Vers une utilisation intelligente et circulaire de l’eau en Flandre
Conférence de clôture de B-Watersmart Flanders :
Vers une utilisation intelligente et circulaire de l’eau en Flandre
Dans le cadre du projet Horizon 2020 « B-WaterSmart », la Flandre a fait fonction de laboratoire vivant ou living lab au cours des quatre dernières années. Comme cinq autres régions côtières d’Europe, elle s’est efforcée d’accélérer la transition vers une économie et une société « intelligentes en matière d’eau ». La conférence de clôture du volet flamand du projet, tenue le 6 juin à Malines, s’est concentrée sur deux cas concrets en Flandre, ainsi que sur les efforts réalisés par la ville hôte et d’autres living labs impliqués.
B-WaterSmart est un projet Horizon 2020 impliquant pas moins de 36 partenaires internationaux – comme par ex. Water Europe, Vlakwa, VITO, la Station d’expérimentation horticole, la Ville de Malines, l’institut KWR, la société De Watergroep et Aquafin – qui se sont engagés à utiliser l’eau de manière plus intelligente durant ces quatre dernières années. Le projet s’est surtout concentré sur les régions côtières européennes afin de créer des systèmes de gestion de l’eau plus résistants aux aléas climatiques et de soutenir une économie positive. Six régions ont ainsi été désignées comme laboratoires vivants : Alicante (Espagne), Bodø (Norvège), Lisbonne (Portugal), la Frise orientale (Allemagne), Venise (Italie) et la Flandre. « Bien que l’eau soit un défi mondial, elle nécessite une approche locale », a souligné Andrea Rubini, de Water Europe à Malines, pour expliquer la structure du projet.
Gestion intelligente de l’eau ?
Selon Rubini, ce que l’on entend exactement par gestion intelligente de l’eau doit être nuancé. « De toute manière, ‘intelligent’ ne signifie pas – ou du moins pas forcément – ‘numérique’. Il est question de notre attitude vis-à-vis de l’eau. Une société intelligente dans le domaine de l’eau, ou ‘water-smart’, est une société qui reconnaît la valeur de l’eau et dans laquelle la sécurité, la durabilité et la résilience du système de gestion de l’eau sont des priorités centrales. C’est une société où toutes les ressources en eau disponibles sont gérées de façon réfléchie pour éviter les contaminations et les pénuries, où l’on s’engage à utiliser l’eau de manière circulaire et à mettre en place un système d’adduction capable de résister aux changements climatiques et démographiques. »
Pour évoluer vers ce type de société, le projet B-Watersmart s’est surtout concentré sur la réduction de l’utilisation des sources d’eau douce et sur une utilisation et réutilisation plus efficaces de l’eau. « La technologie n’est qu’un aspect de la solution », a souligné Gerard van den Berg de KWR. « L’engagement et les interactions entre tous les acteurs concernés sont au moins aussi importants. B-Watersmart a donc également travaillé sur la gouvernance et le développement de nouveaux modèles d’entreprise. À cet égard, un laboratoire vivant, qui par définition suppose la cocréation, est un excellent point de départ. »
Projets pilotes
La session de clôture a illustré les multiples facettes de B-Watersmart au travers de trois projets concrets : Ignacio Casals de la compagnie Aquas de Alicante a présenté les différentes initiatives menées dans la région sèche d’Alicante, Sander Bombeke de la Station d’expérimentation horticole a expliqué le principe d’un bassin de rétention intelligent à Hombeek, tandis que Peter Cauwenberg (De Watergroep) et Birte Raes (Aquafin) ont évoqué le 2ème projet pilote flamand, proche du site De Blankaart. Dans tous ces projets, la coopération était toujours un facteur décisif de réussite.
Dans le projet pilote flamand à Hombeek, par exemple, un site rural a été aménagé pour protéger les zones résidentielles environnantes et la ville de Malines contre les inondations. En équipant un bassin de rétention d’une vanne commandée par les conditions météorologiques, l’eau de pluie peut être stockée de manière intelligente ou simplement évacuée. Bombeke : « En fonction des prévisions météo et des besoins des terres arables voisines, l’eau est utilisée par exemple pour l’irrigation souterraine ou évacuée de façon contrôlée. Cela a permis d’éviter toute inondation incontrôlée pour le moment. » D’un point de vue technique, le concept peut s’appliquer assez facilement sur d’autres sites selon Bombeke, mais il peut y avoir des difficultés sur le plan organisationnel. « Il convient de définir clairement les parties qui pourront bénéficier du système ainsi que les coûts et responsabilités associés. »
En Flandre occidentale, les principaux acteurs ont déjà été clairement identifiés. En collaboration avec Aquafin, De Watergroep y étudie comment garantir la production d’eau potable sur le site De Blankaart. « Il n’est pas toujours possible d’y prélever de l’eau à cause notamment de restrictions, de la salinisation et d’une mauvaise qualité d’eau en cas d’inondation », précise Cauwenberg. « C’est pourquoi nous avons étudié deux solutions possibles : l’ajout d’un traitement d’osmose inverse (CCRO) dans notre chaîne de traitement d’une part, et l’utilisation de l’effluent de la station d’épuration de Woumen comme source alternative d’autre part. » C’est surtout cette 2ème solution qui requiert des études complémentaires. Raes : « Durant les essais pilotes, nous avons été confrontés à plusieurs problèmes opérationnels, tels qu’une surcharge de composés organiques sur le préfiltre et les membranes d’ultrafiltration (UF). Des protocoles adaptés doivent donc encore être développés pour y remédier. D’autres choses restent encore à faire, comme décider si l’effluent de la station d’épuration doit être injecté dans le bassin de rétention ou autre part dans le système, élaborer un plan de contrôle de la qualité, et examiner l’impact sur l’environnement en cas de non-déversement de l’effluent. »
Water Oriented Living labs (Laboratoires vivants dédiés à la thématique de l’eau)
Les questions ouvertes n’ont donc pas manqué à la conférence de clôture de B-WaterSmart Flanders. « C’est justement le bon côté des laboratoires vivants », a souligné Rubini. « Alors qu’un projet a par définition une fin, ce n’est pas nécessairement le cas du laboratoire vivant. Les Living labs de B-Watersmart offrent en effet un cadre pérenne pour le lancement d’initiatives après le 31 août. Ils poursuivent leurs activités en tant que laboratoires vivants axés sur l’eau (Water Oriented Living labs, ou WoLL), et leurs solutions sont proposées dans le catalogue commercial de Water Europe. »
Malines, ville hôte de la conférence de clôture, porte donc le label Water Oriented Living lab ou WoLL depuis 2023. « Dans chaque projet d’aménagement, nous tentons de réintroduire du vert et du bleu dans la ville. En divers endroits, des cours d’eau sont remis à ciel ouvert, des rues sont débarrassées de leur revêtement dur et le plan directeur Binnendijle est utilisé pour renforcer les espaces verts et la qualité paysagère le long de notre artère bleue et verte. » Cet objectif a non seulement été annoncé par Alexandra Winderickx, responsable du projet d’adaptation au climat à la Ville de Malines, mais aussi et surtout démontré au cours d’une promenade guidée dans la ville. « Il n’est cependant pas possible de devenir ‘adapté au climat’ du jour au lendemain. Il s’agit d’un processus de longue haleine qui nécessite une croissance et une adaptation continues. Le concept de laboratoire vivant est parfait pour cela car il permet de tester et d’innover. L’aspect participatif est également essentiel pour nous : nous essayons d’impliquer nos administrés dans tous nos projets, car plus l’acceptation est grande, plus facilement un projet pourra être mis en œuvre. Nous voyons aussi que plus nous réalisons de projets, plus le niveau d’acceptation augmente, c’est un cercle vertueux. »
Texte : Elise Noyez
Photos : Vlakwa



