Des vers de terre au service du traitement des eaux

Et si les vers de terre pouvaient contribuer à l’épuration de nos eaux usées ? C’est le procédé éprouvé depuis vingt ans par Biofiltro, une entreprise spécialisée dans les technologies environnementales proposant une solution de traitement des eaux fondée sur la vermifiltration. Ce procédé repose sur l’action combinée de vers de terre, de micro-organismes et bactéries pour transformer les eaux polluées en ressource valorisable : un compost riche en nutriment et stable. Simple, mais il fallait oser !

Une technologie biodynamique et dans la circularité
Le système développé par Biofiltro, appelé BIDA® (Biofiltration Dynamique Aérobie), s’inspire directement des mécanismes naturels du sol. Après séparation des solides, les eaux usées sont aspergées sur un lit filtrant composé de copeaux de bois, habitat des vers de terre de l’espèce Eisenia fetida, sélectionnée pour sa robustesse et sa capacité à digérer les matières organiques. L’approche est également locale et circulaire, puisque vers et copeaux sont issus de productions locales.
La biofiltration s’opère en deux phases : aérobie en surface, où l’oxygène est présent grâce aux galeries creusées par les vers, et anaérobie en profondeur. Les vers et les bactéries consomment les polluants des eaux usées (Carbone, Azote, Phosphore) tout en maintenant une structure d’oxygénation naturelle. Ce mécanisme permet de réduire jusqu’à 99 % de la charge organique.
À l’issue du traitement, l’eau obtenue présente une qualité qui permet son rejet dans le milieu naturel, mais elle peut aussi être réutilisée pour des usages non potables, comme le nettoyage ou l’irrigation. Encore peu exploitée, cette ressource pourrait pourtant être valorisée plus largement, selon les réglementations en vigueur dans chaque pays.
Par ailleurs, après deux à trois ans, le substrat se transforme en vermicompost mature, réutilisable sur place comme fertilisant organique. “Le vermicompost est stable, on peut le stocker sur place, mais ce qui est important aussi c’est la richesse de la vie organique qui le compose”.
L’un des grands atouts de cette technologie réside dans sa faible consommation énergétique. Comparée aux systèmes classiques, comme les boues activées, la vermifiltration consomme jusqu’à 5 fois moins d’énergie. Seules des pompes de relevage sont nécessaires pour alimenter le lit filtrant éliminant les besoins en aération, mélange et recirculation, ce qui en fait une installation qui fonctionne sans bruit ni odeur. Son empreinte spatiale d’environ 0.3 m²/EH, largement inférieure à celle des filtres plantés, autre technologie basée sur la nature et peu consommatrice d’énergie, s’intègre facilement au paysage.
Cette technologie se prête à diverses variétés d’effluents : eaux sanitaires, rejets agroalimentaires ou lisier. Le système peut être dimensionné selon les besoins, les contraintes du site et les exigences réglementaires. Il est particulièrement adapté aux entreprises sujettes à la saisonnalité, comme les vignobles ou même pour les petites collectivités à grandes activités touristiques saisonnières.
“Les domaines viticoles sont soumis à une forte saisonnalité, avec une forte production d’eau usées à la période de vendange et de pressage. Le système BIDA est particulièrement adapté à cela, car il n’a pas besoin d’être alimenté toute l’année et produit une eau traitée conforme rapidement” précise Aymeric Donnay.

Le Château Palmer : un exemple concret d’intégration
Prestigieux domaine viticole situé à Margaux dans le Bordelais, le Château Palmer a récemment adopté la technologie Biofiltro pour le traitement des eaux usées de son chai. Confronté à la saturation de la station d’épuration communale, le domaine a opté pour une solution locale, durable et autonome.
Le système installé couvre une surface de 170 m² et fonctionne en double passage, permettant d’atteindre les normes françaises de réutilisation de l’eau (REUT). L’eau traitée est utilisée pour le nettoyage des machines agricoles et l’arrosage des jardins, tandis que le vermicompost est épandu sur les pieds de vigne. L’irrigation des vignes étant interdite dans la région, cette réutilisation ciblée permet de réduire significativement la captation d’eau dans les nappes.
Ce projet a également permis de tirer des enseignements précieux. Le choix des copeaux de bois, par exemple, s’est révélé déterminant : certaines essences, trop riches en tanins, ont altéré la qualité de l’eau en sortie. L’équipe a rapidement ajusté le matériau pour retrouver une eau claire et conforme. Le démarrage du système, qui dépend de la charge organique et de l’activité des vers, a nécessité quelques semaines, avec des résultats désormais concluants.
Le Château Palmer illustre la capacité de Biofiltro à s’adapter aux contraintes spécifiques d’un site en offrant une solution performante, écologique et intégrée. Ce type de projet ouvre la voie à une nouvelle manière de penser le traitement des eaux, en misant sur la nature plutôt que sur la complexité technologique.

Biofiltro : Entre adaptations locales et ambitions internationales
Présente au Chili, en France ou aux Etats-Unis, Biofiltro adapte ses installations aux contextes environnementaux et réglementaires de chaque pays.
En Wallonie, à Becco, une unité pilote a été mise en place dans le cadre d’un projet mené avec la SPGE, en collaboration avec le CEBEDEAU, qui assure la coordination et le suivi opérationnel de cette unité mobile de traitement des eaux usées. Ce projet permet de tester la solution dans des petites communes où la déclivité et la disponibilité des terrains se prêtent particulièrement bien à l’installation de ces technologies extensives.
« Nous avons présenté notre solution aux sociétés publiques de traitement des eaux. Les sociétés wallonnes ont été intéressées par la modularité et la faible consommation de l’installation » nous signale Aymeric Donnay.
Bien que déjà explorés à l’international, les secteurs agroalimentaires, de production animale – avec entre autres la production de lisier – et de traitement des boues de stations d’épuration constituent des axes prometteurs, à condition de maîtriser les risques liés au stockage et aux contraintes réglementaires en Belgique.
Biofiltro s’inscrit ainsi dans une logique de durabilité, en valorisant les déchets organiques et en réduisant la pression sur les ressources en eau. Pour plus d’information, consultez
www.biofiltro.be

Source: Cebedeau
Photos Cebedeau