Les installations frigorifiques du Colruyt Group tournent à l’eau pluviale
Les installations frigorifiques du Colruyt Group tournent à l’eau pluviale
Le centre de distribution de Dassenveld (Halle) est le plus grand site frigorifique du Colruyt Group. Tant les produits frais que les surgelés destinés aux magasins y sont réfrigérés. Cette réfrigération requiert de l’eau. Beaucoup d’eau. En été, les jours de canicule, le condenseur évapore jusqu’à 20 m3 par heure. Cette eau provient actuellement principalement de nos propres réserves d’eau de pluie de 9 500 m³.
« Nous utilisons l’eau stockée en hiver pour la réfrigération estivale », explique Peter Basteleus, responsable du département d’ingénierie. En cas de manque, la supplétion est faite par de l’eau de ville. Il veut encore éliminer au maximum cette dernière dépendance.
Toute l’eau du ciel
La plus grosse partie des eaux de pluie qui tombe sur le site, sur près de 100 000 m2 de toits et de parkings, est collectée et stockée. Ce stockage se fait dans une citerne de 3 600 m3 sous le hall 1 de toiture d’envergure totalisant 55 000 m2 et dans une citerne en béton de 500 m3 sous le hall 5. Pour les 35 000 m2 de toiture du hall 5 le réservoir est relativement petit ; il est rapidement plein mais aussi rapidement vide. Depuis 2020, un ancien tunnel souterrain entre le hall 7 et le hall 5 procure 5 400 m3 de stockage supplémentaire. « Notre préoccupation majeure est la continuité de nos opérations. »
« 2020 était une année caniculaire. J’habite moi-même à Halle. La municipalité nous exhortais à utiliser moins d’eau, à ne pas arroser la pelouse ni à laver la voiture. Mais au point de vue opérationnel, c’était comme s’il n’y avait aucune pénurie », déclare Basteleus qui n’y trouvait aucun sens. « Notre objectif est de dépendre le moins possible de l’eau de ville, surtout en prévision d’éventuelles futures restrictions d’eau. Nous voulons avoir suffisamment d’eau en réserve pour garantir la continuité de nos opérations. »
Des sacs à eau en caoutchouc/plastique ont été considérés comme une alternative pour le stockage de l’eau pluviale. Le calcul démontrait qu’un mètre carré au sol était requis pour chaque mètre cube. « Nous n’avons pas assez de surface au sol pour cette option. » En outre, la température d’eau dans un tel réservoir peut monter rapidement – jusqu’à 40 à 50 °C en été – ce qui nécessite ultérieurement de l’énergie frigorifique supplémentaire. Un réservoir extérieur supplémentaire devrait également être énorme. C’est un investissement coûteux. « L’eau est en fait encore trop bon marché pour cela. »
Tunnel avec vision
Il y a des années, un tunnel a été creusé sous le CD Dassenveld avec des murs en béton armé. Il devait contenir un système de convoyage automatique entre les différents halls. Finalement, il n’a jamais été installé. Basteleus connaissait ce tunnel inutilisé qui fait 450 m de long, 3 à 6 m de large et parfois jusqu’à 5 m de haut. « L’étanchéité était telle qu’aucune eau extérieure ne pouvait y pénétrer. Nous avons donc supposé que de l’eau à l’intérieur ne pouvait migrer vers l’extérieur. »
Ce tunnel aquifère a été mis en service en 2021. Seules quelques portes coupe-feu en bois ont dû être enlevées. Le système d’éclairage a été conservé. Ces dernières années, le tunnel a progressivement été rempli à plus grande hauteur. 3 m de hauteur est actuellement atteint. « Nous considérons le mètre inférieur du tunnel comme notre stock stratégique. Si la compagnie des eaux ferme le robinet, nous pouvons actuellement encore continuer à produire pendant une semaine entière ; en refroidissant donc à la température extérieure maximale », explique Basteleus.
Dans le tunnel, la température d’eau est relativement constante à 14 - 15 °C. « Cependant, le tunnel n’était pas conçu pour stocker de l’eau. Nous avons donc procédé avec prudence. Nous avons d’abord testé le tunnel rempli jusqu’à 1 m de hauteur. » Une mesure de niveau détermine le taux de fuite du tunnel. Les parois en effet ne sont pas étanches à cent pour cent. Plus le tunnel est rempli, plus il fuit. Une mesure de niveau cependant, ne donne aucune indication des endroits où se produisent les fuites. « En septembre, lorsque le tunnel sera vide, nous l’inspecterons et verrons où il fuit. Les réparations éventuellement nécessaires seront alors faites. » En effet, il y a un risque d’inondation en cas de fuite.
Pilotage intelligent
La mesure de niveau mesure la hauteur d’eau dans les citernes. Plusieurs capteurs sont posés dans le tunnel ; ils permettent d’atténuer l’effet d’ondulation lorsque de l’eau est ajoutée. Le tunnel lui-même n’a pas d’alimentation électrique directe. Le niveau et l’utilisation des diverses citernes d’eau sont déterminés par les données. « Nous gardons les réserves stables dans les deux citernes. En cas de trop-plein, nous pompons le surplus dans le tunnel. L’inverse est réalisé si les réserves s’amenuisent. » La régulation automatique tient compte de la température extérieure et de la consommation prévue, mais aussi des prévisions météo de l’IRM. « Si de la pluie est annoncée, l’eau du tunnel n’est pas repompée dans les citernes. » Cela permet également de simultanément économiser de l’énergie électrique. Toutefois, plus on fait des prévisions à long terme, au moins fiable ces dernières.
Moins d’un tiers de l’eau de la ville qu’auparavant
Basteleus montre un graphique de la consommation cumulée d’eau de ville au CD Dassenveld. Il fait ressortir que la consommation de l’eau de ville a considérablement diminuée depuis la mise en place du système de collecte des eaux pluviales. La courbe bleue supérieure représente 2020 ; le tunnel et la station d’épuration n’étaient alors pas encore en service. La consommation totale était de 88 000 m³. « Les années suivantes, nous avons beaucoup mieux géré la collecte et la consommation d’eau de pluie ; notre station d’épuration était également mise en service. » La ligne inférieure, représentant 2023, montre que le CD Dassenveld n’a commencé à vraiment dépendre de l’eau de ville qu’à partir de la mi-juin.
« Du 12 avril au 15 mai, pas une goutte de pluie n’est tombée. Il était clair que nous étions tributaires des précipitations. Heureusement, le mois de juillet a été très pluvieux, ce qui nous a permis de maintenir la consommation d’eau de ville à un niveau très bas. Avec les réserves que nous avons pu reconstituer entre-temps, nous estimons que nous pouvons nous limiter toute l’année avec 15 000 m³ d’eau de ville, ce qui représente une économie considérable. »
L’utilisation de l’eau de pluie présente plusieurs avantages. « Nous avons un meilleur contrôle sur l’ensemble du processus. » Et puis, il y a le coût. L’eau de pluie n’a pas non plus besoin d’être décalcifiée. « L’eau de ville elle, doit être adoucie. Ce procédé s’accompagne d’une consommation d’eau supplémentaire de 15 %, de purges et de rinçage à contre-courant. »
Tirer des leçons des données sur l’eau
Depuis 2019, le Colruyt Group surveille de près sa consommation d’eau au CD Dassenveld. « Depuis 2020, notre objectif est d’extraire des informations à partir des données », déclare Basteleus. « Cependant, un tableau de bord très transparent doit être élaboré. Le cas est identique pour les succursales. En effet, l’eau est encore très bon marché. »
Ce n’est que depuis quelques années que l’on connaît des périodes sèches plus longues, surtout au printemps. « La réserve doit être calculée pour ces 4 à 6 semaines de sécheresse. Mais au final le nombre d’averses reste identique si l’on considère une année entière », explique le chef du département. Maintenant que le site est entièrement construit, il n’y a plus aucune option ouverte pour construire des réservoirs supplémentaires. « Fort probablement, nous pourrons nous tirer d’affaires avec ce que nous avons. »
Par Luc Desmedt
Refroidissement à la glace liquide
Le Colruyt Group refroidit ses produits frais et surgelés, mais aussi ses transports. Cependant, contrairement à d’autres, ses camions n’ont pas de système frigorifique embarqué. Les produits arrivent refroidis dans un chariot à double paroi. Cette dernière est remplie de glace liquide – soit de l’eau avec des cristaux de glace produisant le froid par la fonte de ces cristaux. Le phénomène se produit toujours à la même température. Après livraison, ces chariots retournent au CD où ils sont rechargés avec les produits alimentaires et de la glace liquide fraîche.
Commencer à temps, c’est…
Le Dassenveld était autrefois une zone marécageuse. Le hall 1 repose pour cette raison sur des pieux, des noyaux de béton verticaux qui ont été forés dans le sol. Le chauffage par le sol est généralement installé sous un compartiment congélateur pour prévenir la diffusion profonde du gel dans le sol. Peter Basteleus, aujourd’hui responsable du département ingénierie considérait que c’était un peu trop bien faire. Sous le compartiment congélateur du hall 1, il construisait, comme pour l’un de ses premiers projets il y a environ 25 ans, un vide, soit un espace d’environ un mètre de haut. « Les 25 premiers cm sont constitués d’une couche d’air isolante. J’ai pu remplir les 75 cm en dessous avec de l’eau récupérée sur le toit de 35 000 m² du hall 1. » Soit 3 600 m3. Les parois du vide sont en béton imperméable. C’était un bon début.
Rétention d’eau
« Nous avons déjà fait de sérieux efforts dans le domaine de la rétention d’eau », stipule Peter Basteleus, chef du département ingénierie du Colruyt Group. « Nous récupérons beaucoup d’eau de pluie sur le site pour qu’elle ne coule pas dans la ville de Halle et ainsi, le risque d’inondation du centre-ville en contrebas s’en trouve réduit. En outre, nous soulageons également avec nos réserves la compagnie des eaux de la ville. »






