La prévention de la légionellose mérite une approche plus résolue
La prévention de la légionellose mérite une approche plus résolue
1976 : Quelque 221 vétérans hébergés dans un hôtel de Philadelphie (États-Unis) tombent malades. C’est à ces derniers que la bactérie responsable décelée dans cet établissement doit son nom de légionelle. Pire, 34 personnes décèdent des suites de cette maladie bactérienne. Quarante-trois ans plus tard, le problème est plus actuel que jamais dans notre pays comme en témoigne l’épidémie de légionellose qui a frappé plusieurs dizaines de personnes à Evergem et emporté malheureusement plusieurs patients. Il est grand temps de ramener ce problème à l’avant-plan, si l’on en croit nombre d’experts auprès des sociétés Ekopak et Grundfos, respectivement spécialisées dans le traitement de l’eau et la fourniture de systèmes de dosage ainsi qu’auprès du laboratoire Servaco Food Control, lequel étudie la présence de la légionelle dans l’eau.
La dénomination générique légionelle désigne un groupe de bactéries aérobies et longilignes qui vivent dans l’eau douce. Ce groupe de bactéries se subdivise en une quarantaine d’espèces et en une soixantaine de sérotypes.
« L’espèce la plus dangereuse n’est autre que la legionella pneumophila sérotype 1, responsable de la plupart des cas de légionellose ou maladie du légionnaire », souligne Els Wauman, Servaco Food Control. « Ces bactéries susceptibles de provoquer une infection pulmonaire qui réclame un traitement rapide comportant l’administration d’antibiotiques spécifiques afin de prévenir des lésions irréversibles ou une issue fatale. On en dénombre également diverses variantes plus bénignes, caractérisées, par exemple, par la manifestation de symptômes grippaux qui disparaissent spontanément au bout de quelques jours. »
La légionelle se rencontre aussi bien en milieu extérieur (eaux de surface et souterraines) qu’en milieu intérieur. Sa prolifération est particulièrement rapide à des températures comprises entre 25 et 55 °C. « À partir de 60 °C, cette bactérie trépasse, mais elle peut s’armer contre les températures plus élevées en se nichant dans des biofilms. Cette bactérie se porte à merveille en présence d’acides aminés (cystéine), de sédiments (dépôts de calcaire par exemple), dans une eau stagnante et/ou à la hauteur des points morts qu’un système de distribution d’eau est susceptible de présenter. »
Analyse
La détection classique de la légionelle s’effectue par étalement. « Il s’agit d’un processus par étapes comportant les phases suivantes : filtration et concentration, inoculation et incubation, interprétation, comptage et confirmation », poursuit Els Wauman. « Une deuxième méthode réside dans l’amplification PCR à laquelle nous avons surtout recours en cas de problème aigu parce qu’elle permet d’obtenir des résultats dans les 24 heures. Si la présence de la bactérie est confirmée, nous poursuivons l’analyse par la méthode classique. Cette méthode est idéale pour identifier rapidement les sources possibles et surveiller l’impact de la désinfection. »
Législation
Notre pays s’est doté aussi bien d’une législation fédérale (arrêté royal Agents biologiques du 4 août 1996) que d’une législation flamande (Legionellabesluit du 9 février 2007) relative à la bactérie, dans le but d’assurer la prévention de la maladie du légionnaire dans les lieux publics. La législation en vigueur se concentre sur cinq domaines d’application : installations d’approvisionnement en eau, tours de refroidissement, systèmes de climatisation, autres systèmes de distribution d’eau (unités dentaires par exemple) et expositions (installations productrices d’aérosols pendant les salons professionnels par exemple). « Ces différents domaines d’application requièrent l’élaboration d’un plan de gestion global, d’une analyse des risques ainsi que de mesures de prévention, de contrôle et de correction. La tenue d’un journal de bord comportant l’enregistrement des différents contrôles et des mesures prises et faisant état des rapports du laboratoire et des opérations de maintenance est impérative. Par ailleurs, des seuils d’intervention spécifiques ont été arrêtés pour chaque domaine d’application », précise Els Wauman. En ce qui concerne les seuils d’intervention et la fréquence des analyses, la législation en vigueur en Belgique est cependant moins contraignante qu’aux Pays-Bas (Drinkwaterbesluit 2011).
Dioxyde de chlore
Il y a une huitaine d’années, les autorités flamandes ont reconnu que le système Oxiperm Pro pouvait être considéré comme une mesure de gestion intéressante dans la prévention de la légionelle et la lutte contre sa prolifération. Conçu par Grundfos, ce système s’attaque à la légionelle en passant par la production de dioxyde de chlore (ClO2).
« Le ClO2 est un gaz instable dont la production doit s’opérer sur site », précise Anke Van Remoortere, external sales engineer auprès de Grundfos. « Le dioxyde de chlore est le désinfectant dont le pouvoir de désinfection est le plus élevé. Dissous dans l’eau à de faibles concentrations, le dioxyde de chlore se conserve pendant plusieurs jours sans se décomposer. Le ClO2 élimine les biofilms et s’attaque aux bactéries, moisissures et virus. En outre, il ne forme aucun THM ni aucune chloramine et participe à la lutte contre les mauvaises odeurs. En cas d’installation de cet appareil, l’utilisateur final peut s’affranchir des plages de températures requises par toute gestion thermique (départ 60 °C, retour 55 °C), une marge de manœuvre qui lui permettra de réaliser des économies d’énergie significatives. »
L’installation et la mise en œuvre de cet appareil ne présentent aucune difficulté. « Pour générer une réaction au sein du réacteur, nous injectons une eau de dilution par le conduit d’une vanne magnétique. Ensuite, nous procédons à la préparation de NaClO2 à l’aide de la pompe de dosage, et enfin à celle de HCl. La commande s’opère en fonction de mesures du niveau relevé au sein du réacteur et la réaction se produit à la pression atmosphérique. On n’assiste à aucune augmentation de la pression qui règne dans le réacteur. Après l’achèvement de la réaction, le dioxyde obtenu est transféré vers la cuve de stockage sous-jacent. Dès que le niveau de cette cuve diminue en deçà de la valeur minimale retenue, l’installation se lance dans la fabrication d’un nouveau lot. »
Le signal de sortie du débitmètre est transmis au module de commande de l’Oxiperm Pro, lequel pilote la pompe de dosage en assurant un dosage proportionnel. La pompe de dosage est reliée à la cuve de stockage interne. La concentration en dioxyde de chlore que présentent les canalisations d’eau fait l’objet d’un suivi ininterrompu.
Une unité de production Oxiperm Pro autorise le traitement de trois circuits individuels de distribution d’eau. « Ce système dont la programmation est d’une grande simplicité permet de produire du ClO2 en toute fiabilité. En tant que fournisseur, nous recommandons aux exploitants de faire appel à une entreprise de renom spécialisée dans le traitement de l’eau telle qu’Ekopak. De toute manière, les exploitants devront également continuer à se charger de toutes les opérations requises (réalisation d’une analyse des risques, élaboration d’un plan de gestion, exécution de mesures de gestion et de contrôles de la température, prélèvement d’échantillons) », conclut Anke Van Remoortere.
Désinfection
La société Ekopak se spécialise, depuis des lustres, dans le traitement et la désinfection des eaux à usage industriel. Le personnel de cette entreprise s’emploie au quotidien à la prévention de la légionelle et à la lutte contre sa prolifération. « La maladie du légionnaire peut se transmettre par inhalation d’aérosols contaminés (gouttes d’eau microscopiques). Au sein de tours de refroidissement « en attente » ou de douches qui n’ont pas été utilisées depuis une semaine et dans des conduites fermées, le risque de prolifération de ces bactéries est réel », comme en témoigne Anne-Mie Veermeer, technical sales engineer en désinfection chez Ekopak. « La prolifération de la légionelle est très rapide dans un biofilm ; autrement dit, une couche de micro-organismes caractérisés par la production d’un mucus qui leur permet d’adhérer à nombre de surfaces (parois intérieures de conduites, ballons d’eau chaude, échangeurs de chaleur, vases d’expansion, tampons, tours de refroidissement). »
En cas de test positif, il faut procéder non seulement à une désinfection, mais aussi à une évaluation du plan de gestion. « La désinfection s’effectue au moyen de divers biocides (H2O2, Cl2, ClO2). Administré en respectant un dosage buvable (près de 0,4 ppm dans une eau froide), le dioxyde de chlore est apte à décomposer tout biofilm. La participation d’une entreprise spécialisée dans le traitement de l’eau est aussi importante sur le plan préventif qu’au niveau curatif lorsqu’il s’agit d’élaborer une installation sur mesure, d’en assurer le suivi 24 heures sur 24 et d’interpréter les résultats pour venir à bout du problème le plus rapidement possible et de la manière la plus adéquate. »
Par Bart Vancauwenberghe



