Le projet Saules remporte un prix de l’innovation
Le projet Saules remporte un prix de l’innovation
Aquaduin – le fournisseur d’eau potable de Flandre-Occidentale – a remporté le prix Blue Innovation Captain pour son projet innovant d’épuration d’eaux usées dans une saulaie lors de la Blue Innovation Party à Anvers. Les prix Blue Innovation sont attribués par De Blauwe Cluster pour mettre à l’honneur des produits, services et projets innovants de l’économie bleue. Emmanuel Van Houtte, responsable chez Aquaduin, présente le projet.
La cérémonie de remise des prix Blue Innovation 2022 s’est déroulée mi-décembre dans la Maison du port à Anvers. Les soumissions ont été évaluées sur la base de 5 critères : le caractère novateur, le lien avec les activités économiques liées à la mer ou au littoral, le potentiel de commercialisation, les ambitions internationales ainsi que le rayonnement et le lien avec les objectifs de développement durable des Nations Unies. Le projet Saules, dans lequel Aquaduin étudie le potentiel des saulaies (taillis de saules) pour traiter les eaux usées, a été primé. Ce procédé peut contribuer à réduire le manque structurel d’eau en Belgique.
Contexte du projet
Aquaduin transforme des eaux usées domestiques en eau potable depuis 2002. Le projet Saules est le prolongement d’une étude de cas réalisée dans le cadre du projet Demoware (2013-2016). « Le but principal est d’éliminer les nutriments et la charge organique du concentrat – un sous-produit de l’unité d’osmose inverse du centre de production d’eau ‘Torreele’ à Wulpen – avant le rejet de ce concentrat dans le canal », dit Emmanuel Van Houtte, responsable chez Aquaduin. « D’où provient le concentrat ? A Torreele, les eaux usées subissent une double filtration membranaire, premièrement dans une unité d’ultrafiltration, puis dans une unité d’osmose inverse, avant leur infiltration dans le massif dunaire pour recharger la nappe phréatique, utilisée comme source d’eau potable. Ce traitement génère toutefois un sous-produit : le concentrat, qui est déversé dans le canal. Le projet Saules permet d’éliminer une partie des nutriments présents dans le concentrat, dont le phosphore et l’azote, avant son rejet dans le canal. »
Concentrat
Aquaduin utilise une saulaie pour épurer le concentrat. L’installation du taillis de saules à Coxyde s’est achevée fin 2021. Après quelques tests préliminaires, la saulaie a été mise en service automatisé le 11 janvier 2022, sur une superficie totale d’environ 8.500 m². « Le projet Saules vise donc à réduire la charge polluante du concentrat », explique Emmanuel Van Houtte. « Nous éliminons 35% de l’azote, le principal nutriment présent dans le concentrat, et 20% du phosphore. En tant qu’entreprise publique, nous devons montrer l’exemple, ce qui signifie éliminer le plus possible de nutriments. Un autre avantage est que nous payons moins de taxes de rejet. » La saulaie traitera 600.000 à 800.000 m³ de concentrat par an.
Un sous-produit comme matière première
Récoltés tous les 3-4 ans, les saules repoussent après chaque coupe, qui génère une quantité significative de biomasse, un sous-produit du procédé. Nous allons donc désormais produire aussi du bois. « La saulaie fournit ainsi un sous-produit utilisable en tant que biomasse, stabilisateur de berges ou source de carbone alternative », dit Emmanuel Van Houtte. L’idée est d’en faire quelque chose d’utile à l’échelle locale, pour éviter les transports à longue distance. Les copeaux de bois sont utilisés comme amendement de sol, ainsi que pour chauffer les serres. La même variété de saules était utilisée autrefois pour la vannerie dans la fabrication de paniers en osier. Nous pourrons donc relancer une production locale de paniers ou de chaises, qui seront commercialisés sur le littoral. Les tiges de saules peuvent aussi être utilisées pour stabiliser les berges, comme autrefois. » D’après un calcul d’Aquaduin, le projet ne devrait a priori rien coûter. Les prévisions sont assez favorables. « Nous subissons les conséquences de la crise ukrainienne », dit Emmanuel Van Houtte. « La biomasse produite ici aura une valeur très appréciable. Il est possible qu’à terme elle représente une énorme plus-value pour le projet. Sa valeur ne va certainement pas diminuer. Ce projet offre donc des avantages à la fois écologiques et économiques. »
Arbres résistants à la salinité
Le choix du saule était évident. Cette essence supporte la salinité du concentrat qui varie entre 2.000 et 8.000 µS/cm. « La saulaie ressemble à une roselière aménagée, sauf que les roseaux (phragmites) sont remplacés par des saules », explique Van Houtte. « Nous avons étudié ce système durant plusieurs années. Des essais initiaux nous ont permis de sélectionner différentes variétés de saule. Il était important d’utiliser des variétés résistantes au sel car le concentrat a une salinité assez élevée, et chaque plante utilisée doit pouvoir y résister. Lors de ces essais, nous avons donc choisi des variétés sur base de leur résistance à la salinité, pour ensuite les reproduire et former petit à petit un taillis, et finalement une grande saulaie, sur base des expériences positives accumulées dans les essais initiaux. Le roseau résiste beaucoup moins bien au sel, et ne supporte pas les salinités élevées. »
Sécheresse
Vu l’apport continu de concentrat dans la saulaie, les végétaux ne souffrent pas des sécheresses estivales. « Nous irriguons continuellement avec le concentrat », dit Van Houtte. « Et si le flux s’arrête, les racines restent cependant submergées, car nous pouvons régler le niveau d’eau de façon à ce qu’elles baignent en permanence dans le concentrat. En théorie, ce type de projet d’épuration avancée peut également s’appliquer en entreprise. Au point de déversement des eaux usées, les saules ne souffriront jamais en période de sécheresse. » Il faut cependant toujours garder un œil sur le niveau d’eau. « Il doit être soigneusement réglé », dit Van Houtte. « Le niveau d’eau ne doit pas être trop haut. Au début, nous avons un peu tâtonné, car les saules ne doivent pas être sous l’eau, mais ne doivent pas non plus sécher. En cas d’arrêt de la production ou de tout autre problème, nous gardons un niveau d’eau assez élevé dans la saulaie pour maintenir les racines sous l’eau. Le saule a l’habitude d’avoir ses racines continuellement immergées. Le non-respect de ces conditions naturelles peut avoir de graves conséquences. Il faut veiller à ce qu’ils aient toujours les pieds dans l’eau. C’est en tout cas notre expérience depuis 15 ans. »
L’avenir
Aquaduin va prochainement étudier la possibilité de réutiliser (une partie de) l’eau épurée au lieu de la déverser dans le canal. « Nous pensons déjà aux étapes suivantes », dit Van Houtte. « Le but à long terme est d’arrêter complètement les rejets dans le canal, et de renvoyer le concentrat traité dans notre station d’épuration des eaux pour achever son épuration. Nous allons prochainement évaluer les traitements complémentaires qui sont envisageables. A long terme, cela nous permettra d’augmenter le degré d’épuration du concentrat. C’est un objectif pour les prochaines années. » Le projet Saules est une composante du projet FRESH4Cs, financé par le programme Interreg 2 Mers 2014-2020, lui-même cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional.
Qui sommes-nous ?
Aquaduin (l’ancienne IWVA, ou Intercommunale des Eaux de Furnes-Ambacht, jusqu’en 2021) est une intercommunale de Flandre-Occidentale pour la distribution d’eau potable. Elle fournit de l’eau potable dans les communes de la côte ouest – incluant La Panne, Nieuport, Furnes, Alveringem et une partie de Dixmude, avec une population de 63.000 résidents permanents. Aquaduin forme avec les 5 autres entreprises flamandes de distribution d’eau potable la fédération AquaFlanders. L’IWVA avait été créée le 24 décembre 1924 par 5 communes : Adinkerke, La Panne, Nieuport, Ostdunkerque et Furnes. La production avait pu démarrer immédiatement grâce au captage aménagé par l’armée belge dans le domaine Cabour durant la Première Guerre mondiale. Après différents travaux de rénovation, ils ont entrepris la construction du réseau de distribution en 1927. Coxyde a été raccordée en 1934 et un nouveau captage a été mis en exploitation en 1947 dans la cuvette dunaire de St. André (à la frontière entre Ostdunkerque et Coxyde). La demande en eau a fortement augmenté au fil des ans, tant pour l’agriculture que pour le tourisme côtier en forte croissance. L’intercommunale a été rebaptisée « Aquaduin » en 2021. En 2022, Aquaduin a produit et distribué respectivement 3.948.658 et 4.626.576 m³ d’eau potable. Aquaduin est également propriétaire de la réserve naturelle Doornpanne à Coxyde, des massifs dunaires de Cabour et de Ter Yde et du captage d’eau dans le Westhoek.
Emmanuel Van Houtte, responsable chez Aquaduin
« Le projet Saules réduit la charge polluante du concentrat », dit Emmanuel Van Houtte.
« En tant qu’entreprise publique, nous devons être exemplaires », dit Emmanuel Van Houtte.




