PODCAST  
Aquarama 101 – septembre 2023

Finissons-en avec la mise à l’égout. Le recyclage industriel de l’eau est-il la nouvelle norme ?

Le premier podcast d’Aquarama couvre les opportunités et les pièges du recyclage industriel de l’eau.

La pénurie d’eau. En Europe, si le phénomène était depuis longtemps invisible, il n’était pas inexistant. Ce n’est que ces dernières années que l’on a pris conscience, sous l’influence du changement climatique, que notre approvisionnement en eau potable est en danger et que l’eau – et les eaux usées – doivent être traitées différemment. La Belgique est déjà un pionnier international du recyclage (industriel) de l’eau. Comment en est-on arrivés là ? Et quelles conditions préalables déterminent le succès d’un projet ? C’est ce que nous avons demandé dans le tout premier podcast d’Aquarama à Michel Danau, directeur commercial de Veolia Water Technologies.

Avance historique

En 2017, au cours du « World Water Day » les Nations Unies ont explicitement et globalement attiré l’attention sur la problématique des eaux usées et du potentiel de leur recyclage ; cependant, les Belges en étaient déjà conscients depuis plus longtemps. Selon Michel Danau, les premiers projets de recyclage industriel de l’eau remontent même à vingt ans. « À cette époque, il y avait déjà une pénurie d’eau dans certaines régions et dans certains secteurs. En particulier, les entreprises agroalimentaires qui s’implantaient alors en Flandre occidentale. Elles remarquaient à cette époque qu’il n’y avait pas assez d’eau disponible et que la qualité laissait également à désirer. Elles devaient par conséquent chercher une source d’eau alternative, surtout dans le contexte de leur énorme expansion et des restrictions liées au pompage de la nappe phréatique. »

L’une des causes de la pénurie d’eau à l’époque, explique Danau, résidait dans une vague industrielle antérieure. Les entreprises textiles, entre autres, avaient pompé dans les eaux souterraines profondes et de haute qualité pendant si longtemps que le niveau de la nappe phréatique en avait drastiquement chuté. « Aujourd’hui, bien sûr, le changement climatique accélère énormément ces phénomènes. Nous ne pouvons pas encore en estimer pleinement les conséquences, mais de plus en plus de pays et d’entreprises ont entre-temps ouvert les yeux. Alors que nous avions l’habitude de réaliser un projet par an, une vingtaine sont abordés actuellement. En d’autres termes, le recyclage de l’eau est devenu plus qu’une tendance ; c’est tout simplement un fait. »

Divers incitants

Pour éluder les problèmes à grande échelle, les entreprises sont déjà obligées de réutiliser l’eau en diverses circonstances. Il existe également des raisons suffisantes en termes de politique opérationnelle des sociétés pour investir dans le recyclage de l’eau. L’eau par exemple est une matière première indispensable pour les entreprises industrielles ; la fiabilité opérationnelle ainsi que le potentiel de croissance dépendent de son approvisionnement. « C’est même complètement hors considération du prix de revient », souligne Danau. « Parce que sans eau – ce qui sera de plus en plus le cas en raison de restrictions externes sur l’approvisionnement en eau ou du pompage des eaux souterraines – toute production devient caduc. »

Outre les ambitions de durabilité, la prise de conscience se développe également non seulement pour l’empreinte CO2/hydrique ; les économies d’énergie sont en plus un stimulant majeur pour de nombreuses entreprises, tant d’un point de vue écologique qu’économique. « L’industrie utilise principalement de l’eau douce de process à une température donnée. Si elle est produite à partir d’eau du robinet, par exemple, elle doit non seulement être chauffée, mais elle est généralement également adoucie à l’aide de sels. Bien que le recyclage de l’eau nécessite également une purification, le degré de dureté est généralement plus faible et la température plus élevée. Cette dernière se décline facilement par un ∆T de 10 ou 15 °C que l’on peut récupérer de manière biunivoque. »

En pratique

Les eaux usées industrielles épurées peuvent en tout cas être utilisées et réutilisées dans de nombreux process. Les exemples classiques incluent entre-autres l’eau de refroidissement et d’appoint pour les tours de refroidissement ou l’eau pour les installations de NEP. Dans les brasseries, elle est également utilisée pour le nettoyage des bouteilles et, dans certains cas, les eaux usées traitées sont même réutilisées directement en production. « En fin de compte, il faut surtout tenir compte de la qualité de l’eau disponible et requise. L’eau a intrinsèquement diverses qualités et toutes les applications n’ont pas les mêmes exigences. D’autre part, bien sûr, la qualité des eaux usées disponibles détermine également ce qui est techniquement possible en épuration. Heureusement, le constat est positif : il est relativement courant que la qualité des eaux usées traitées est même supérieure à celle de l’eau potable. »

La qualité de l’intrant et de l’extrant est en tout cas décisive pour l’analyse de rentabilisation du recyclage de l’eau, tout comme la capacité requise. En effet, ce sont ces aspects qui déterminent les technologies à mettre en œuvre et les coûts associés, tant sur le plan opérationnel qu’en termes d’investissement, généralement exprimés en un prix au mètre cube. Bien que, selon Danau, il y ait encore certains facteurs à prendre en compte. « Il arrive parfois qu’une entreprise n’obtienne pas de permis pour rejeter le concentrat. Dans un tel cas, un traitement ultérieur est requis pour l’éliminer ; cela peut malheureusement entraîner des coûts supplémentaires élevés. Si ces derniers montent vraiment en flèche, alors le business case devient caduc. »

La lettre de la loi

En d’autres termes, la législation peut mettre un frein à tout concept de recyclage. « Les entreprises qui souhaitent recycler l’eau doivent dans tous les cas bien étudier leur permis de rejet », prévient Danau. « Cependant, l’avantage en Flandre est que nous travaillons déjà tenant compte d’une combinaison de charges et de concentrations, au lieu de se limiter aux seules concentrations. De cette manière, plus d’opportunités se présentent, ce qui n’est pas encore le cas ailleurs. Il est typique que la plupart des pays européens attendent une directive claire de l’Europe, alors que nous sommes des précurseurs en Belgique. »

Selon Danau, cela s’applique également pour le maintien de la qualité de l’eau. « Quiconque recycle l’eau devient, en quelque sorte lui-même, une compagnie ou un producteur des eaux. Cela signifie que l’on devient soi-même responsable de la qualité de l’eau. Heureusement, tant la Flandre que l’AFSCA ont créé un cadre bien défini à cet égard. Nous connaissons donc parfaitement quelles analyses une entreprise particulière doit effectuer pour garantir la qualité de l’eau. »

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Texte : Elise Noyez

Photos: Veolia Water Technologies