rilke Raes voit déjà une opportunité dans l’accumulation de connaissances supplémentaires dans les entreprises concernant leur gestion de l’eau. « Si je vois une tendance positive, les choses doivent toutefois aller plus vite. Il y a encore trop d’entreprises qui considèrent l’eau comme une source inépuisable et disposent de connaissances insuffisantes concernant les débits d’eau dans leur production ou leurs activités. On ne voit pas l’urgence et on ne s’en occupe pas de manière consciente. On retient aussi trop peu d’eau et on évacue trop d’eau. Les réserves sont aussi remplies trop lentement d’eau de pluie. A terme, cela n’est pas tenable. L’eau n’a jamais été et ne sera jamais au centre de leurs conversations. » Lies Bamelis rejoint Raes : « Beaucoup d’entreprises ne connaissent pas les détails de leur gestion de l’eau ni les qualités de leur eau. De très petites entreprises (ou des entreprises avec une demande d’eau limitée) devraient répertorier leur gestion de l’eau et l’améliorer. Suivez bien votre traitement de l’eau, de manière à ce que les fuites et autres inefficacités puissent être répertoriées plus rapidement. Moins les entreprises utilisent d’eau au cours de leur processus de production et mieux cela vaut. Mais dans l’agriculture également, des changements sont nécessaires ( grâce auxquels la plus grande quantité possible d’eau puisse être captée dans le sol) de manière à ce qu’une consommation d’eau réduite soit nécessaire pour irriguer leurs champs. C’est là le concept le plus durable. » Raes pense qu’une transition progressive vers une agriculture plus robuste en eau doit également devenir un pilier important de la politique de l’eau.
Réfléchir à la gestion de l’eau peut également être un exercice précieux chez les particuliers comme chez les entreprises. « Cela réside parfois dans des choses simples », déclare Raes. L’eau avec laquelle vous vous lavez les mains devrait pouvoir être utilisée en principe pour la chasse de vos toilettes. Il va de soi que les systèmes à cet effet doivent être conçus différemment de manière à ce que l’hygiène reste garantie, mais il s’agit là d’une piste de réflexion alternative. Il faut réfléchir aux diverses qualités d’eau dans l’ensemble du système. Une infrastructure très obsolète est également un point délicat, comme des égouts et des conduites d’eau potable qui fuient. Rien que le remplacement de l’ancienne infrastructure sanitaire dans les bâtiments scolaires et les complexes sociaux dans les entreprises notamment, peut fournir une contribution utile. Je pense ici notamment aux toilettes qui économisent l’eau. N’utilisez pas non plus une eau de qualité pour refroidir des pompes industrielles. Outre la diversification, un plus grand nombre de mesures doivent être prises pour retenir l’eau. »
Différentes qualités d’eau
Les entreprises diversifient trop peu lorsqu’il s’agit des qualités d’eau. Il faut faire plus de différence concernant les qualités d’eau. « Une entreprise doit répertorier les qualités d’eau dont elle a besoin pour telle ou telle application », indiquent Bamelis et Raes. « Il n’est pas nécessaire de tout épurer jusqu’à la qualité maximale. Cela demande de l’énergie et implique aussi des pertes d’eau. » Bamelis pense que les entreprises doivent coopérer plus pour partager mutuellement l’eau. « Des entreprises situées les unes à côté des autres ne savent souvent rien de leur consommation d’eau mutuelle. Une solution consiste à rassembler les entreprises dans un groupement. L’année passée, la Société flamande de l’environnement a lancé un appel pour que les entreprises coopèrent sur ce plan. 8 entreprises ont répondu. Il faut miser plus sur cette coopération. La demande d’eau en Flandre est à vrai dire encore trop individuelle et mise en oeuvre d’une manière spécifique aux entreprises. C’est chacun pour soi dans l’industrie et l’agriculture. » Pour les entreprises agricoles et industrielles, notamment, un tel groupement d’entreprises présente de nombreux avantages. Bamelis en donne quelques exemples. « Les eaux de pluie peuvent être captées dans un dépôt et être utilisées ensuite par un gros consommateur d’eau proche. Les eaux de pluie de l’entreprise logistique, qui elle-même ne consomme pas d’eau, pourraient être captées et utilisées, par exemple, par une entreprise de produits laitiers si les garanties de qualité sont obtenues. Les eaux résiduaires d’une entreprise peuvent être ensuite utilisées pour des processus d’une autre entreprise, sans qu’une épuration poussée soit nécessaire. Ceci peut fournir un gain important. »
Lies Bamelis pense toutefois que de tels projets exigent les adaptations techniques nécessaires. « Certains terrains industriels anciens n’y sont pas adaptés. Lors de la construction de nouveaux terrains industriels, il faut notamment en tenir compte. Il faut voir si une combinaison des différentes activités est possible. On veillera toutefois toujours à ce que les terrains industriels soient neutres en CO2. Mais je plaide aussi pour que l’on jette un regard plus approfondi sur l’eau. Et que l’on ait donc un terrain industriel neutre en eau. En Flandre, il y a, en tout cas, déjà trop peu d’eau. » Si les entreprises réutilisent plus, on déversera aussi moins d’eau dans les eaux de surface. Cela aura aussi son impact, pense Bamelis. « Dans ce cas, on déversera uniquement, mais toutefois un flux concentré dans les eaux de surface. Mais il n’y a aucune certitude que ce soit que la qualité des eaux de surface en soit améliorée. L’agriculteur qui continue à avoir besoin d’eau trouvera certainement que cela le gêne. Mais aussi les sociétés de distribution d’eau potable. Nous devons bien réfléchir à la manière dont nous allons traduire ceci à l’avenir. »
Une législation plus claire.
Les deux experts espèrent toutefois une législation plus claire pour la réutilisation de l’eau de qualité inférieure. « Le caractère légal concernant la qualité de l’eau potable est évident, mais pas pour les flux d’eau de qualité inférieure », indique Bamelis. « Il est difficile d’établir une réglementation claire, sans perturber le marché. Certaines régions sont plus sensibles à la sécheresse que d’autres. Sur le plan de l’eau souterraine, la Flandre-Occidentale est plus stricte que le Limbourg. Dans l’ensemble de la Flandre, nous utilisons la même électricité, mais il en va différemment pour l’eau. » Des directives claires pourraient peut-être avoir une action stimulante. « Je suis dans un groupe opérationnel du service agriculture et pêche du département de l’agriculture », indique Bamelis. « Nous essayons de créer là un cadre évident en ce qui concerne l’effluent des installations d’épuration d’eau comme eau d’irrigation dans le secteur agricole. Cela est nécessaire de manière à ce que les exploitations puissent réutiliser les eaux effluentes le coeur tranquille. » Rilke Raes est enchantée : « Régulièrement, des exploitations le demandent et nous avons déjà entamé des dossiers. Mais cela reste très particulier et il est nécessaire d’avoir un cadre clair. De même, l’approche du rapport coût-efficacité est importante. Economiser l’eau ne deviendra quelque chose de commun que si un prix correct est attribué à l’eau de qualité. Une eau potable de qualité peut certainement être plus chère pour la consommation dite de confort. Il faut une plus grande différence des coûts pour le droit de base à l’eau et une surconsommation ou une consommation dite de confort. Les normes pour la réutilisation de l’eau sont sévères et en ce qui concerne les paramètres hygiéniques, cela est absolument défendable. Pour des initiatives où l’eau reçoit une deuxième fonction dans l’environnement immédiat, cela devient financièrement moins intéressant avec cette réglementation stricte. Les entreprises paient en outre des taxes sur l’eau qu’elles mettent à la disposition de l’agriculture. Je plaide pour abaisser ces taxes. Je vois là un rôle important pour la politique. Mais donnez-nous un stimulant financier pour réutiliser l’eau au lieu de prélever des taxes.
« Suivez bien votre traitement de l’eau, de manière à ce que les fuites et autres inefficacités puissent être répertoriées plus rapidement. »
Beaucoup d’entreprises ne connaissent pas les détails de leur gestion de l’eau ni les qualités de leur eau.
« Des entreprises situées les unes à côté des autres ne savent souvent rien de leur consommation d’eau mutuelle. »
« Il y a encore trop d’entreprises qui considèrent l’eau comme une source inépuisable »
« Il faut réfléchir aux diverses qualités d’eau dans l’ensemble du système ».
« Donnez-nous un stimulant financier pour réutiliser l’eau au lieu de prélever des taxes. »






