La Flandre va-t-elle bientôt prendre sa douche à l’eau de pluie ?
Par Matthias Vanheerentals
La Flandre va-t-elle bientôt prendre sa douche à l’eau de pluie ?
La Grande Enquête sur l’Eau a sondé la relation à l’eau en Flandre en 2022. Les premiers résultats montrent une plus grande sensibilité à l’importance des ressources hydriques. Par exemple, 54% des personnes interrogées pensent que nous manquons déjà d’eau aujourd’hui, et 84% que le manque d’eau ne fera que s’aggraver. L’eau de pluie devra jouer un rôle important selon les personnes interrogées. Nous en parlons avec Verolien Cauberghe, professeure de Sciences de la communication à l’UGent, spécialisée dans la promotion des changements de comportement durables.
« Les personnes interrogées souhaitent utiliser davantage l’eau de pluie », dit Verolien Cauberghe. « D’abord pour réduire leur facture d’eau, et ensuite pour préserver l’environnement. Elles considèrent l’eau de pluie comme la meilleure source pour toutes sortes d’usages tels que le nettoyage de la maison, l’arrosage du jardin, la chasse des toilettes ou la lessive. Par exemple, 75% souhaitent utiliser l’eau de pluie pour le lave-linge et 63% pour la douche. Mais se doucher à l’eau de pluie n’est pas chose évidente en pratique, car elle doit d’abord être purifiée. En effet, la loi exige que, pour des raisons de santé publique, l’eau de la douche doit satisfaire aux exigences de qualité de l’eau potable. Il y a donc encore du chemin à parcourir avant que cela ne devienne réalité. »
Rôle des fournisseurs d’équipements
D’après la professeure, les fournisseurs de technologies de l’eau ont certainement un rôle à jouer. Elle explique comment, selon elle, ils devraient répondre à la demande. « Les techniques permettant d’utiliser l’eau de pluie dans la douche doivent être mieux connues du public. Divers types de traitement sont disponibles, mais les ménages flamands ne les connaissent pas. Les mesures à prendre pour utiliser l’eau de pluie chez soi sont assez complexes. L’enquête a révélé que 57% des personnes interrogées souhaitaient être conseillées pour optimiser leur consommation d’eau. A peine 28% ont dit savoir où s’adresser pour obtenir des conseils. Il y a donc encore certainement beaucoup à faire sur le plan de la communication. »
Méconnaissance de la consommation d’eau réelle
Les personnes interrogées dans l’étude ne savent pas précisément quelle quantité d’eau elles consomment, ni combien elles paient pour leur consommation. « 47% ignorent leur consommation d’eau annuelle et 27% n’ont aucune idée du montant de leur facture d’eau », précise Verolien Cauberghe. « Si vous n’avez aucune idée de votre consommation d’eau ou de celle de vos voisins, il est très difficile de savoir si vous gaspillez l’eau ou pas. Comme la consommation d’eau est une notion abstraite pour nombre de consommateurs, ils ont tendance à penser que leurs efforts pour l’économiser sont plus efficaces qu’ils ne le sont en réalité. Lorsque les gens pensent qu’ils font déjà assez d’efforts, il est très difficile de les convaincre de changer de comportement. C’est à cause du manque d’information sur ce qu’ils consomment et paient. Des mesures doivent donc encore être prises pour sensibiliser la population à l’usage de l’eau. » Pourtant, AquaFlanders estime que des mesures sont déjà prises en ce sens. « Les fournisseurs d’eau installent aujourd’hui des compteurs d’eau numériques », remarque Carl Heyrman, directeur général d’AquaFlanders. « Ces compteurs informent les clients sur leur consommation. Nous espérons que cela les incitera à être plus économe avec l’eau du robinet. »
Compteur d’eau numérique
Le compteur d’eau numérique aide à prendre conscience de sa propre consommation d’eau. « Ces compteurs sont très utiles s’ils sont bien utilisés », explique Verolien Cauberghe. « Les consommateurs ne feront sans doute pas l’effort de suivre leur consommation de façon proactive à l’aide d’une application dédiée. En revanche, une manière efficace de tirer profit du compteur d’eau numérique pour inciter les gens à économiser l’eau serait de leur fournir un outil facile à utiliser qui indique la consommation en temps réel au moment où l’eau est utilisée. Par exemple, un voyant pourrait s’allumer lorsqu’un certain seuil de consommation est dépassé quand on reste trop longtemps sous la douche. Ce principe pourrait aussi s’appliquer sur une base hebdomadaire. On peut même imaginer de comparer sa propre consommation avec celle des nos voisins. »
Changement de comportement
Selon Verolien Cauberghe, les gens sont conscients de l’importance de l’eau. « La population a pris conscience de l’épuisement des ressources en eau, mais changer de comportement n’est pas chose facile », dit Verolien Cauberghe. « Il faut investir beaucoup plus dans l’accompagnement et la sensibilisation pour convaincre la population à prendre cette décision. Les efforts actuels sont nettement insuffisants. La valeur de l’eau en tant que ressource rare et précieuse doit être mieux comprise. Les gens ne vont pas modifier leur comportement, ni consentir le cas échéant des investissements pour optimiser leur consommation d’eau, s’ils n’accordent pas plus de valeur à l’eau. Nous tenons en effet pour acquis qu’il suffit de tourner le robinet pour que l’eau potable coule. Il y a donc une contradiction dans notre relation à l’eau : d’une part nous considérons l’eau comme une commodité, qui doit toujours être disponible pour tous en quantité illimitée, alors que par ailleurs nous sommes conscients que l’eau est une ressource rare et précieuse. Cette contradiction rend évidemment plus difficile toute tentative de changer de comportement. La nature rare et précieuse de l’eau et l’urgence de l’utiliser avec parcimonie sont surtout présents à l’esprit durant les périodes de sécheresse et de canicule. Il faut donc communiquer et conscientiser davantage sur les ressources en eau, et pas seulement en période de sécheresse. Des narratifs motivants doivent être développés pour la communication à long terme sur l’importance de l’eau. »
Nombre de personnes interrogées
La Grande Enquête sur l’Eau est une initiative conjointe d’AquaFlanders, de l’Université de Gand et de Vlakwa. Les résultats basés sur les réponses de 2 636 personnes indiquent que celles-ci perçoivent l’eau comme un bien précieux et irremplaçable. Les gens veulent agir, économiser l’eau, recycler l’eau de pluie et lutter contre la pollution de l’eau et de l’environnement. Quelques chiffres pour illustrer ces tendances. Comment gérer l’eau durablement en Flandre ? Près de 72% des personnes interrogées boivent l’eau du robinet, contre 59% en 2018. Plus de la moitié des foyers possèdent une citerne d’eau de pluie et la population est largement disposée à agir pour améliorer l’infiltration de l’eau de pluie. Quelques résultats marquants : 54% des personnes interrogées trouvent que la Flandre manque d’eau actuellement, 84% pensent que l’eau manquera à l’avenir, 42% prévoient d’être confrontées aux conséquences d’un manque d’eau, 98% perçoivent l’eau comme un bien précieux et irremplaçable, 55% pensent que l’eau devrait être illimitée, seulement 30% estiment que l’eau doit être limitée, 32% trouvent l’eau bon marché et 48% la trouvent trop chère.
Responsabilité
La plupart des gens se sentent responsables de réduire au maximum la pollution de l’eau (96%), de réduire leur consommation d’eau (91%), de préserver la nature (86%) et de collecter l’eau de pluie (81%). Par contre, seulement 26% s’estiment responsables de recycler les eaux grises. Près de 34% ressentent une pression sociale pour économiser l’eau ou collecter et utiliser l’eau de pluie, contre 42% qui disent au contraire ne pas ressentir ce type de pression. La majorité (61%) ne ressent pas de pression sociale pour recycler les eaux grises.
Réutilisation
Comment comptez-vous utiliser les différents types d’eau à l’avenir ? Les personnes interrogées prévoient d’utiliser en priorité l’eau du robinet pour l’eau de boisson et cuisiner (96%), laver la vaisselle (54%) et l’hygiène personnelle (58% pour le bain et 57% pour le lavabo). Pour l’eau de pluie, elles prévoient de l’utiliser en priorité pour le jardin (85%), le nettoyage à l’intérieur et à l’extérieur (76%), le lave-linge (75%) et dans la douche (63%), mais aussi, avec une faible majorité, pour l’hygiène personnelle (53% pour le bain et 53% pour l’évier). L’enquête montre que la population est également disposée à purifier les eaux grises (provenant du lave-linge, du lave-vaisselle et de la douche) en vue de leur réutilisation pour la chasse des toilettes (74%), mais aussi pour le nettoyage (69% pour l’extérieur et 52% pour l’intérieur de la maison). 43% ignorent pour quels usages les eaux grises peuvent être réutilisées mais 76% savent à quelles fins l’eau de pluie peut être réutilisée.
Demander conseil
Près de la moitié de l’eau du robinet distribuée en Flandre est produite à partir d’eaux de surface (rivières et canaux) et l’autre moitié à partir d’eaux souterraines. Les personnes interrogées sont ouvertes à l’utilisation d’autres ressources en eau. Quelles autres sources les fournisseurs peuvent-ils utiliser pour produire l’eau potable ? La majorité (76%) est indifférente par rapport à l’origine de l’eau du robinet. L’eau de pluie est la source la plus acceptée pour produire l’eau potable (88%), suivie par l’eau de mer (75%). Les eaux résiduaires domestiques sont considérées par 53% des personnes comme une source acceptable pour l’eau du robinet. Les eaux usées industrielles (48%) et les eaux importées d’autres régions (40%) sont moins bien acceptées. 10% des personnes ont déjà demandé conseil à leur fournisseur d’eau courante, 10% aussi à leur plombier et 7% à un architecte. Vlakwa est à la base de la Grande Enquête sur l’Eau. Ils participent à de nombreux projets, parmi lesquels le projet Coock « Waterbewust bouwen » (Réduction de l’empreinte eau des bâtiments). « Pour ce projet, nous réunissons les savoirs existants, accumulons de nouvelles connaissances, étudions l’application pratique des savoirs et disséminons toutes ces informations afin de stimuler les entreprises de toute la chaîne (maîtres d’ouvrage, bureaux d’étude, architectes, entrepreneurs, installateurs, gestionnaires de réseaux d’égout) et de les encourager à appliquer et intégrer dans leur pratique les techniques innovantes en matière de réduction de l’empreinte eau des bâtiments », explique Dirk Halet de Vlakwa.
« Les personnes interrogées dans l’enquête souhaitent utiliser davantage l’eau de pluie »,
dit Verolien Cauberghe.
« Les compteurs d’eau numériques peuvent créer une vraie valeur ajoutée s’ils sont correctement utilisés »,
précise Verolien Cauberghe.
Verolien Cauberghe

