Un terrain de camping couvre ses besoins en eau à 100 %
Un terrain de camping couvre ses besoins en eau à 100 %
Que faire lorsqu’on ne dispose pas encore d’un raccordement au réseau d’eau potable ni d’accès à l’égout et que l’installation d’équipements en sous-sol est interdite ? Si cela peut paraître irréaliste, c’est pourtant exactement la situation à laquelle Renée Declerck et Koen Neyrinck, du camping ’t Hof Bellewaerde, se sont trouvés confrontés à la veille de 2020. Grâce à l’intervention de, entre autres, Rietland et De Watergroep, ils disposent maintenant de tout ce dont ils ont besoin pour organiser localement et de façon décentralisée autant l’épuration des eaux usées que l’approvisionnement en eau.
Fin 2019, Renée Declerck et Koen Neyrinck ont fait l’acquisition d’une ancienne ferme à Zillebeke, près d’Ypres dans l’objectif d’aménager les terrains autour comme camping nature. Cela était loin d’être une décision inconsidérée, du moins à l’ère pré-Covid, comme la région est une attraction touristique, de par ses atouts paysagers, récréatifs et historiques. Cependant, la valeur historique de l’environnement à proximité de cet emplacement isolé s’est rapidement révélée être un obstacle de taille.
« Tout le terrain est un site archéologique protégé, » explique Declerck, « avec, en caractéristique proéminente, que cela concerne principalement le sol. » Le site est réputé être le « champ de bataille de la Première Guerre mondiale de Bellewaerde Ridge », qui a entièrement été miné par les Allemands entre 1915 et 1917. Alors que peu d’indices les révèlent en surface, de nombreuses tranchées se trouvent en sous-sol. « Tout ce que l’on souhaite entreprendre en dessous de la surface du sol doit ainsi s’accompagner d’une investigation archéologique. Il ne nous était ainsi pas permis d’installer les équipements usuels pour le camping et la ferme rénovée, qui n’avait elle-même jamais été raccordée au réseau d’eau potable et à l’égout. »
Vlaanderen Circulair
Pour l’approvisionnement en eau potable, Declerck et Neyrinck ont consulté De Watergroep, qui a élaboré une proposition pour la production locale d’eau potable à partir d’eau de pluie. Une recherche internet les a ensuite conduits chez Vlakwa, qui eux-mêmes les ont mis en contact avec Rietland et d’autres partenaires de projet, comme Vlario, UGent et Cofrax.
« Il se trouvait que nous avions à ce moment déjà soumis une offre auprès de Vlaanderen Circulair », se rappelle Dion van Oirschot, de Rietland. « L’essentiel de cette offre concernait l’épuration et la récupération des eaux usées dans les parcs de vacances reposant sur le concept du ‘Phytoparking’ : une variante du champ de roseaux aéré sous une aire de stationnement. Il n’y avait toutefois pas eu de cas concret jusqu’à présent. »
Le fait qu’il fallait de plus prendre des mesures pour un approvisionnement en eau décentralisé représentait pour van Oirschot une opportunité supplémentaire. « De Watergroep avait certes déjà établi un projet pour le traitement de l’eau de pluie, mais nous nous sommes tous bien rendu compte qu’il y avait un risque certain de pénurie au cours de longues périodes de sécheresse, qui coïncident habituellement avec les périodes d’affluence dans un camping. De ce point de vue, nous avons donc décidé de ne pas seulement examiner la possibilité de réutiliser les eaux usées épurées pour les chasses de toilettes, mais de les employer également pour la production d’eau potable. »
Séparation des flux
Afin de laisser une porte ouverte à la récupération des eaux usées dans la production d’eau potable, pas seulement un, mais deux Phytoparkings ont été créés. « En conditions usuelles, nous procéderions à une collecte et un traitement des eaux grises et noires ensemble, mais, comme il est plus facile d’obtenir une qualité d’eau potable à partir d’eaux grises nous avons dédoublé les surfaces : 44 m2 pour l’épuration des eaux grises et 32 m2 pour les eaux noires. Ensemble, la capacité totale est de 104 UI, ce qui correspond à l’occupation maximum du camping. » Les eaux grises épurées sont collectées dans deux réservoirs tampon de 5 000 litres chacun, conduites le long d’un filtre UV et principalement utilisées pour les chasses d’eau. Des applications possibles dans d’autres équipements sanitaires sont encore en cours d’examen. Les eaux noires épurées sont périodiquement évacuées.
Un aspect également remarquable est que le Phytoparking est pratiquement installé dans la ferme, sous le garage à vélos. Les deux réservoirs tampon ont été installés en surface et les eaux de pluie pour la production d’eau potable sont collectées dans les nombreux puits déjà disponibles sur la ferme. « Aucuns travaux d’excavation n’ont donc été nécessaires, ce qui a permis de contourner pleinement l’embarras d’une prospection archéologique. »
Des hauts et des bas
Ensuite, l’installation devait être apte à assumer les grandes fluctuations saisonnières de la charge. « Celles-ci sont encore plus élevées sur un terrain de camping qu’ailleurs dans le secteur de la récréation. De plus, il faut faire face, pendant les week-ends, à des pics de charges parfois subits, mais également de court terme. »
Le Phytoparking a entre-temps été dimensionné en fonction de la capacité maximum des logements et du terrain de camping, mais des charges moins importantes ne comportent selon van Oirschot aucun risque. « Il s’agit ici en fin de compte d’un champ de roseaux aéré, dont l’aération est automatiquement adaptée à la consommation d’eau par API. En contraste avec un champ de roseaux passif, ce système ne s’assèche jamais. Le seul effet d’une faible charge est l’allongement du temps de séjour des eaux usées dans le système, ce qui est un aspect plus positif que négatif. »
Afin d’évaluer l’effet de pics de court terme, Rietland avait déjà réalisé au préalable et en collaboration avec VITO le « test de logis de vacances ». « Notre système a déjà délivré de bons résultats au bout d’un jour seulement, et, au bout de deux jours, l’équilibre était déjà complètement rétabli. »
Une surveillance permanente
L’installation d’épuration des eaux usées ainsi que l’installation pilote de production d’eau potable ont été livrées en mars et ’t Hof Bellewaerde ouvrait ses portes le 2 avril. Depuis, Diederik Rousseau, représentant d’UGent, assure le suivi du fonctionnement de l’épuration des eaux usées. « Entre l’ouverture du camping et la fin de la haute saison, nous avons déjà planifié quatorze échantillonnages à l’entrée et à la sortie des deux Phytoparkings. À cet égard, nous n’allons pas seulement contrôler les paramètres classiques, mais, par exemple, également les pathogènes, les métaux, etc. En plus des normes relatives à l’évacuation et la réutilisation, nous avons l’intention, dans le cadre du projet H2020 Multisource, de confronter également le projet aux normes relatives à l’irrigation. C’est de longue date un sujet sensible en Flandre, mais qui prend également de plus en plus d’importance. »
De Watergroep pendra l’année à venir également en charge les surveillances nécessaires. « Nous assurons le suivi de différents flux d’eau d’un point de vue qualitatif et quantitatif », dit Evelyn De Meyer. « L’installation actuelle se base en effet sur certaines hypothèses. C’est seulement au bout d’un an que nous saurons précisément ce qui l’en est et s’il est autant souhaitable que techniquement, financièrement et juridiquement réalisable d’exploiter les eaux grises épurées. Quand des pénuries se produisent-elles ? Comment assurer la stabilité de l’eau brute ? Certaines composantes nécessitent-elles davantage d’élaboration ? Voilà les aspects dans lesquels nous devons rassembler des connaissances au cours de l’année à venir avant de pouvoir entreprendre davantage de mesures. »
Entre-temps, UGent mène une enquête auprès des visiteurs du terrain de camping afin d’également prendre compte de l’acceptation sociale.
TEXTE : ELISE NOYEZ




