07/07/2026

LIFE ACLIMA présente ses conclusions lors d’une journée d’étude

Le projet européen Life ACLIMA a récemment organisé une journée d’étude de clôture consacrée à la gestion durable de l’eau dans les secteurs de l’agriculture et de l’horticulture. Depuis 2021, ce projet s'est consacré, cinq années durant, à la mise au point de solutions innovantes visant à renforcer la résilience des exploitations agricoles face au changement climatique : sécheresse, pénuries d’eau et précipitations extrêmes. Les écarts sensibles entre les techniques et mesures étudiées dans les secteurs de l’élevage et de l’horticulture ont suscité l’organisation d’événements de clôture distincts.

Le projet ACLIMA s’articulait autour d’une question centrale : comment les exploitations agricoles peuvent-elles accroître leurs ressources en eau ? En étudiant entre autres les modalités d’optimisation de leur exploitation (économies d'eau). Mais aussi en mettant l’accent sur les ressources en eau durables (utilisation des eaux de pluie, infiltration, réutilisation de l’eau et sources d’eau alternatives) et en réduisant ainsi leur dépendance aux ressources en eau non durables (eau de ville, eaux souterraines). Cinq piliers ont été définis dans cette optique. Les chercheurs se sont penchés sur la réduction de la consommation d’eau, l’exploitation optimale des eaux de pluie et l’amélioration de l’infiltration afin de reconstituer les réserves en eau du sol en prévision des périodes sèches. Les chercheurs se sont également arrêtés sur la réutilisation des flux d’eau et le recours à des sources alternatives, telles que les eaux usées épurées.

Gestion de l’eau dans le secteur de l’élevage

Dans le secteur de l’élevage, d’aucuns mettent l’accent sur l’utilisation des eaux de pluie comme eau de boisson pour le bétail. Une épuration poussée reposant entre autres sur des techniques de filtration et de nanofiltration en usage dans la serriculture s’impose pour satisfaire aux normes de qualité. En outre, les efforts déployés pour réduire le stress thermique dans les étables devraient se traduire indirectement par une réduction de la consommation d’eau potable. Le bien-être des animaux ne peut qu’en bénéficier. S’agissant des vaches laitières, un recours judicieux à la brumisation permet de réaliser des économies d’eau. Les chercheurs se sont aussi arrêtés sur la réutilisation des eaux de rinçage des étables et installations de traite. Des systèmes d’épuration innovants se prêtent à une réutilisation de ces flux au sein de l’exploitation.

Irrigation de précision dans le secteur horticole

L’irrigation de précision occupe une place déterminante dans le secteur horticole. Des chercheurs ont élaboré des modèles d’irrigation de référence qui conjuguent données météorologiques, humidité du sol, type de culture et données d’irrigation. Sur plus de vingt parcelles d’essai, ces chercheurs se sont employés à une irrigation plus efficace, souvent associée à une irrigation goutte à goutte. Dès lors, les agriculteurs sont plus à même de cerner les besoins réels en eau de leurs cultures et d’en assurer au mieux la gestion, sans perte de rendement ni de qualité.
Une seconde technique importante réside dans le drainage en fonction du niveau. Il favorise la rétention des eaux souterraines dans le sol plutôt que leur évacuation immédiate. Une gestion intelligente du niveau d’eau permet de disposer d’une quantité accrue d’eau durant les périodes sèches. Des essais sur le terrain démontrent que le stockage potentiel de plusieurs centaines de m3 d’eau par ha aura un impact appréciable lors des années sèches.

Accompagnement et goulets d’étranglement

Outre une série d’innovations technologiques, Life ACLIMA a accompagné au total 56 exploitations agricoles dans le cadre de parcours d'adaptation au changement climatique. Divers experts ont œuvré à la cartographie de flux d'eau et à l’élaboration de pistes d'amélioration, en tenant compte à la fois de leur faisabilité technique et de leur impact économique. Les entreprises participantes se sont vues décerner un « passeport de l'eau » répertoriant leurs mesures faisant l’objet d’un suivi.
Le projet a également mis en lumière plusieurs obstacles. Les réglementations, procédures d’autorisation et coûts d’investissement élevés continuent à freiner la mise en œuvre d’innovations en la matière. Diverses recommandations politiques ont été émises dans le souci d’en faciliter la mise en œuvre à grande échelle.

Capteurs de substrat dans la culture des fraises

Comme l’a expliqué Peter Melis (Proefcentrum Hoogstraten), les capteurs de substrat utilisés dans la culture des fraises contribuent à réduire la consommation d’eau et l’impact environnemental. Ce projet visait à étudier la régulation de l’irrigation en fonction de la teneur en humidité, de la conductivité électrique (CE) et de la température du substrat. Si la mesure de l’humidité s’est avérée fiable, celle de la conductivité électrique (CE) s’est révélée moins stable.
Sur la base de ces données, les chercheurs ont travaillé avec des taux d’humidité cibles plutôt qu’avec un taux de drainage classique. Cette approche s’est traduite par une réduction de 15 à 20% de la consommation d’eau et de 35 à 40% des eaux de drainage, sans incidence sur le rendement ni sur la qualité. Ainsi, les capteurs de substrat présentent des avantages indéniables quant à une gestion plus précise de l’irrigation.

Ressources en eau de substitution en serriculture

La Proefstation voor de Groenteteelt s’est penchée sur l’utilisation des condensats issus de la cogénération dans la culture des poivrons. Dans ce contexte, il s’agissait de déterminer si l’ajout de 10% d’eau issue de la cogénération avait une incidence sur la croissance et la qualité. La production est restée stable, mais l’usage d’une eau non épurée a entraîné une diminution du poids des fruits et une augmentation des concentrations en chrome, nickel et plomb. Ces effets n’ont pas été observés avec une eau épurée. Conclusion : les condensats issus de la cogénération sont réutilisables, à condition d’être suffisamment épurés.
Par ailleurs, des études portant sur la réutilisation des eaux de drainage accordent une attention particulière à la propagation de maladies, notamment par Olpidium virulentis. Plusieurs techniques de désinfection ont été testées, mais aucune ne s’est révélée suffisamment efficace pour réduire structurellement la charge de morbidité. Par conséquent, la réutilisation de l’eau demeure un défi dans ce domaine.

Usage d’effluents issus de stations d'épuration dans l’irrigation

Birte Raes (Aquafin) s’est arrêtée sur la question de l’usage d’effluents épurés comme eau d’irrigation en culture maraîchère. Dans ce cadre, les études ont porté sur deux groupes de risques en particulier : les sels (p. ex. sels de sodium) et les micropolluants (médicaments, PFAS et pesticides). « Si les stations d’épuration éliminent les nutriments et matières organiques, elles peinent à épurer ces micropolluants. »
L’usage d’effluents entraîne une augmentation des concentrations en sels, mais leur impact sur le rendement est limité, même si l’on observe une légère diminution de la taille des fruits. Si ces micropolluants n’ont été détectés qu’en faibles concentrations dans les cultures, des traces en ont été décelées au sein des groupes témoins. En outre, les sols jouent un rôle de tampon.
Conclusion : la réutilisation d’effluents épurés est envisageable et sans danger pour les cultures maraîchères, même si la teneur en sels reste un point à surveiller. Un cadre politique clair s’avère indispensable pour une application à grande échelle.

Adaptation à grande échelle au changement climatique

Jorn Van de Velde (Sumaqua) a étudié l’extension de mesures locales à certaines vallées, telles que celles du Goorbosbeek et de l’Itterbeek. Divers modèles hydrologiques ont permis d’évaluer l’impact du changement climatique et des interventions.
Sans mesures, l’humidité des sols diminue fortement. Des interventions de moyenne à grande envergure permettent de rétablir ce taux d’humidité, même si les effets restent négatifs en cas de changement climatique majeur. S’agissant de la sécheresse et des faibles niveaux d’eau, les mesures prises permettent d’en atténuer l’impact, mais sans rétablir complètement les niveaux historiques.
L’infiltration et les mesures de grande envergure telles que la rétention et le drainage en fonction du niveau s’avèrent cruciales. Conclusion : l’adaptation au changement climatique requiert une approche à grande échelle et une collaboration entre tous les acteurs.

Tamponnement collectif des eaux dans la vallée de l’Itterbeek

Enfin, Jasmine Cryns (POM Antwerpen) a présenté le projet Itterflow. Ce projet mise sur le tamponnement collectif d’eaux destinées aux exploitations agricoles qui bordent l’Itterbeek. Un système commun tamponne l’eau pendant les périodes humides et la met à disposition pendant les périodes sèches. Par ailleurs, l’Itterbeek verra l’aménagement d’une zone riveraine inondable dotée d’un méandre, de berges en pente douce et de déflecteurs de courant aptes à moduler davantage la vitesse du courant et dès lors à oxygéner l’eau.
Une collaboration entre les entreprises et les pouvoirs publics a permis à ce projet de prendre forme. La phase de préparation a surtout résidé dans l’instauration d’un climat de confiance et dans l’élaboration d’un concept intégré conciliant toutes les contraintes : disponibilité de l’eau pour l’agriculture et la nature, qualité de l’eau, vulnérabilité aux inondations, protection des eaux souterraines et paysage. Mise en service prévue fin 2026.

Par Matthias Vanheerentals - photos LIFE ACLIMA

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