Un recyclage de l’eau unique dans une société flamande de lavage de citernes
Un recyclage de l’eau unique dans une société flamande de lavage de citernes
Pour les sociétés de lavage de citernes, l’eau est une matière première essentielle. Le nettoyage des divers types de camions-citernes nécessite en effet chaque jour des milliers de litres d’eau douce chauffée. Beaucoup de sociétés dépendent encore pour cela de l’eau de ville et paient des frais élevés pour la distribution d’eau d’une part et pour l’adoucissement et le chauffage d’autre part. Cependant, avec une primeur européenne pour le recyclage d’eaux usées comme eau potable destinée notamment aux lignes de lavage de citernes alimentaires, Aaqua laisse entrevoir des économies substantielles.
Les plus de 80 projets d’épuration d’eaux usées menés auprès de sociétés de lavage de citernes chez nous et à l’étranger ne trompent pas. Aaqua, spécialiste de l’épuration de l’eau établi à Wavre-Sainte-Catherine, a su se profiler au cours de ses 21 années d’existence comme une référence d’envergure dans ce secteur exigeant. Avec le projet actuel, consistant à assainir les eaux usées d’une société de lavage de citernes pour obtenir une qualité d’eau potable et ensuite l’utiliser pour le lavage de camions citernes à usage alimentaire, l’entreprise inscrit également une primeur européenne à son palmarès. Même si, selon Rob Van den Broeck, Applications Manager, cette étape du recyclage de l’eau a surtout été une conséquence logique des défis observés dans le secteur.
« Une société de lavage de citernes ordinaire nettoie chaque jour entre 60 et 120 camions-citernes », explique Van den Broeck. « Selon le produit à nettoyer, l’opération consomme entre 1,5 et 3,0 m3 d’eau par camion-citerne. Cela représente non seulement une grosse consommation d’eau mais également une énorme quantité et une grande diversité de produits chimiques et d’autres polluants présents dans les eaux usées. Pour satisfaire aux normes de rejets, ces sociétés doivent donc souvent procéder à une épuration très poussée des eaux usées. Proportionnellement, l’extension d’une telle installation pour permettre le recyclage n’exige pas de gros moyens mais elles peuvent par ce biais réaliser d’énormes économies. »
Du sur-mesure pour des effluents complexes
Il ne faut pas mobiliser les grands moyens mais les bons moyens. Dans ce projet, le train d’épuration existant – tampon, prétraitement physico-chimique, SBR – a été complété après une série d’essais pilotes par deux installations à membranes successives (UF + RO) et la biologie en batch initiale a été convertie en une biologie en continu. « Comme nous avons affaire ici à des eaux usées très complexes, la résistance chimique et physique des membranes utilisées ainsi que leur aptitude au rinçage inversé ont été des aspects cruciaux », dit Van den Broeck. « Pour garantir cela, les processus à membranes sélectionnés ont été testés pour la première fois l’an dernier avec notre installation pilote sur site. »
Ces tests se sont avérés très positifs et depuis lors, les membranes ont été installées à demeure, mais pas dans le réacteur. « Nous avons sciemment choisi d’installer les membranes à côté du réacteur. Cela nous permet de mieux maîtriser le processus et présente quelques avantages pratiques lors des entretiens. De plus, grâce à un pilotage intelligent, nous avons également réussi à limiter à environ un tiers l’énergie de pompage nécessaire, qui est traditionnellement élevée dans une telle installation BRM. »
Outre la phase d’étude générale et la fabrication des skids, cette automatisation a elle aussi été entièrement conçue par Aaqua. « Finalement, tout le monde peut acheter une membrane », explique Van den Broeck, « mais c’est la façon dont elle est installée et pilotée qui détermine la durée de vie et les coûts d’exploitation de l’installation. Surtout quand la composition des flux résiduaires varie, comme dans une société de lavage de citernes. En réalisant tout cela en régie propre, nous pouvons tout optimiser et tout adapter si nécessaire. Et si un problème se présente, l’automatisation nous permet de le détecter et même de le résoudre à distance. »
Une qualité d’eau potable fiable
Cette fiabilité était une exigence majeure pour la société de lavage de citernes. Non seulement en termes de sécurité de fonctionnement mais également en termes de qualité de l’eau. « Comme les eaux résiduaires assainies sont utilisées sur les lignes de lavage de citernes alimentaires, la qualité d’eau potable doit être garantie en permanence », explique Marc Feyten, CEO d’Aaqua. « Pour cela, outre l’étude technique, il a aussi fallu réaliser une étude HACCP, une analyse des risques. »
Le principal défi pour garantir la qualité d’eau potable est en tout cas rapidement devenu évident. « Pour le lavage de camions-citernes, l’eau est chauffée à 80 °C », dit Feyten, « et par conséquent, les eaux usées ont aussi une température encore relativement élevée, à savoir entre 25 et 30 °C. C’est hélas une température idéale pour le développement rapide de bactéries comme les légionelles. C’est pourquoi, en plus des deux barrières physiques assurées par l’ultrafiltration et l’osmose inverse, qui éliminent déjà plus de 99,9999% des bactéries, nous prévoyons encore une troisième barrière, chimique cette fois, en décontaminant définitivement le perméat par une légère chloration. De cette façon, nous pouvons garantir la qualité de l’eau recyclée assainie. »
« En outre, en complément des analyses légalement obligatoires dans un labo agréé, nous réalisons en continu des mesures en ligne de la qualité de l’eau. Au moindre problème, l’installation est aussitôt arrêtée automatiquement et le client revient sur sa distribution d’eau et son installation initiales. »
Bien plus que des économies d’eau
Grâce à la nouvelle installation, la société de lavage de citernes peut finalement réutiliser environ 70% de ses eaux usées. « Cela représente non seulement une économie sur la facture d’eau de ville », précise Feyten, « mais cela réduit aussi bien d’autres coûts. En effet, 70% de recyclage, c’est aussi 70% de rejets en moins ; grâce à la température plus élevée de l’eau récupérée, il faut moins chauffer l’eau de lavage recyclée et l’usage de l’adoucisseur est aussi sensiblement réduit. Ce qui présente encore l’avantage d’une réduction des rejets de sels dans la nature et d’un ralentissement de la salinisation de l’environnement. »
Van den Broeck tire le bilan : « Compte tenu de la situation initiale, où la fourniture d’eau passait par l’eau de ville et les eaux usées étaient déversées dans les égouts, ce client amortira la modernisation de son installation en trois ans. Pour les sociétés qui actuellement rejettent leurs effluents dans les eaux de surface, le délai d’amortissement d’une intervention similaire ne dépassera sans doute pas les cinq ans. Ces chiffres sont encourageants et nous entrevoyons encore beaucoup de possibilités dans le secteur du lavage de citernes et d’autres domaines. Les prochains projets sont déjà à l’étude. »
Par : Elise Noyez
Photos : Aaqua
« En installant les membranes à côté du réacteur, nous pouvons encore mieux maîtriser le processus. »
« Le client économise non seulement sur sa facture d’eau mais aussi sur l’usage de l’adoucisseur et sur les frais de chauffage et de rejets. »


