23/09/2019

Partage de l’expertise et de l’expérience acquises concernant les interactions entre l’eau et l’énergie

Water Innovation Europe 2019

L’eau et l’énergie sont essentielles à la survie de nos sociétés et de nos économies. Fixés à l’horizon 2030, les Objectifs de développement durable des Nations Unies accordent une place prépondérante à l’eau et à l’énergie, lesquelles se caractérisent par des similitudes et des objectifs remarquables, entre autres dans les domaines suivants : disponibilité globale, exploitation efficace, renouvelabilité et réutilisation, technologie et innovation, sans oublier le domaine vraisemblablement le plus important ; à savoir, la collaboration internationale. Au niveau européen, Water Europe a pris l’initiative et réunit à l’occasion du sommet Water Innovation Europe organisé les 12 et 13 juin à Bruxelles une assemblée internationale composée de quelque 230 participants pour y partager l’expertise et l’expérience acquises en matière d’interaction entre l’eau et l’énergie.

« Une société qui exploite judicieusement ses ressources en eau fait de même avec ses ressources énergétiques », relate Tomas Michel, président de Water Europe. « Les responsables politiques, les médias, les consommateurs et les ONG ne cessent d’invoquer la nécessité de prendre soin de nos ressources en eau et en énergie et de les utiliser judicieusement, mais nous constatons que ces derniers accordent à l’énergie une attention bien plus soutenue. C’est regrettable parce que l’eau est tout aussi importante. L’un des objectifs premiers visés par Water Europe réside dans la diffusion d’un autre mode de pensée dans les années à venir. Nous devons convaincre toutes les parties concernées qu’une politique européenne de l’eau qui soit progressiste et innovante est une nécessité pour la transition vers une Europe water smart. »

Économie circulaire

Le Professeur Dragan Savic auprès du KWR Water Cycle Research Institute va encore plus loin. « Selon moi, l’eau, l’énergie, l’alimentation, la terre et le climat sont indissociablement liés. Pour aborder raisonnablement et dans une perspective d’avenir autant d’aspects interdépendants, nous devons d’abord nous tourner vers nos politiciens. Une politique cohérente dépasse les compétences des industriels ainsi que des fédérations professionnelles et autres groupes d’intérêts. Mais, je vais me limiter à l’eau et à l’énergie. Toute forme d’énergie requiert l’utilisation d’eau à l’un ou l’autre stade du processus de production. Inversement, l’énergie joue un rôle considérable dans le secteur de l’eau. L’eau est un médium lourd dont le transport réclame beaucoup d’énergie. Le même constat s’applique entre autres au captage, à la désalinisation et à l’épuration de l’eau. »

« Il va pratiquement de soi que l’eau et l’énergie soient abordées de concert dans le cadre des thématiques actuelles. Prenons par exemple la numérisation. Ces deux secteurs sont confrontés aux mêmes défis ; celui de la normalisation et celui de l’exploitation judicieuse des mégadonnées. Par ailleurs, qu’en est-il du changement climatique ? Alors que la lutte contre le réchauffement de la planète passe par une réduction de la consommation de carburants fossiles, le combat contre la montée des eaux se poursuit parallèlement. Troisième exemple : l’économie circulaire. La réutilisation de l’énergie et de l’eau par des technologies innovantes. Le cycle ‘production-utilisation-recyclage’ s’applique plus que jamais à l’eau et à l’énergie. »

« Une société qui exploite judicieusement ses ressources en eau fait de même avec ses ressources énergétiques. »

Tomas Michel, président de Water Europe.

Production d’énergie gourmande en eau

« L’industrie de l’eau et le secteur de l’épuration des eaux usées se doivent d’apporter une contribution significative à la protection du climat et à la mutation énergétique », insiste le Dr. Michaela Schmitz, general manager Water Industry, dans une langue on ne peut plus claire. « Il faut rapprocher la production d’énergie du lieu de sa consommation. Il faut gaspiller le moins possible d’énergie pour transporter celle-ci. En tant qu’industriels de l’eau, nous devons nous efforcer de devenir autosuffisants, en gagnant en autonomie et en indépendance. Nous devons produire l’énergie indispensable à notre approvisionnement en eau (potable) et à l’épuration des eaux usées. En Allemagne, près de 10.000 centrales d’épuration des eaux usées sont en activité. Ces centrales consomment approximativement 3 % de la production totale d’électricité en Allemagne. C’est gigantesque. Toutefois, l’un des aspects positifs réside dans le fait que les deux tiers de cette énergie proviennent de la conversion en électricité de biogaz émanant de déchets. »

Le Professeur Ian Barker s’arrête sur les multiples défis que pose le couple eau-énergie, en soulignant que le plus étonnant se résume peut-être à « an inconvenient truth », cette allusion renvoyant au documentaire consacré au réchauffement de la planète réalisé et présenté par Al Gore. « Contrairement aux modes de pensée en usage il y a quelques décennies, nous avons tous pris conscience, depuis lors, que notre approche de la consommation d’eau et d’énergie était erronée. Nous avions l’impression que les ressources étaient inépuisables, alors qu’aujourd’hui les mesures contraignantes en faveur d’une gestion durable de l’énergie et de l’eau qui frappent directement les individus rencontrent un large soutien. »

Si Water Innovation Europe 2019 nous a appris quelque chose, c’est que de nombreuses parties prenantes sont en train de se pencher sur le tandem eau-énergie. L’Agence internationale pour l’énergie (AIE) a étudié la question dans une perspective géographique. Ces recherches ont livré quelques résultats surprenants. « En l’an 2000, les États-Unis et l’Europe étaient les plus gros consommateurs d’énergie », selon Molly Walton, analyste en énergie. « Si nous prolongeons jusqu’en 2040 la courbe d’évolution tracée entre l’an 2000 et l’année 2018, les cinq premiers consommateurs d’énergie seront les suivants : la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Afrique et l’Europe. Grâce aux nombreuses mesures d’économie d’énergie que nous avons prises, la consommation totale d’énergie demeure raisonnablement stable sur notre continent, mais fort heureusement, une transition sérieuse vers les énergies renouvelables est à l’ordre du jour. Cette évolution va-t-elle avoir une incidence sur la consommation d’eau affectée à la production d’énergie ? Oui, mais cette incidence ne sera pas exactement positive dans la mesure où l’on fera de plus en plus appel à des processus de production gourmands en eau (vapeur, refroidissement). » L’AIE a également établi une carte géographique de la consommation d’énergie dans le secteur de l’eau. Cette carte met en lumière des écarts considérables. « En Chine, l’énergie consommée dans le secteur de l’eau est essentiellement affectée au transport de l’eau, tandis qu’au Moyen-Orient (et cela n’a pas de quoi surprendre), c’est à la désalinisation que revient la part du lion. »

Water Innovation Awards

Le sommet Water Innovation Europe a vu l’octroi de cinq prix permettant à Water Europe de récompenser diverses applications, solutions et technologies innovantes en rapport avec l’eau. Ces cinq prix et leurs lauréats s’énoncent comme suit : Water Technology & Infrastructure Prize (IDEXX Laboratories pour le test IDEXX Legiolert), Digital Water Prize (GoAigua pour une plate-forme d’accès à l’IoT et aux mégadonnées), SMEs Award (bNovate Technologies pour son biocapteur automatique BactoSense), Global Water Challenges Prize (Hydraloop Systems BV pour l’Hydraloop, un appareil « fit-and-forget » qui permet de recycler 85 % des eaux usées domestiques) et Water Governance Prize (Water Services Corporation pour son plan par étapes de progression vers des « zero impact water utilities »).

Water Knowledge Europe se tiendra les 30 et 31 octobre 2019 au BluePoint Centre à Bruxelles ; ce sommet sera le prochain événement organisé par Water Europe.

Par Rudy Gunst

Photos Water Europe

www.waterinnovationeurope.eu

Partage de l’expertise et de l’expérience acquises concernant les interactions entre l’eau et l’énergie

Water Innovation Europe 2019

L’eau et l’énergie sont essentielles à la survie de nos sociétés et de nos économies. Fixés à l’horizon 2030, les Objectifs de développement durable des Nations Unies accordent une place prépondérante à l’eau et à l’énergie, lesquelles se caractérisent par des similitudes et des objectifs remarquables, entre autres dans les domaines suivants : disponibilité globale, exploitation efficace, renouvelabilité et réutilisation, technologie et innovation, sans oublier le domaine vraisemblablement le plus important ; à savoir, la collaboration internationale. Au niveau européen, Water Europe a pris l’initiative et réunit à l’occasion du sommet Water Innovation Europe organisé les 12 et 13 juin à Bruxelles une assemblée internationale composée de quelque 230 participants pour y partager l’expertise et l’expérience acquises en matière d’interaction entre l’eau et l’énergie.

« Une société qui exploite judicieusement ses ressources en eau fait de même avec ses ressources énergétiques », relate Tomas Michel, président de Water Europe. « Les responsables politiques, les médias, les consommateurs et les ONG ne cessent d’invoquer la nécessité de prendre soin de nos ressources en eau et en énergie et de les utiliser judicieusement, mais nous constatons que ces derniers accordent à l’énergie une attention bien plus soutenue. C’est regrettable parce que l’eau est tout aussi importante. L’un des objectifs premiers visés par Water Europe réside dans la diffusion d’un autre mode de pensée dans les années à venir. Nous devons convaincre toutes les parties concernées qu’une politique européenne de l’eau qui soit progressiste et innovante est une nécessité pour la transition vers une Europe water smart. »

Économie circulaire

Le Professeur Dragan Savic auprès du KWR Water Cycle Research Institute va encore plus loin. « Selon moi, l’eau, l’énergie, l’alimentation, la terre et le climat sont indissociablement liés. Pour aborder raisonnablement et dans une perspective d’avenir autant d’aspects interdépendants, nous devons d’abord nous tourner vers nos politiciens. Une politique cohérente dépasse les compétences des industriels ainsi que des fédérations professionnelles et autres groupes d’intérêts. Mais, je vais me limiter à l’eau et à l’énergie. Toute forme d’énergie requiert l’utilisation d’eau à l’un ou l’autre stade du processus de production. Inversement, l’énergie joue un rôle considérable dans le secteur de l’eau. L’eau est un médium lourd dont le transport réclame beaucoup d’énergie. Le même constat s’applique entre autres au captage, à la désalinisation et à l’épuration de l’eau. »

« Il va pratiquement de soi que l’eau et l’énergie soient abordées de concert dans le cadre des thématiques actuelles. Prenons par exemple la numérisation. Ces deux secteurs sont confrontés aux mêmes défis ; celui de la normalisation et celui de l’exploitation judicieuse des mégadonnées. Par ailleurs, qu’en est-il du changement climatique ? Alors que la lutte contre le réchauffement de la planète passe par une réduction de la consommation de carburants fossiles, le combat contre la montée des eaux se poursuit parallèlement. Troisième exemple : l’économie circulaire. La réutilisation de l’énergie et de l’eau par des technologies innovantes. Le cycle ‘production-utilisation-recyclage’ s’applique plus que jamais à l’eau et à l’énergie. »

« Une société qui exploite judicieusement ses ressources en eau fait de même avec ses ressources énergétiques. »

Tomas Michel, président de Water Europe.

Production d’énergie gourmande en eau

« L’industrie de l’eau et le secteur de l’épuration des eaux usées se doivent d’apporter une contribution significative à la protection du climat et à la mutation énergétique », insiste le Dr. Michaela Schmitz, general manager Water Industry, dans une langue on ne peut plus claire. « Il faut rapprocher la production d’énergie du lieu de sa consommation. Il faut gaspiller le moins possible d’énergie pour transporter celle-ci. En tant qu’industriels de l’eau, nous devons nous efforcer de devenir autosuffisants, en gagnant en autonomie et en indépendance. Nous devons produire l’énergie indispensable à notre approvisionnement en eau (potable) et à l’épuration des eaux usées. En Allemagne, près de 10.000 centrales d’épuration des eaux usées sont en activité. Ces centrales consomment approximativement 3 % de la production totale d’électricité en Allemagne. C’est gigantesque. Toutefois, l’un des aspects positifs réside dans le fait que les deux tiers de cette énergie proviennent de la conversion en électricité de biogaz émanant de déchets. »

Le Professeur Ian Barker s’arrête sur les multiples défis que pose le couple eau-énergie, en soulignant que le plus étonnant se résume peut-être à « an inconvenient truth », cette allusion renvoyant au documentaire consacré au réchauffement de la planète réalisé et présenté par Al Gore. « Contrairement aux modes de pensée en usage il y a quelques décennies, nous avons tous pris conscience, depuis lors, que notre approche de la consommation d’eau et d’énergie était erronée. Nous avions l’impression que les ressources étaient inépuisables, alors qu’aujourd’hui les mesures contraignantes en faveur d’une gestion durable de l’énergie et de l’eau qui frappent directement les individus rencontrent un large soutien. »

Si Water Innovation Europe 2019 nous a appris quelque chose, c’est que de nombreuses parties prenantes sont en train de se pencher sur le tandem eau-énergie. L’Agence internationale pour l’énergie (AIE) a étudié la question dans une perspective géographique. Ces recherches ont livré quelques résultats surprenants. « En l’an 2000, les États-Unis et l’Europe étaient les plus gros consommateurs d’énergie », selon Molly Walton, analyste en énergie. « Si nous prolongeons jusqu’en 2040 la courbe d’évolution tracée entre l’an 2000 et l’année 2018, les cinq premiers consommateurs d’énergie seront les suivants : la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Afrique et l’Europe. Grâce aux nombreuses mesures d’économie d’énergie que nous avons prises, la consommation totale d’énergie demeure raisonnablement stable sur notre continent, mais fort heureusement, une transition sérieuse vers les énergies renouvelables est à l’ordre du jour. Cette évolution va-t-elle avoir une incidence sur la consommation d’eau affectée à la production d’énergie ? Oui, mais cette incidence ne sera pas exactement positive dans la mesure où l’on fera de plus en plus appel à des processus de production gourmands en eau (vapeur, refroidissement). » L’AIE a également établi une carte géographique de la consommation d’énergie dans le secteur de l’eau. Cette carte met en lumière des écarts considérables. « En Chine, l’énergie consommée dans le secteur de l’eau est essentiellement affectée au transport de l’eau, tandis qu’au Moyen-Orient (et cela n’a pas de quoi surprendre), c’est à la désalinisation que revient la part du lion. »

Water Innovation Awards

Le sommet Water Innovation Europe a vu l’octroi de cinq prix permettant à Water Europe de récompenser diverses applications, solutions et technologies innovantes en rapport avec l’eau. Ces cinq prix et leurs lauréats s’énoncent comme suit : Water Technology & Infrastructure Prize (IDEXX Laboratories pour le test IDEXX Legiolert), Digital Water Prize (GoAigua pour une plate-forme d’accès à l’IoT et aux mégadonnées), SMEs Award (bNovate Technologies pour son biocapteur automatique BactoSense), Global Water Challenges Prize (Hydraloop Systems BV pour l’Hydraloop, un appareil « fit-and-forget » qui permet de recycler 85 % des eaux usées domestiques) et Water Governance Prize (Water Services Corporation pour son plan par étapes de progression vers des « zero impact water utilities »).

Water Knowledge Europe se tiendra les 30 et 31 octobre 2019 au BluePoint Centre à Bruxelles ; ce sommet sera le prochain événement organisé par Water Europe.

Par Rudy Gunst

Photos Water Europe

www.waterinnovationeurope.eu