17/03/2020

Forer pour éviter des inondations

Les inondations peuvent provoquer beaucoup de misère. Malheureusement, leur fin ne semble pas proche, en partie en raison de l’augmentation du bétonnage et du changement climatique. Une partie de la solution consiste à construire des bassins d’orage. Dans des villes comme Bruxelles, il est parfois préférable d’utiliser pour cela des tunneliers : des machines impressionnantes rappelant celles qui ont également creusé le tunnel sous la Manche entre la France et l’Angleterre.

En cas de fortes pluies, le débit dans les collecteurs peut devenir si important que des inondations se produisent et rendent les rues impraticables, submergent les caves et déversent des effluents nocifs dans le milieu naturel. Bien entendu, cela peut aussi se produire à Bruxelles. Mieux encore : Bruxelles a toujours été sensible à l’eau. Lorsque la commune a vu le jour, au VIIe siècle, elle s’appelait Broeksele, un nom flamand signifiant ‘implantation dans le marais’. Un marais est un terrain situé en contrebas d’une rivière ou d’un ruisseau qui déborde régulièrement, ou qui reste humide à cause de la résurgence d’eaux souterraines.

Pour éviter les inondations, de nombreux bassins d’orage ont déjà été construits dans notre capitale. En cas de forte pluie, l’eau des égouts s’écoule alors dans le bassin via un trop-plein. Dès que l’averse est terminée, des pompes ramènent à nouveau vers l’égout l’eau accumulée dans le bassin. À ce jour, la société des eaux bruxelloise Vivaqua considère la lutte contre les inondations comme l’une de ses priorités.

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua : « Nous sommes une intercommunale ; nous travaillons donc conjointement avec les communes. Si l’une d’entre elles nous signale de fréquentes inondations, nous étudions le problème. À l’aide d’un modèle hydraulique intégré dans un logiciel, nous pouvons alors évaluer s’il y a un défaut au niveau de notre réseau d’assainissement et trouver des solutions. »

« La station de relevage a été installée à la place d’une rotonde d’un peu plus de 17 mètres de long. C’est peu pour un tel tunnelier, mais nous y sommes arrivés. »

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua

Uccle

La société des eaux a déjà investi, au cours des dix dernières années, 84 millions d’euros dans la lutte contre les inondations. Le 10 octobre dernier, elle inaugurait encore à Uccle un nouveau bassin d’orage en forme de tunnel. Azdine Laanait : « Normalement, pour les bassins d’orage, nous creusons pour ainsi dire une grande baignoire et installons les parois latérales et supérieures du bassin, puis nous remplissons à nouveau le reste de terre. Pour dire les choses simplement. Ici, en centre-ville, il n’y avait pas assez de place pour une telle approche. Il nous fallait donc travailler sous la chaussée et creuser un tunnel. »

Le tunnel d’Uccle fait 1.300 m de long. Ses parois en béton ont un diamètre intérieur de 4,66 mètres. Il est ainsi capable d’absorber pas moins de 25 000 mètres cubes d’eau en cas de fortes pluies. Le tunnel a été creusé par une association momentanée des entreprises Sodraep, Bessac et Smet Tunneling. Ces entreprises ont utilisé pour ce faire l’U-tube, un tunnelier d’un diamètre de 5,28 mètres. La méthodologie a permis de réaliser tous les forages sous terre. Pendant les trois ans qu’ont duré les travaux publics, les gens du quartier et les passants ont donc eu moins de nuisances que si tout s’était passé en surface.

Woluwe Saint-Pierre

Woluwe-Saint-Pierre aussi s’est plainte auprès Vivaqua d’inondations. Azdine Laanait : « On y trouve un ancien ruisseau, le Struybeek, qui est devenu aujourd’hui un égout. Ce dernier semblait ne plus pouvoir absorber le flux d’eau en cas de fortes pluies. »

Pour protéger Woluwe-Saint-Pierre des inondations, les bassins de Grand Prix (7 000 m³), Herendal (7 000 m³) et Stockel (3 000 m³) y ont déjà été construits par le passé. Cependant, le risque d’inondation dans la zone est resté élevé. « Finalement nous avons décidé que là aussi un bassin d’orage était la meilleure solution. Selon notre modèle hydraulique, ce dernier doit avoir une capacité totale de 8 000 mètres cubes. » Ce volume peut être obtenu à l’aide d’un tunnel de 377 mètres de long et 5,2 mètres de diamètre.

La société commerciale temporaire Grootveldlaan, constituée des entreprises BAM Contractors, Wayss & Freytag et Denys, a remporté le contrat. Elle utilise pour ce faire le tunnelier Petra. Il pèse 270 tonnes et mesure 8 mètres de long ; il coûte environ 34 millions d’euros. Il est du même type que celui utilisé pour creuser le tunnel sous la Manche entre la France et l’Angleterre. Il est également du même type que celui qui a creusé les tunnels Diabolo de 1 kilomètre de long, pour les voies ferrées, dans le cadre du désenclavement nord de l’aéroport national.

Avec Petra, les entrepreneurs creusent un tunnel de grand diamètre, en combinaison avec un puits d’accès, un trop-plein et une station de relevage d’un diamètre de 16 mètres. Azdine Laanait : « La station de relevage est l’endroit où nous avons commencé à creuser et d’où la terre est évacuée. « Elle a été installée à la place d’une rotonde d’un peu plus de 17 mètres de long. C’est peu pour un tel tunnelier, mais nous avons réussi. »

« Lors du creusement d’un tunnel il peut se produire un affaissement de terrain. Lorsqu’on travaille sous terre il faut donc surveiller l’environnement. »

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua

Le creusement de la station de relevage, début 2019, a été suivi par celui du tunnel et l’installation des parois de ce dernier, à l’aide de 310 anneaux composés chacun de six segments, ce qui correspond à 1 860 éléments préfabriqués. Au premier semestre 2020, l’extrémité du tunnel sera équipée d’un puits d’accès de 15 mètres de profondeur, qui sera utilisé pour le pompage de l’eau, les contrôles et la ventilation. Azdine Laanait : « Le tunnel aura une pente de 1 % qui obligera l’eau, à la fin de l’averse, à s’écouler uniquement en direction de la station de relevage. Lorsqu’on creuse sous terre, dans la salle d’excavation, il convient d’être toujours très prudent, entre autres en raison de la diversité des sols, tels que le limon et le sable, l’eau, les différents types de roches, etc. Ils réagissent tous différemment, de sorte que les opérateurs doivent adapter constamment leur méthodologie. »

Durant les travaux, on surveille l’effet sur le voisinage. « Lors du creusement d’un tunnel il peut, par exemple, se produire un affaissement de terrain. Lorsqu’on travaille sous terre il faut donc surveiller l’environnement. C’est ce que nous faisons tous les jours. Jusqu’à présent nous n’avons pas eu de problème. Il peut se produire aussi des vibrations dans les maisons. Il arrive que des gens nous le signale. Nous nous rendons alors sur place avec des appareils de mesure. Dans ce domaine non plus il n’y a pas eu de problèmes notables. Actuellement, nous prévoyons la réception des travaux pour fin octobre 2020. »

L’avenir

Le bassin d’orage de 8 000 mètres cubes de Woluwe-Saint-Pierre n’est pas le dernier à Bruxelles. Ainsi, un projet est en cours dans lequel Vivaqua n’est pas impliqué, mais bien la Région de Bruxelles-Capitale : sur le territoire de Woluwe-Saint-Pierre, d’Auderghem et de Woluwe-Saint-Lambert, il y aura un bassin d’orage de 70 000 mètres cubes. Alors, un tunnelier devra à nouveau creuser un tunnel, cette fois d’une longueur de 1 600 m et d’un diamètre de 7,4 m. Mais des alternatives sont encore à l’étude.

Par Koen Vandepopuliere

Photos Vivaqua

www.vivaqua.be

Forer pour éviter des inondations

Les inondations peuvent provoquer beaucoup de misère. Malheureusement, leur fin ne semble pas proche, en partie en raison de l’augmentation du bétonnage et du changement climatique. Une partie de la solution consiste à construire des bassins d’orage. Dans des villes comme Bruxelles, il est parfois préférable d’utiliser pour cela des tunneliers : des machines impressionnantes rappelant celles qui ont également creusé le tunnel sous la Manche entre la France et l’Angleterre.

En cas de fortes pluies, le débit dans les collecteurs peut devenir si important que des inondations se produisent et rendent les rues impraticables, submergent les caves et déversent des effluents nocifs dans le milieu naturel. Bien entendu, cela peut aussi se produire à Bruxelles. Mieux encore : Bruxelles a toujours été sensible à l’eau. Lorsque la commune a vu le jour, au VIIe siècle, elle s’appelait Broeksele, un nom flamand signifiant ‘implantation dans le marais’. Un marais est un terrain situé en contrebas d’une rivière ou d’un ruisseau qui déborde régulièrement, ou qui reste humide à cause de la résurgence d’eaux souterraines.

Pour éviter les inondations, de nombreux bassins d’orage ont déjà été construits dans notre capitale. En cas de forte pluie, l’eau des égouts s’écoule alors dans le bassin via un trop-plein. Dès que l’averse est terminée, des pompes ramènent à nouveau vers l’égout l’eau accumulée dans le bassin. À ce jour, la société des eaux bruxelloise Vivaqua considère la lutte contre les inondations comme l’une de ses priorités.

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua : « Nous sommes une intercommunale ; nous travaillons donc conjointement avec les communes. Si l’une d’entre elles nous signale de fréquentes inondations, nous étudions le problème. À l’aide d’un modèle hydraulique intégré dans un logiciel, nous pouvons alors évaluer s’il y a un défaut au niveau de notre réseau d’assainissement et trouver des solutions. »

« La station de relevage a été installée à la place d’une rotonde d’un peu plus de 17 mètres de long. C’est peu pour un tel tunnelier, mais nous y sommes arrivés. »

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua

Uccle

La société des eaux a déjà investi, au cours des dix dernières années, 84 millions d’euros dans la lutte contre les inondations. Le 10 octobre dernier, elle inaugurait encore à Uccle un nouveau bassin d’orage en forme de tunnel. Azdine Laanait : « Normalement, pour les bassins d’orage, nous creusons pour ainsi dire une grande baignoire et installons les parois latérales et supérieures du bassin, puis nous remplissons à nouveau le reste de terre. Pour dire les choses simplement. Ici, en centre-ville, il n’y avait pas assez de place pour une telle approche. Il nous fallait donc travailler sous la chaussée et creuser un tunnel. »

Le tunnel d’Uccle fait 1.300 m de long. Ses parois en béton ont un diamètre intérieur de 4,66 mètres. Il est ainsi capable d’absorber pas moins de 25 000 mètres cubes d’eau en cas de fortes pluies. Le tunnel a été creusé par une association momentanée des entreprises Sodraep, Bessac et Smet Tunneling. Ces entreprises ont utilisé pour ce faire l’U-tube, un tunnelier d’un diamètre de 5,28 mètres. La méthodologie a permis de réaliser tous les forages sous terre. Pendant les trois ans qu’ont duré les travaux publics, les gens du quartier et les passants ont donc eu moins de nuisances que si tout s’était passé en surface.

Woluwe Saint-Pierre

Woluwe-Saint-Pierre aussi s’est plainte auprès Vivaqua d’inondations. Azdine Laanait : « On y trouve un ancien ruisseau, le Struybeek, qui est devenu aujourd’hui un égout. Ce dernier semblait ne plus pouvoir absorber le flux d’eau en cas de fortes pluies. »

Pour protéger Woluwe-Saint-Pierre des inondations, les bassins de Grand Prix (7 000 m³), Herendal (7 000 m³) et Stockel (3 000 m³) y ont déjà été construits par le passé. Cependant, le risque d’inondation dans la zone est resté élevé. « Finalement nous avons décidé que là aussi un bassin d’orage était la meilleure solution. Selon notre modèle hydraulique, ce dernier doit avoir une capacité totale de 8 000 mètres cubes. » Ce volume peut être obtenu à l’aide d’un tunnel de 377 mètres de long et 5,2 mètres de diamètre.

La société commerciale temporaire Grootveldlaan, constituée des entreprises BAM Contractors, Wayss & Freytag et Denys, a remporté le contrat. Elle utilise pour ce faire le tunnelier Petra. Il pèse 270 tonnes et mesure 8 mètres de long ; il coûte environ 34 millions d’euros. Il est du même type que celui utilisé pour creuser le tunnel sous la Manche entre la France et l’Angleterre. Il est également du même type que celui qui a creusé les tunnels Diabolo de 1 kilomètre de long, pour les voies ferrées, dans le cadre du désenclavement nord de l’aéroport national.

Avec Petra, les entrepreneurs creusent un tunnel de grand diamètre, en combinaison avec un puits d’accès, un trop-plein et une station de relevage d’un diamètre de 16 mètres. Azdine Laanait : « La station de relevage est l’endroit où nous avons commencé à creuser et d’où la terre est évacuée. « Elle a été installée à la place d’une rotonde d’un peu plus de 17 mètres de long. C’est peu pour un tel tunnelier, mais nous avons réussi. »

« Lors du creusement d’un tunnel il peut se produire un affaissement de terrain. Lorsqu’on travaille sous terre il faut donc surveiller l’environnement. »

Azdine Laanait, ingénieur chez Vivaqua

Le creusement de la station de relevage, début 2019, a été suivi par celui du tunnel et l’installation des parois de ce dernier, à l’aide de 310 anneaux composés chacun de six segments, ce qui correspond à 1 860 éléments préfabriqués. Au premier semestre 2020, l’extrémité du tunnel sera équipée d’un puits d’accès de 15 mètres de profondeur, qui sera utilisé pour le pompage de l’eau, les contrôles et la ventilation. Azdine Laanait : « Le tunnel aura une pente de 1 % qui obligera l’eau, à la fin de l’averse, à s’écouler uniquement en direction de la station de relevage. Lorsqu’on creuse sous terre, dans la salle d’excavation, il convient d’être toujours très prudent, entre autres en raison de la diversité des sols, tels que le limon et le sable, l’eau, les différents types de roches, etc. Ils réagissent tous différemment, de sorte que les opérateurs doivent adapter constamment leur méthodologie. »

Durant les travaux, on surveille l’effet sur le voisinage. « Lors du creusement d’un tunnel il peut, par exemple, se produire un affaissement de terrain. Lorsqu’on travaille sous terre il faut donc surveiller l’environnement. C’est ce que nous faisons tous les jours. Jusqu’à présent nous n’avons pas eu de problème. Il peut se produire aussi des vibrations dans les maisons. Il arrive que des gens nous le signale. Nous nous rendons alors sur place avec des appareils de mesure. Dans ce domaine non plus il n’y a pas eu de problèmes notables. Actuellement, nous prévoyons la réception des travaux pour fin octobre 2020. »

L’avenir

Le bassin d’orage de 8 000 mètres cubes de Woluwe-Saint-Pierre n’est pas le dernier à Bruxelles. Ainsi, un projet est en cours dans lequel Vivaqua n’est pas impliqué, mais bien la Région de Bruxelles-Capitale : sur le territoire de Woluwe-Saint-Pierre, d’Auderghem et de Woluwe-Saint-Lambert, il y aura un bassin d’orage de 70 000 mètres cubes. Alors, un tunnelier devra à nouveau creuser un tunnel, cette fois d’une longueur de 1 600 m et d’un diamètre de 7,4 m. Mais des alternatives sont encore à l’étude.

Par Koen Vandepopuliere

Photos Vivaqua

www.vivaqua.be