Capter l’eau
Capter l’eau
Il y a, de par le monde, encore toujours des milliards de gens qui accèdent difficilement à l’eau. Assez paradoxalement, une partie d’entre eux est, jour après jour, entourée d’eau, mais alors sous forme d’épais nuages. Les capteurs de brouillard peuvent être dans ce cas une solution.
Sur une pente sèche et rocailleuse d’une montagne dans le sud-ouest du Maroc se trouve une série de filets rectangulaires verticaux. Ils sont fixés à des tubes d’acier et ancrés au sol par des câbles épais. Goutte à goutte, l’eau perle sur les filets. Elle coule lentement vers le bas de ces derniers, où se trouve une gouttière. Celle-ci conduit l’eau vers un réservoir de stockage. Cette eau est utilisée par les gens à de nombreuses fins.
Entreprise allemande
Les capteurs de brouillard trouvent leur origine dans les années 80. Au Canada, le service météorologique avait alors effectué des tests avec des filets au Québec. Le but était de capter le brouillard afin de déterminer quelles substances il contenait. Des scientifiques du Chili ont remarqué cette recherche et se sont demandé si cette méthode pouvait servir à alimenter en eau les populations de leurs montagnes. Il en est résulté une collaboration dans laquelle les Canadiens et les Chiliens ont expérimenté des capteurs de brouillard dans le village de montagne de Chungungo. À la suite de cela, a été créée, en 2000, l’asbl canadienne FogQuest.
Depuis lors, de nombreux scientifiques et concepteurs du monde entier ont poursuivi leur recherche pour optimiser la technologie. Des organisations ont également été créées pour vendre ces produits ou aider à les installer. On peut citer en exemple l’entreprise allemande Aqualonis. Cette dernière a mis au point des capteurs de brouillard pouvant résister à des coups de vent allant jusqu’à 120 kilomètres par heure, ce qui n’est pas un luxe inutile dans les montagnes venteuses. On en trouve au Maroc, mais aussi en Californie et en Tanzanie. Pour le Maroc, la société a reçu une commande pour un total de 1 700 mètres carrés de ces capteurs de brouillard. Ils peuvent fournir, par jour de brouillard, jusqu’à 22 litres par mètre carré.
Peter Trautwein est le PDG de l’entreprise. « La production dépend surtout de la taille des gouttes », nous informe-t-il. « Idéalement, elle est de 20 à 40 micromètres. Le nombre de journées de brouillard est également important. Dans notre implantation au Maroc, ils sont de 158. »
En Europe, des tests ont été effectués avec succès, en Croatie et au sud de l’Espagne. « Il est indispensable que la mer soit proche. L’eau qui est ainsi collectée est utilisée comme eau potable par les ménages ainsi que pour la culture des fruits et légumes. Sur les Îles Canaries, il y a une brasserie qui produit sa bière à l’aide de l’eau tirée du brouillard. Mais pour la Belgique, cette technologie n’aura probablement que peu d’impact. La raison en est que la taille des gouttes est sans doute trop petite. »
Légère croissance
Pour un filet Aqualonis de 54 mètres carrés, il faut compter 10 400 euros. Trop cher pour la plupart des habitants des pays en développement, mais « si les gouvernements veulent investir dans ces filets, je m’attends à une légère croissance du nombre de capteurs de brouillard dans le monde », affirme Peter Trautwein.
Tous les capteurs de brouillard ne sont pas onéreux. Fogquest propose des filets de 40 mètres carrés à un prix de 1 000 à 1 500 dollars US (900 à 1 400 euros), pour une durée de vie de dix ans. Cette association estime que ses filets peuvent fournir jusqu’à 25 litres par mètre carré. Elle réduit entre autres ses coûts en travaillant avec des volontaires. Elle tire aussi des revenus de dons. Et aussi de la vente de photos au nombre croissant de journalistes désirant rédiger un article au sujet des capteurs de brouillard. Mais une forte croissance du nombre de capteurs dans le monde ? Cela ne semble pas non plus pour tout de suite.
Par Koen Vandepopuliere
Photos Aqualonis

