22/06/2020

Solution pour résidus de drogue dans l’eau

Un café solitaire et quelque peu suranné ‘op de buiten’ (à la campagne) à Dixmude, près du tristement célèbre Boyau de la mort. On s’attend à des sansevierias à la fenêtre, des pintes à l’ancienne sur des sous-verres blanc sale et une table brune avec de vieux amis joueurs de cartes. Cependant, la réalité s’est avérée moins idyllique, car la police y a découvert, l’année dernière, un véritable laboratoire de drogue au sous-sol. Qu’est-ce que cela a à voir avec ‘Aquarama’ vous dites-vous peut-être ? Eh bien, le fossé avoisinant s’est avéré fortement pollué par toutes sortes de matières résiduelles provenant de cette activité illégale. Nous nous sommes demandé comment cela a pu être assaini.

Silke Willaert, responsable de l’environnement de la ville de Dixmude, nous en dit un peu plus sur la situation rencontrée. « Lorsque les services judiciaires ont mis fin, l’année dernière, à ce laboratoire de drogue, ils avaient de fortes présomptions que les eaux usées du laboratoire avaient été rejetées directement dans le ruisseau avoisinant. Notre service environnement, l’inspection environnementale, les pompiers et la protection civile ont ensuite été appelés sur place pour effectuer les contrôles et prendre les mesures nécessaires. Une prise d’échantillon de l’eau du ruisseau a immédiatement indiqué qu’il y avait en effet un problème de qualité de l’eau : la valeur du pH était à peine de 1, là où l’on pourrait normalement s’attendre à une valeur de 7. C’était déjà une indication claire qu’il y avait effectivement des déchets chimiques dans le ruisseau, à la suite de quoi il a été décidé de mener une analyse approfondie. Cette dernière a démontré la présence de pas moins de 30 mg d’amphétamines par litre d’eau. »

Dans l’intervalle, toutes les précautions nécessaires avaient été prises par la protection civile, comme la mise en place d’un barrage et l’extinction à la chaux afin d’obtenir à nouveau une valeur de pH normale. Mais ces amphétamines étaient toujours présentes dans l’eau, et nous avons donc cherché une solution satisfaisante pour assainir l’eau du ruisseau. »

Comparaison de trois solutions

« Lors de la recherche de la méthode appropriée, nous avons comparé trois options. La première consistait à pomper toute l’eau du ruisseau et à la transporter dans des camions vers une usine de combustion de la région d’Anvers. Cependant, c’était une solution relativement coûteuse, même en dehors du coût et de l’impact environnemental du transport. Une deuxième option était d’amener cette eau dans une installation de traitement biologique. Traiter l’eau n’était pas là-bas un problème en soi, mais nous n’avions pas la certitude que les amphétamines seraient suffisamment éliminées. Il y avait donc un risque qu’elles soient à nouveau rejetées dans l’environnement. »

« En fin de compte, le choix s’est porté sur la troisième option, celle apportée par les pompiers. Ces derniers proposèrent d’utiliser une installation d’épuration mobile. Cela sembla être la solution la plus pragmatique et la moins chère. »

Installation d’une filtration mobile.

Cette installation mobile a été fournie par l’entreprise de Flandre occidentale Desotec. Le spécialiste Brecht Huyghe rejoint la discussion au nom de cette entreprise. « Pour nous, c’était un projet unique en raison de la nature de la pollution, car l’élimination de déchets de drogue est plutôt rare. Nos activités dans le domaine de la purification de l’eau concernent normalement surtout l’épuration des déchets industriels et des eaux de processus, ainsi que des eaux souterraines contaminées lors de l’assainissement. Néanmoins, c’était un projet relativement simple pour nous, car les amphétamines appartiennent généralement à un groupe de composants chimiquement bien adsorbants et nous savons quoi en faire. En d’autres termes, peu importe que ces substances organiques proviennent de drogues ou d’autres déchets. Par expérience et sur la base de données empiriques, nous savions quelle méthode appliquer : une adsorption au charbon actif. Le défi pour nous était principalement dans la sélection du type de charbon actif. »

Système de filtration étagé

« Pour être sûr de la qualité du résultat final, nous avons d’abord effectué une simulation au niveau du laboratoire. Cela nous a montré que l’eau traitée répondait aux normes de rejet. Nous avons opté pour un système étagé à trois filtres : deux préfiltres à sable filtrant puis un filtre à charbon actif. Le filtre à charbon actif, le Mobicon 1000, d’un volume de 1 m³, forme la dernière étape et adsorbe les amphétamines. Les deux préfiltres sont également des filtres à charbon actif de même contenu, mais ils contiennent respectivement du sable de filtration grossier et fin chargé d’extraire les particules de boue en suspension. Cela était nécessaire car l’eau était dans un fossé avec beaucoup de boue, ce qui pouvait compliquer le fonctionnement du filtre. »

Dimensionnement

« Le dimensionnement est relativement facile. Le nombre de facteurs de base à prendre en compte est relativement limité : la concentration des amphétamines dans l’eau, le volume d’eau à filtrer et le résultat final souhaité. Sur cette base, nous pouvons déterminer la quantité de charbon actif à utiliser. Il est important que le temps de séjour minimum dans le filtre à charbon actif soit respecté. Afin d’obtenir une adsorption idéale, l’eau doit rester dans les filtres pendant un certain temps, afin que les amphétamines soient suffisamment en contact avec les pores d’adsorption. »

Résolution rapide malgré de fortes pluies

Silke Willaert : « Nous avons démarré le 3 mars le processus d’épuration. En deux jours, le niveau zéro du ruisseau était quasi atteint, mais manque de chance, il a commencé à pleuvoir fortement pendant cette période. En une nuit le niveau d’origine était à nouveau plus élevé que le niveau de départ. Ensuite, nous avons continué à pomper sans arrêt pendant le week-end, jusqu’à ce que nous réussissions à tout vider. Le vendredi, nous avons prélevé de nouveaux échantillons pour vérifier la présence d’amphétamines et cette analyse a montré que la norme était largement respectée. Le lundi suivant l’installation pouvait être démontée. »

« L’analyse des sols réalisée par Ovam (Agence Publique des Déchets de Flandre) a démontré une contamination de la parcelle source. L’Ovam est responsable du suivi ultérieur de cette contamination: la personne responsable de l’assainissement sera tenue d’établir une étude exploratoire et descriptive des sols et, sur la base des résultats qui en découlent, elle sera invitée à prendre les mesures nécessaires. »

Brecht Huyghe : « Le traitement des matériaux contaminés est entièrement conforme aux règles. Pour les filtres à charbon actif, nous avons un four de réactivation de pointe qui extrait les amphétamines du charbon actif par désorption thermique. On peut réutiliser le charbon actif ; les amphétamines sont détruites de manière contrôlée. Le sable contaminé est rincé et traité par une entreprise spécialisée. Le danger pour l’environnement est ainsi écarté. »

Par Sammy Soetaert

www.diksmuide.be

www.desotec.com

Solution pour résidus de drogue dans l’eau

Un café solitaire et quelque peu suranné ‘op de buiten’ (à la campagne) à Dixmude, près du tristement célèbre Boyau de la mort. On s’attend à des sansevierias à la fenêtre, des pintes à l’ancienne sur des sous-verres blanc sale et une table brune avec de vieux amis joueurs de cartes. Cependant, la réalité s’est avérée moins idyllique, car la police y a découvert, l’année dernière, un véritable laboratoire de drogue au sous-sol. Qu’est-ce que cela a à voir avec ‘Aquarama’ vous dites-vous peut-être ? Eh bien, le fossé avoisinant s’est avéré fortement pollué par toutes sortes de matières résiduelles provenant de cette activité illégale. Nous nous sommes demandé comment cela a pu être assaini.

Silke Willaert, responsable de l’environnement de la ville de Dixmude, nous en dit un peu plus sur la situation rencontrée. « Lorsque les services judiciaires ont mis fin, l’année dernière, à ce laboratoire de drogue, ils avaient de fortes présomptions que les eaux usées du laboratoire avaient été rejetées directement dans le ruisseau avoisinant. Notre service environnement, l’inspection environnementale, les pompiers et la protection civile ont ensuite été appelés sur place pour effectuer les contrôles et prendre les mesures nécessaires. Une prise d’échantillon de l’eau du ruisseau a immédiatement indiqué qu’il y avait en effet un problème de qualité de l’eau : la valeur du pH était à peine de 1, là où l’on pourrait normalement s’attendre à une valeur de 7. C’était déjà une indication claire qu’il y avait effectivement des déchets chimiques dans le ruisseau, à la suite de quoi il a été décidé de mener une analyse approfondie. Cette dernière a démontré la présence de pas moins de 30 mg d’amphétamines par litre d’eau. »

Dans l’intervalle, toutes les précautions nécessaires avaient été prises par la protection civile, comme la mise en place d’un barrage et l’extinction à la chaux afin d’obtenir à nouveau une valeur de pH normale. Mais ces amphétamines étaient toujours présentes dans l’eau, et nous avons donc cherché une solution satisfaisante pour assainir l’eau du ruisseau. »

Comparaison de trois solutions

« Lors de la recherche de la méthode appropriée, nous avons comparé trois options. La première consistait à pomper toute l’eau du ruisseau et à la transporter dans des camions vers une usine de combustion de la région d’Anvers. Cependant, c’était une solution relativement coûteuse, même en dehors du coût et de l’impact environnemental du transport. Une deuxième option était d’amener cette eau dans une installation de traitement biologique. Traiter l’eau n’était pas là-bas un problème en soi, mais nous n’avions pas la certitude que les amphétamines seraient suffisamment éliminées. Il y avait donc un risque qu’elles soient à nouveau rejetées dans l’environnement. »

« En fin de compte, le choix s’est porté sur la troisième option, celle apportée par les pompiers. Ces derniers proposèrent d’utiliser une installation d’épuration mobile. Cela sembla être la solution la plus pragmatique et la moins chère. »

Installation d’une filtration mobile.

Cette installation mobile a été fournie par l’entreprise de Flandre occidentale Desotec. Le spécialiste Brecht Huyghe rejoint la discussion au nom de cette entreprise. « Pour nous, c’était un projet unique en raison de la nature de la pollution, car l’élimination de déchets de drogue est plutôt rare. Nos activités dans le domaine de la purification de l’eau concernent normalement surtout l’épuration des déchets industriels et des eaux de processus, ainsi que des eaux souterraines contaminées lors de l’assainissement. Néanmoins, c’était un projet relativement simple pour nous, car les amphétamines appartiennent généralement à un groupe de composants chimiquement bien adsorbants et nous savons quoi en faire. En d’autres termes, peu importe que ces substances organiques proviennent de drogues ou d’autres déchets. Par expérience et sur la base de données empiriques, nous savions quelle méthode appliquer : une adsorption au charbon actif. Le défi pour nous était principalement dans la sélection du type de charbon actif. »

Système de filtration étagé

« Pour être sûr de la qualité du résultat final, nous avons d’abord effectué une simulation au niveau du laboratoire. Cela nous a montré que l’eau traitée répondait aux normes de rejet. Nous avons opté pour un système étagé à trois filtres : deux préfiltres à sable filtrant puis un filtre à charbon actif. Le filtre à charbon actif, le Mobicon 1000, d’un volume de 1 m³, forme la dernière étape et adsorbe les amphétamines. Les deux préfiltres sont également des filtres à charbon actif de même contenu, mais ils contiennent respectivement du sable de filtration grossier et fin chargé d’extraire les particules de boue en suspension. Cela était nécessaire car l’eau était dans un fossé avec beaucoup de boue, ce qui pouvait compliquer le fonctionnement du filtre. »

Dimensionnement

« Le dimensionnement est relativement facile. Le nombre de facteurs de base à prendre en compte est relativement limité : la concentration des amphétamines dans l’eau, le volume d’eau à filtrer et le résultat final souhaité. Sur cette base, nous pouvons déterminer la quantité de charbon actif à utiliser. Il est important que le temps de séjour minimum dans le filtre à charbon actif soit respecté. Afin d’obtenir une adsorption idéale, l’eau doit rester dans les filtres pendant un certain temps, afin que les amphétamines soient suffisamment en contact avec les pores d’adsorption. »

Résolution rapide malgré de fortes pluies

Silke Willaert : « Nous avons démarré le 3 mars le processus d’épuration. En deux jours, le niveau zéro du ruisseau était quasi atteint, mais manque de chance, il a commencé à pleuvoir fortement pendant cette période. En une nuit le niveau d’origine était à nouveau plus élevé que le niveau de départ. Ensuite, nous avons continué à pomper sans arrêt pendant le week-end, jusqu’à ce que nous réussissions à tout vider. Le vendredi, nous avons prélevé de nouveaux échantillons pour vérifier la présence d’amphétamines et cette analyse a montré que la norme était largement respectée. Le lundi suivant l’installation pouvait être démontée. »

« L’analyse des sols réalisée par Ovam (Agence Publique des Déchets de Flandre) a démontré une contamination de la parcelle source. L’Ovam est responsable du suivi ultérieur de cette contamination: la personne responsable de l’assainissement sera tenue d’établir une étude exploratoire et descriptive des sols et, sur la base des résultats qui en découlent, elle sera invitée à prendre les mesures nécessaires. »

Brecht Huyghe : « Le traitement des matériaux contaminés est entièrement conforme aux règles. Pour les filtres à charbon actif, nous avons un four de réactivation de pointe qui extrait les amphétamines du charbon actif par désorption thermique. On peut réutiliser le charbon actif ; les amphétamines sont détruites de manière contrôlée. Le sable contaminé est rincé et traité par une entreprise spécialisée. Le danger pour l’environnement est ainsi écarté. »

Par Sammy Soetaert

www.diksmuide.be

www.desotec.com