TECHNIQUE
Aquarama 85 – septembre 2019
Des bulles pour lutter contre les plastiques
Aux Pays-Bas, des expériences sont en cours avec des rideaux de bulles pour retenir les plastiques. Les résultats antérieurs concernant les macroplastiques s’avèrent prometteurs. En juin, une recherche a été démarrée pour vérifier si un rideau de bulles pouvait également être utilisé pour arrêter les microplastiques.
Un consortium de recherche néerlandais a démarré le 1er juin 2019 une recherche visant à empêcher le passage vers des eaux de surface, de microplastiques présents dans les eaux usées épurées. Un rideau de bulles a été installé dans une station d’épuration, à Wervershoof, dans le nord de la Hollande.
Le consortium comprend HHNK (qui gère notamment des stations d’épuration), PWN (une entreprise de traitement d’eau potable), KWR (un institut de recherche sur l’eau) et The Great Bubble Barrier (une jeune entreprise qui souhaite réduire la présence de plastiques dans les rivières et les canaux).
Frank Oesterholt, chercheur principal chez KWR : « Les microplastiques proviennent de produits de soins, de produits de nettoyage et de vêtements synthétiques, ou résultent de la décomposition de plastiques plus gros. Il devient de plus en plus évident qu’on les trouve également dans les eaux douces de surface. »
De macro à micro
Cette nouvelle recherche à Wervershoof devrait aider à déterminer dans quelle mesure les rideaux de bulles peuvent éliminer de l’eau, des microplastiques de 0,5 à 0,02 millimètre. Auparavant, ils ont montré un potentiel contre les plastiques de plus grande taille. The Great Bubble Barrier avait alors créé des rideaux de bulles diagonaux en pompant de l’air à travers un tube percé de trous reposant sur le fond. Le flux ascendant provoqué par le rideau de bulles fait remonter les déchets à la surface de l’eau. Ces derniers se rassemblent alors sur la rive de la rivière et peuvent ensuite être capturés à l’aide, par exemple, d’un convoyeur à bande. À la suite des résultats favorables obtenus avec des rideaux de bulles à Berlin et une installation pilote néerlandaise dans des bassins, l’entreprise a réalisé fin 2017 un projet pilote de 200 mètres de long sur l’Ijssel. Selon Saskia Studer, CCO chez The Great Bubble Barrier, le pourcentage d’élimination du matériel d’essai utilisé était en moyenne de 86%.
« Il devient de plus en plus clair qu’on trouve également des microplastiques dans les eaux douces de surface. »
Ce nouvel essai visant les microplastiques utilisera-t-il le même mécanisme d’élimination ? Frank Oesterholt : « Cela fait partie de la recherche. Nous essayons d’y répondre en prélevant des échantillons dans diverses positions et à diverses profondeurs, et en les analysant à la recherche de microplastiques. »
Le concept de rideau de bulles ne date pas d’hier. Il a été découvert par un ingénieur vers 1940. Depuis lors, de nombreuses organisations ont encore amélioré le concept et l’ont adapté à de nouvelles applications. Un tel rideau de bulles a été notamment mis en place au niveau d’une écluse, afin d’éviter qu’eau douce et eau salée ne se mélangent trop. En 2003, il a été utilisé lors d’une opération de nettoyage dans le canal de Twente après un incendie dans une usine de pneus afin d’empêcher la propagation de boues contaminées. Mais, souligne Saskia Studer : « Notre rideau de bulles, le Bubble Barrier, est différent. Nous ne séparons pas plusieurs flux : nous nous assurons simplement qu’un flux soit dévié vers la rive. Ceci coûte moins d’énergie, car nous nous servons de l’écoulement naturel. »
Par Koen Vandepopuliere



