Recherche d’un meilleur cadre pour le recyclage des eaux de pluie
Recherche d’un meilleur cadre pour le recyclage des eaux de pluie
Fermer le circuit de l’eau ou, au moins, utiliser l’eau de la manière aussi intelligente et durable que possible occupe une place de plus en plus élevée sur l’échelle des valeurs de très nombreuses entreprises. Une possibilité qui reste encore souvent sous-exposée dans ce contexte consiste dans le recyclage des eaux de pluie. « À tort », pense Mathieu Bossuwé, senior project engineer chez Epas. « Dans certaines situations notamment, la récupération et le recyclage des eaux de pluie peuvent être plus intéressants que l’option pour d’autres sources d’approvisionnement en eau. »
Le recyclage des eaux de pluie est une option envisagée parfois par les entreprises, mais qui, dans la pratique, ne jouit encore que d’une application relativement restreinte. Ceci est dû à diverses causes.
« En premier lieu, l’eau potable et l’eau souterraine sont toujours relativement bon marché », indique Mathieu Bossuwé. « Ceci fait en sorte que de très nombreuses industries s’en tiennent aux formes classiques de l’approvisionnement en eau. En outre, elles ne doivent pas se faire de soucis concernant la qualité, car les fournisseurs d’eau et les autorités sont tenus d’offrir cette bonne qualité. En deuxième lieu, il faut des investissements déterminés pour passer aux eaux de pluie. Il est toutefois possible d’obtenir une prime ‘Ecologie +’ pour cela, mais ceci représente au maximum 50 pour cent de l’effort financier total. À l’aide de projets ‘Open Call’, on peut, en principe, obtenir un soutien financier, en espérant faire partie des ‘happy few’. »
Attaque de la membrane
Or, l’eau potable n’est certainement pas toujours le salut comme source d’eau non traitée. « Dans de très nombreuses régions, la dureté de l’eau potable est relativement élevée. Dans ce cas, les entreprises doivent investir au préalable dans des techniques d’adoucissement, de manière à ce que l’eau soit appropriée pour être utilisée par exemple comme eau de chaudière ou eau de refroidissement. L’une des technologies qui est valable pour un bon adoucissement est l’osmose inverse. La teneur élevée en calcium de l’eau potable n’est en effet pas favorable à la durée de vie des membranes. L’application des eaux de pluie élimine ce problème : elle est pratiquement douce et relativement exempte de chlore. Sachant que le chlore est très agressif pour les membranes, ce dernier aspect joue également un rôle au profit des eaux de pluie. »
« Si l’installation d’épuration d’eau n’est pas (encore) présente ou si les entreprises déversent les eaux usées à l’égout, la récupération des eaux de pluie est alors une option. »
Le prix de revient est ce qui retient encore de nombreuses entreprises actuellement à miser plus fortement sur le recyclage des eaux de pluie. « Il est logique que les chefs d’entreprise examinent d’abord le prix de l’eau au mètre cube. Sur ce plan, les eaux de pluie n’obtiennent pas (encore) un score tellement élevé en raison d’un retour sur investissement encore plutôt bas actuellement. Par contre, de nombreux entrepreneurs recourent volontiers au ‘fit for purpose’ pour lequel ils utilisent la qualité de l’eau qui est nécessaire pour des processus spécifiques. L’eau de qualité potable n’est pas nécessaire pour toutes les activités, loin de là. »
L’un de plus grands postes de frais des eaux de pluie est l’espace de stockage nécessaire. « Il est nécessaire de disposer d’une capacité tampon déterminée, notamment pour franchir les périodes de sécheresse. Un tel tampon prend de la place et celle-ci n’est pas toujours disponible. Si le tampon doit être en outre prévu en dessous du sol, le prix de l’investissement est encore plus élevé. »
Eaux usées face aux eaux de pluie
De nombreuses industries misent actuellement sur le recyclage de leurs eaux usées par une installation propre qui retransforme les eaux usées épurées en eau non traitée. « En soi, ceci est une bonne tendance qui est souvent une première étape pour les entreprises afin de fermer totalement le circuit de l’eau. Si l’installation d’épuration d’eau n’est pas (encore) présente ou si les entreprises déversent les eaux usées à l’égout, la récupération des eaux de pluie est toutefois une option. Ceci s’applique certainement si le site de l’entreprise ne se prête pas d’une autre façon à l’infiltration des eaux de pluie. »
L’utilisation d’eaux usées épurées comme eau non traitée reste encore plutôt sensible actuellement dans des secteurs déterminés comme ceux de l’alimentation et des boissons (Food & Beverage). « Il existe donc parfois une plateforme plus large pour utiliser les eaux de pluie. En raison des évolutions technologiques de ces dernières années, il existe suffisamment de techniques pour épurer les eaux de pluie jusqu’à la qualité d’eau potable qui peut être aussi utilisée comme eau non traitée dans les applications ‘Food & Beverage’. »
Pour des raisons de marketing également, il est également intéressant de recycler les eaux de pluie. « Aujourd’hui, chaque entreprise veut donner une image verte et montrer qu’elle consent des efforts pour épargner le climat. À présent que cette prise de conscience a également fait son chemin chez les consommateurs, ceci peut éveiller chez les entrepreneurs l’envie d’investir dans des techniques vertes », conclut Mathieu Bossuwé.
Par Bart Vancauwenberghe
Photos Epas
Conseil sur mesure
La question de savoir quelle approche il faut toutefois choisir est quelque chose qui occupe beaucoup les chefs d’entreprise et les responsables opérationnels. « Notre tâche est de les soutenir dans cette approche », poursuit Mathieu Bossuwé. « En fonction de l’activité spécifique, de la situation, des sources d’approvisionnement en eau... nous examinons les mesures d’économies en eau qui sont possibles et la manière dont une entreprise peut fermer le circuit de l’eau. Il va de soi que nous visons ici des frais aussi réduits que possibles pour un rendement aussi élevé que possible également. Si une entreprise opte pour la récupération des eaux de pluie, nous pouvons déterminer de manière assez exacte, à l’aide de la modélisation, la capacité tampon qui est nécessaire pour garantir la continuité de l’eau. Nous pouvons aussi assurer une ingénierie détaillée du bassin tampon et des techniques d’épuration. La simulation à l’échelle du laboratoire permet de mieux évaluer, au cours de la phase d’étude, l’impact et le rendement que les techniques choisies auront dans la pratique. »


