1 million de personnes meurent du coronavirus, 9 millions du manque d’eau
1 million de personnes meurent du coronavirus, 9 millions du manque d’eau
L’eau. « Waarom elke druppel telt (Pourquoi chaque goutte compte) » est le livre récemment publié par le professeur émérite Marc Van Molle, géographe physique, affilié à la Vrije Universiteit Brussel. Marc Van Molle décrit, en cinq chapitres clairs, les causes mondiales de la pénurie d’eau, la gestion de l’eau, les conflits liés à l’eau, l’impact du changement climatique, et formule également des solutions possibles. Il le fait en s’appuyant sur ses connaissances dans le domaine du stockage du CO2 dans le sol, de l’érosion des sols et de la gestion de l’eau.
Van Molle est professeur émérite de géographie physique à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Ses recherches ont porté sur le stockage du CO2 dans le sol, l’érosion des sols et la gestion de l’eau. Il est un conférencier très demandé en raison de sa vision multidisciplinaire et de son savoir-faire en termes d’environnement, typique d’un géographe. Son livre part des causes de la rareté de l’eau puis se concentre sur les conséquences, sans oublier les solutions possibles au problème. « Puisque l’intention est d’atteindre un large public, l’aspect technique est abordé de manière accessible », déclare Marc Van Molle. « La question est également abordée sous différents angles, ce qui montre clairement que les problèmes liés à l’eau sont généralement causés par une combinaison de différents facteurs naturels et socio-économiques. Une approche interdisciplinaire du problème était donc nécessaire. Une approche typique d’un géographe. »
Augmentation de la consommation d’eau
En raison de l’industrialisation croissante et de la croissance de l’agriculture irriguée, la consommation d’eau augmente plus rapidement que la croissance démographique mondiale. « Sur une planète composée à 70% d’eau, vingt à trente mille personnes meurent chaque jour par manque d’eau potable », affirme Marc Van Molle. « Le réchauffement climatique ne fera qu’aggraver cette situation. Pour chaque degré de réchauffement de la Terre, 7% supplémentaires de la population mondiale voient leur approvisionnement en eau douce renouvelable réduit de 20%. Il y a manifestement un problème d’eau sur notre ‘planète bleue’. L’eau douce disponible est, de plus, très inégalement répartie sur les différents continents. Surtout les habitants d’Afrique, d’Europe et d’Asie ont une très petite quantité d’eau douce à leur disposition. Cette eau si précieuse est, en outre, gaspillée, polluée et mal gérée.
Approche coronavirus
Selon Van Molle, la façon dont nous avons abordé la pandémie de coronavirus montre à quel point la pénurie d’eau dans notre monde occidental semble ne pas nous concerner. « En 2020, 1 million de personnes sont mortes du coronavirus », déclare Marc Van Molle. Tous les moyens possibles sont utilisés pour juguler la pandémie, des milliers de milliards d’euros sont investis… Durant cette même année, plus de 9 millions de personnes sont mortes par manque d’eau potable. Dans les pays les moins avancés, 30 à 50% de la mortalité infantile est due au manque d’eau potable. Dans le monde, 80% de tous les cas de maladie sont liés à une pénurie d’eau potable, à l’absence d’un bon assainissement et à un manque d’hygiène. La réalisation de l’objectif des Nations Unies selon lequel d’ici 2030 tout le monde devrait avoir accès à l’eau potable et à un assainissement de base, nécessiterait un investissement d’environ 500 milliards d’euros par an, somme qui n’a pu être trouvée jusqu’à présent ! Il s’agit cependant d’une faible somme en comparaison de notre investissement dans la lutte contre le coronavirus. »
Technologie
Selon le professeur, il est clair qu’en premier lieu, le mode de consommation des gens doit changer. Dans son livre, il propose de nombreuses autres solutions. Mais, selon le professeur, les développements technologiques peuvent contribuer grandement à une diminution de la consommation d’eau. L’industrie automobile en est un bon exemple : il y a un peu moins de 10 ans, plus de 400 000 litres d’eau étaient nécessaires à la construction d’une voiture particulière moyenne, aujourd’hui il faut environ 200 000 litres. La cause principale est la réutilisation (recyclage) des matériaux.
Le dessalement avec OI devient plus important
Selon le professeur, le dessalement deviendra la source principale à l’avenir. « La raison principale est la baisse du coût énergétique du dessalement en raison de l’utilisation croissante de la technologie d’osmose inverse (OI), qui représente déjà plus de 69% de la capacité existante », nous dit Marc Van Molle. « Le principal avantage du dessalement est que la disponibilité de l’eau de mer est indépendante des facteurs climatiques tels que les sécheresses. De plus, la qualité de l’eau produite est très élevée. La production peut également être contrôlée localement, indépendamment de tout voisin en amont ou en aval. En outre, le prix de revient n’est pas tant lié à l’investissement qu’à l’exploitation. La technologie est encore toujours onéreuse. On arrive rapidement à 40 centimes d’euro du mètre cube d’eau. Pour de l’eau potable c’est encore admissible, mais pour l’agriculture, c’est inabordable. Le professeur espère que des filtres encore meilleurs viendront et que les OI deviendront également autonomes. « Il y a quelques années, il y avait une recherche doctorale intéressante à l’Université de Gand sur la conversion des flux résiduels en énergie. Le contraste de concentration ionique entre l’eau douce et l’eau salée est déjà utilisé pour générer de l’énergie dans certains grands estuaires (dont l’Amazone). »
Près de 16.000 installations de dessalement de par le monde
Aujourd’hui, il y a au niveau mondial 15.906 installations de dessalement opérationnelles. Au total, 95 millions de m3 d’eau dessalée y sont produits chaque jour, dont 48% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. « Dans ces régions, le dessalement est principalement destiné à la consommation domestique », nous informe Marc Van Molle. « Globalement, 62,3% de l’eau dessalée va vers les foyers. Dans d’autres parties du monde (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Asie de l’Est, Australie) la part des autres utilisateurs finaux (principalement l’industrie et l’agriculture irriguée) est légèrement plus élevée. Il n’est pas inutile d’observer que le dessalement produit aussi des déchets (saumure). Chaque jour, pas moins de 141,5 millions de m3 de saumure sont produits dans le monde : 1,5 m3 de saumure pour chaque m3 d’eau de dessalement produit. Le stockage de ces déchets s’accompagne de frais très élevés et a aussi un important impact sur l’environnement. Pratiquement 88% de toute cette saumure provient du dessalement de l’eau de mer, tandis que le dessalement d’eau saumâtre représente 7% de la production de saumure.
Régions côtières
La plupart des installations de dessalement sont situées dans les zones côtières, à moins de 10 km de la côte. 80% environ de la saumure est produite dans ces installations. « La saumure y est généralement simplement déversée dans la mer », déclare Marc Van Molle. « Il en résulte une concentration locale plus élevée de la salinité et une pollution chimique accrue de l’eau de mer. De nombreux travaux de recherche et développement sont encore nécessaires pour rendre le stockage et le traitement de ces déchets respectueux de l’environnement et économiquement rentables. Ce n’est qu’ainsi qu’un avenir pourra être assuré au dessalement. Il y a aussi un grand avenir pour la technologie de l’eau dans la récupération de la saumure. »
À l’avenir
Le professeur s’attend à ce que l’osmose inverse associée au dessalement soit davantage utilisée à l’avenir. « Elle peut également permettre plus de récupération d’énergie », déclare Marc Van Molle. « La différence de densité de l’eau salée en ions peut également servir à produire de l’énergie. Cette énergie peut ensuite être utilisée pour démarrer la filtration osmotique. Si tout se passe bien, il n’est plus nécessaire d’avoir une source d’énergie séparée. Il existe déjà des techniques avec des étages successifs de filtres osmotiques pour fabriquer de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique directement à partir d’eau salée. »
Agriculture
Dans le secteur agricole, la réduction de la consommation d’eau est également possible grâce à l’irrigation goutte à goutte. Israël, en précurseur, introduisait déjà cette technique en 1950. « Le développement réussi de ces technologies d’irrigation à faible consommation a donné lieu à une industrie de l’irrigation florissante en Israël. « Environ 80% du matériel d’irrigation du pays est exporté. Ces systèmes sont devenus de plus en plus performants au fil des années. On est ainsi passé à l’irrigation souterraine par microgouttes afin de réduire au minimum l’évaporation. Les technologies ont évolué d’année en année, et il existe maintenant des systèmes d’irrigation goutte à goutte contrôlés par ordinateur, tenant compte de la teneur en humidité du sol et de la température. Ces systèmes mesurent également la concentration d’engrais au niveau des racines des plantes et assurent que les nutriments nécessaires sont fournis avec l’eau d’irrigation. Les systèmes peuvent fonctionner efficacement avec tous les types d’eau, y compris les eaux usées épurées. En matière d’utilisation de l’eau, l’irrigation goutte à goutte atteint 90% d’efficacité, contre 75% pour les asperseurs et moins de 60% pour l’irrigation de surface. » Le professeur espère que le système d’irrigation goutte à goutte souterrain sera également davantage mis en œuvre en Belgique. « Surtout lorsque l’on voit combien on utilise encore des asperseurs », ajoute Marc Van Molle. « Ils créent presque immédiatement des nuages. Au cours des 20 dernières années, les Israéliens ont également expérimenté l’irrigation de diverses cultures avec de l’eau salée par irrigation goutte à goutte. L’eau salée a été utilisée avec succès dans la culture des tomates, des melons, du coton, des olives, des fleurs et de la luzerne. Cette pratique a permis de nouveaux puisages d’eaux souterraines de moindre qualité dans le désert du Néguev. »
Flux résiduels
Les puisages mondiaux d’eau douce sont estimés à 3.928 milliards de m3/an. Environ 56% (2 212 milliards de m3/an) de cette eau se retrouvent dans l’environnement sous forme d’eaux usées urbaines et industrielles et d’eaux de drainage agricoles. « Une utilisation insuffisante est faite des eaux usées traitées provenant, par exemple, d’un usage domestique », affirme Marc Van Molle. « La plupart des eaux usées finissent par se retrouver dans la mer, épurées ou non. Et c’est dommage, car les eaux usées contiennent beaucoup de substances utiles et peuvent également servir à bien d’autres fins. Plus de 50 milliards de m3 de méthane peuvent être extraits du flux mondial d’eaux usées, assez pour produire de l’électricité pour plus de 150 millions de foyers. De plus, les eaux usées contiennent des substances telles que l’azote (près de 17 millions de tonnes), le phosphore (3 millions de tonnes) et le potassium (6 millions de tonnes) qui peuvent être utilisées en agriculture comme engrais. Cela correspond à 13% de la quantité totale d’engrais utilisée dans l’agriculture dans le monde chaque année. Si toutes les eaux usées municipales étaient récupérées, il serait possible d’irriguer plus de 40 millions d’hectares de terres agricoles. La Belgique est le seul pays d’Europe occidentale où les eaux usées épurées sont transformées en eau potable. À Coxyde, on laisse l’eau s’infiltrer dans les dunes et elle est ensuite purifiée en eau potable. Le fait que ce soit possible est fantastique en soi. Malheureusement, ce n’est pas fait partout, loin s’en faut. Dans une grande station d’épuration au nord de Bruxelles, elle est tout simplement rejetée dans la Senne. Elle devrait être réutilisée comme eau domestique et pour l’agriculture. L’eau devrait également être infiltrée dans le sol pour recharger les nappes phréatiques.
Eaux usées domestiques
Par ailleurs, la réutilisation des eaux usées traitées d’origine domestique (eaux usées ménagères constituées des eaux noires, issues des toilettes, et des eaux grises des cuisines, douches, buanderies, etc.), représente une source importante pour augmenter l’offre d’eau disponible. « Les eaux usées traitées peuvent être utilisées directement à de nombreuses fins, telles que l’agriculture irriguée, l’irrigation des paysages, les loisirs (comme les terrains de golf), la chasse d’eau des toilettes, le lavage des véhicules, la reconstitution des eaux souterraines », explique Marc Van Molle. « Elles peuvent également être utilisées comme source d’approvisionnement en eau potable. Dans l’industrie, les eaux usées peuvent être traitées selon les normes industrielles et souvent réutilisées sur site. » Dans son livre, Van Molle aborde de nombreux autres thèmes, tels que le changement climatique, la croissance démographique et les modes de consommation, les conséquences de la pénurie d’eau, les eaux usées épurées et l’économie circulaire.
https://www.aspeditions.be/nl-be/book/water/18235.htm
Marc Van Molle:
Pour chaque degré de réchauffement de la Terre, 7 % supplémentaires de la population mondiale voient leur approvisionnement en eau douce renouvelable réduit de 20 %.
En matière d’utilisation de l’eau, l’irrigation goutte à goutte atteint 90% d’efficacité, contre 75% pour les asperseurs et moins de 60% pour l’irrigation de surface. »
« Une utilisation insuffisante est faite des eaux usées traitées provenant, par exemple, d’un usage domestique ».

