Une roselière aérée épure les eaux usées de 1.700 étudiants
Une roselière aérée épure les eaux usées de 1.700 étudiants
La Hogeschool West-Vlaanderen (École supérieure de Flandre occidentale), abrégée en Howest, menaçait d’éclater ces dernières années. Pour accueillir le nombre croissant de formations et d’étudiants, deux nouveaux projets de construction étaient donc en cours à Courtrai. Les plans pour le projet The Next Level, sur la Lys, n’ont pas encore été finalisés, mais le nouveau bâtiment de campus Penta sera mis en service cette année académique encore. Celui ou celle qui y utilisera les toilettes le fera le plus souvent avec de l’eau usée récupérée localement.
Penta est situé sur un espace vert le long de la Karel de Goedelaan et fait partie du Campus Kortrijk Weide, où Howest comme UGent se sont implantées depuis plusieurs années. On y trouve également de nombreuses recherches et compétences sur l’eau. « Ce n’est pas un hasard si, dans une phase précoce du projet, il a été décidé de faire quelque chose concernant l’épuration et la récupération de l’eau », affirme Dion van Oirschot, de l’entreprise Rietland. Il a été chargé, avec son entreprise, de la conception et de la mise en œuvre d’un système d’épuration naturelle.
Épuration naturelle
Pour réaliser l’épuration, une roselière aérée a été aménagée dans un angle du terrain. « Il n’y avait pas suffisamment de place pour une roselière à percolation classique », explique Dion van Oirschot pour justifier cette décision. « En optant pour un système aéré, nous avons pu obtenir le même résultat avec seulement un quart de la surface. 250 m2 suffisent ici pour atteindre une capacité d’épuration de 330 EH (équivalent habitant), soit assez pour les 1.700 étudiants qui y suivent des cours tout au long de la journée et de la semaine. En effet, ils ne sont pas tous présents ensemble dans le bâtiment. »
En tout cas, le choix d’un système naturel n’a jamais été remis en question, déclare Dion van Oirschot. « Tout d’abord, il existe un intérêt croissant pour les solutions naturelles ; d’autre part, cela correspondait au savoir-faire déjà présent à Kortrijk Weide. La roselière y est aussi explicitement intégrée. Grâce à divers points d’échantillonnage, les étudiants et les chercheurs peuvent non seulement vérifier ce qui coule vers et hors de la roselière, mais ils peuvent également surveiller la qualité de l’eau en des points intermédiaires. Si un projet de recherche particulier l’exigeait, ils pourraient même y ajouter ultérieurement des capteurs spécifiques. »
Réutilisation comme seule option
Hormis les points d’échantillonnage, il n’y a, selon van Oirschot, pas grand-chose de spécial au niveau de la roselière aérée. Contrairement aux conditions dans lesquelles elle a été installée. « Dans les zones urbaines, il n’est pas toujours évident de réaliser un traitement local des eaux usées », explique le directeur. « Vous devez défendre vis-à-vis de la Société flamande pour l’environnement (Vlaamse Milieumaatschappij ou VMM) pourquoi vous ne branchez pas tout simplement le bâtiment au collecteur et ce que vous avez exactement l’intention de faire des eaux usées traitées. Car pour éviter la dilution, cet effluent ne doit pas être évacué par le réseau d’égouts traditionnel, ni évacué avec les eaux pluviales, ni même être infiltré dans le sol. » Le rejet dans les eaux de surface n’était pas non plus une option dans le cas du campus de Courtrai. C’est pourquoi l’eau usée épurée est utilisée pour les chasses d’eau des toilettes du nouveau bâtiment.
« La réutilisation de l’eau était certes un objectif du projet dès le départ », admet Dion van Oirschot, « mais cela s’est avéré aussi la seule possibilité. Et ceci est un problème auquel de nombreux projets de traitement dans un contexte urbain sont confrontés aujourd’hui. Certes la possibilité de laisser les eaux usées traitées s’infiltrer dans le sol, ce qui, dans le contexte des problèmes de sécheresse actuels, peut être une piste très intéressante et qui, c’est à noter, est autorisée aux Pays-Bas, devrait cependant être réexaminée sur le plan législatif.
Les réglementations pour les différentes typologies d’eau et les évacuations ont eu encore d’autres d’implications pour l’installation. À Courtrai, ce sont non seulement les eaux usées purifiées, mais aussi les eaux pluviales qui sont utilisées pour les chasses d’eau des toilettes. Parce que ces deux flux sont combinés et qu’il est donc question d’eau mixte, cette réserve d’eau ne peut pas tout simplement déborder.
« Comme solution, nous avons équipé le système d’un fonctionnement à la demande », déclare Dion van Oirschot. « Lorsque le puits d’eau pluviale est plein, la pompe vers la roselière est arrêtée et les eaux usées non traitées s’écoulent directement vers le collecteur ; lorsque le niveau d’eau pluviale est trop bas, les eaux usées sont traitées via la roselière pour être réutilisées. De cette façon, l’épuration locale permet de combler les périodes sèches, sans avoir à passer à l’eau de ville. Contrairement aux eaux pluviales, le flux d’eaux usées est, en effet, relativement constant. »
Travaux coordonnés
Bien que Rietland ait été contacté au sujet du projet dès 2015, il a fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour que le bâtiment et l’épuration soient mis en service. « De nombreuses années se sont écoulées avant que nouveau campus puisse être approuvé. Les travaux effectifs concernant le bâtiment n’ont donc commencé qu’en 2018, et il a fallu attendre le début de cette année pour que nous puissions commencer à aménager la roselière, conjointement avec notre entrepreneur habituel Cofrax. Lorsque, peu de temps après, le pays entier entrait en confinement, nous avons craint bien entendu de ne pas tenir le délai de mise en service en septembre 2020. »
C’est grâce à la forte capacité organisationnelle de l’entrepreneur principal Monument Vandekerckhove que Rietland et ses partenaires ont réussi à échapper au report de délai. « Il est intervenu rapidement et a proposé un schéma pour les divers entrepreneurs, de sorte que chacun a pu intervenir tour à tour. Tout cela a été parfaitement coordonné. »
Par : Elise Noyez
Photos : Rietland
UGent aussi opte pour une roselière aérée
Howest n’est pas le seul institut de formation pour lequel Rietland conçoit des solutions d’épuration naturelle d’eaux usées. L’entreprise a en préparation quelques projets similaires pour l’Université de Gand (UGent). Ainsi, la Faculté des Sciences pharmaceutiques, située dans l’ombre de l’Hôpital universitaire de Gand (UZ Gent), sera équipée d’un système végétal aéré, chargé de purifier les eaux usées destinées aux chasses d’eau des toilettes, et, par ailleurs, les possibilités d’un système naturel à la demande seront également étudiées pour deux résidences d’étudiants gantoises, en collaboration avec BOSAQ.





