22/06/2020

Les niveaux de la nappe phréatique continuent à baisser

Au cours du mois de mai, la Société flamande de l’environnement (VMM) a publié un nouveau rapport. Des mesures de la nappe phréatique (couches supérieures), il ressort que les niveaux de la nappe phréatique ont continué à baisser. De nombreux professeurs d’université se font des soucis.

Le dernier rapport de la VMM ne présente pas de chiffres encourageants sur le niveau de la nappe phréatique. « Nous voyons que 64 pour cent des points de mesure à la date du 7 mai ont des niveaux de la nappe phréatique bas à très bas », déclare Katrien Smet, porte-parole de la VMM. « Début avril, celle-ci n’était que de 45,5 pour cent. Or, cette valeur n’est pas bonne. Nous n’avons pas pu rattraper le retard de la sécheresse de l’année passée. Il a plu insuffisamment pour reconstituer les réserves de la nappe phréatique. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation qui est comparable au début mai de l’année passée. De même, les débits d’un très grand nombre de cours d’eau non navigables sont faibles en ce moment. Une vigilance augmentée est de mise chez les gestionnaires de cours d’eau. Nous suivons la situation de très près. Dans quelques cours d’eau très fragiles sur le plan écologique, en province d’Anvers, une interdiction de captage a été annoncée début mai. » De même, De Watergroep indique que la situation est comparable à celle du mois de mai de l’année passée. « En raison de la sécheresse observée à partir de la mi-mars, les niveaux de la nappe phréatique ont baissé »,  selon la porte-parole Kathleen De Schepper. « Nos stocks d’eau de surface sont encore à niveau pour l’instant. Mais comme nous ne savons pas ce que l’été nous apportera, tant en ce qui concerne la consommation que les précipitations, il est certainement indiqué d’être vigilant et d’utiliser avec parcimonie nos stocks d’eau limités. » De très nombreux gestionnaires de cours d’eau prennent des mesures préventives, y compris la VMM. « Dans les cours d’eau non navigables, cela peut contribuer à régler les niveaux aux barrages et à adapter le pompage de manière à retenir la plus grande quantité d’eau possible”, indique Katrien Smet. « On ne fauche pas ou on fauche de manière plus extensive pour éviter que l’eau s’écoule trop rapidement et par conséquent, reste retenue plus longtemps. Mieux équilibrer la demande et l’offre d’eau, miser sur le développement des connaissances, sensibiliser et changer de comportement sont la base des actions pour armer la Flandre contre la sécheresse. Ceci englobe, d’une part, une approche réactive pour maintenir aussi faibles que possible les dommages pendant les inondations. De cette manière, nous contribuons pleinement à un cadre d’évaluation réactif prioritaire de l’utilisation de l’eau avec des représentants de tous les secteurs. Ceci devrait être au point d’ici à la fin de l’année. »

Grande inquiétude dans le monde universitaire

Divers professeurs d’université se font des soucis. « Quatre étés secs successifs n’ont jamais eu lieu auparavant », indique Patrick Willems, professeur d’hydraulique à la KU Leuven. « C’est un record, causé par le changement climatique. La situation est très sèche et donc toujours sérieuse, notamment parce que nous traînons avec nous les effets des étés très secs. Si nous avons de nouveau un été très sec cette année, comme cela a été le cas en 2018, nous connaîtrons des problèmes au niveau de l’approvisionnement en eau. » Marijke Huysmans, professeure à la VUB, spécialisée dans l’hydrologie de la nappe phréatique, tire également la sonnette d’alarme. « Le niveau très bas de la nappe phréatique provient de six semaines de sécheresse, ce qui est hautement exceptionnel. Normalement, nous avons plus de précipitations en mars et en avril, si bien que la nappe phréatique se remplit. Début mars, les niveaux de la nappe phréatique étaient plus ou moins normaux, ce qui était un soulagement étant donné que les années précédentes, nous avons vu très fréquemment de bas niveaux de la nappe phréatique. » Jan Staes, chercheur au département biologie de l’Université d’Anvers, voit les conséquences pour la nature de la baisse de la nappe phréatique. « Si les petits ruisseaux, les mares et les étangs connaissent la sécheresse, cela a une incidence négative sur les poissons de ruisseaux rares, les libellules et les amphibiens. De très nombreux petits cours d’eau menacent d’être victimes de la sécheresse parce qu’ils ne sont plus alimentés par la nappe phréatique. Les grands cours d’eau sont de plus en plus dépendants de déversements pour leur débit de base. » Marijke Huysmans en voit également les conséquences. « La végétation est sensible à la sécheresse. Autre conséquence, une nappe phréatique diminuée va alimenter les cours d’eau et ceux-ci vont être gagnés par la sécheresse. » Patrick Willems plaide pour que les autorités prennent des mesures qui diminuent en même temps certains autres risques. « L’aménagement d’espaces verts renforce la biodiversité. Ce sont des lieux qui conservent l’eau et où les personnes peuvent chercher à se rafraîchir pendant les étés très chauds. Ceci entraîne un stress thermique moins important. »

Les sols flamands sensibles à la sécheresse

Marnik Vanclooster, professeur à la faculté des sciences de bio-ingénierie et à l’Earth and Life Institute de l’UCLouvain, souligne que la nappe phréatique en Flandre est beaucoup plus sensible aux changements climatiques que d’autres régions. « Les couches sédimentaires, dans lesquelles se trouve la nappe phréatique, sont beaucoup plus proches de la surface et sont donc plus sensibles à la sécheresse. » Selon Patrick Willlems, l’amenée d’eau en Flandre est également limitée. « Nous dépendons très étroitement de nos eaux pluviales. Sur une base annuelle, nous avons heureusement encore la même quantité de pluie. Par rapport à la Wallonie, nous n’avons pas autant de cours d’eau qui amènent de l’eau. Les Pays-Bas reçoivent, par exemple, par le biais du Rhin, une très grande quantité d’eau de fonte des Alpes, laquelle est stockée dans l’IJsselmeer. Les problèmes sont surtout présents en Flandre-Occidentale, qui est parfois nommée aussi le désert de l’Europe du Nord-Ouest. L’eau y est présente à une très grande profondeur et il y a peu de possibilités d’extraire de l’eau phréatique. L’eau est en outre surexploitée par les entreprises et par l’agriculture. En outre, un danger de salinisation existe dans cette région par la combinaison de la sécheresse et de l’augmentation du niveau de la mer. La haute densité de population en Flandre fait que la quantité d’eau disponible par personne est très faible. »

Stockage dans le sous-sol

Selon Patrick Willlems, la surface en Flandre a trop durci. « 15 pour cent de la surface est durci. C’est trois fois plus que dans les années 1970. Ce durcissement continue d’augmenter. De ce fait, l’eau de pluie s’écoule rapidement en direction des égouts et des bassins. » Selon Patrick Willems, il est important, pendant les périodes humides, de stocker plus d’eau dans le sous-sol. « Celui-ci est un très grand réservoir naturel disponible gratuitement et où l’eau peut s’infiltrer. A l’avenir, nous avons aussi un plus grand besoin de bassins tampons et de rétention. » Inflitrer l’eau de pluie artificiellement est aussi une bonne option selon Patrick Willems. « Le long de la côte, on pense actuellement à un système d’infiltration « dos de crique » grâce auquel il est possible d’infiltrer l’eau pendant les périodes humides. » Marijke Huysmans confirme. « A la côte, la nappe phréatique est naturellement peu abondante. De Watergroep étudie donc aussi s’il est possible d’injecter un supplément d’eau dans les paquets de nappe phréatique profonds. Les Pays-Bas sont déjà occupés depuis longtemps à de tels projets pour infiltrer artificiellement l’eau des cours d’eau en excès ou les eaux usées épurées dans le sous-sol. Les réserves des nappes phréatiques y sont considérées comme une sorte de tampon. Elles agissent à la manière d’une éponge dans laquelle l’eau est injectée pendant les périodes humides et que l’on peut pomper lors des périodes sèches. »

Patrick Willems juge important que l’eau de pluie ait le temps suffisant pour s’infiltrer dans le sol ou pour ruisseler de manière naturelle. « Les administrations publiques peuvent, par exemple, aménager plus de wadis. Les particuliers doivent aussi provoquer l’infiltration supplémentaire d’eau de pluie dans leur jardin. Par le biais de puits d’eau de pluie, il est également possible de collecter beaucoup plus d’eau et de la réutiliser. » Selon Aquafin, la moitié environ des habitations en Flandre possède actuellement un puits d’eau de pluie. L’autre moitié (1,4 million de ménages environ) n’en a pas et n’utilise donc pas encore d’eau de pluie. « L’utilisation de l’eau de pluie est une alternative plus durable que l’utilisation d’eau phréatique par le biais d’un puits de forage », indique Maarten Everaert d’Aquafin. « L’eau de pluie est parfaitement utilisable pour des applications qui n’exigent pas une qualité d’eau potable, comme la chasse des toilettes, l’eau destinée aux machines à laver, au nettoyage, au jardin, ... C’est l’un des exemples de la manière dont nous pouvons diminuer la pression sur les réserves d’eau phréatique. L’avantage supplémentaire est que cette eau est captée et ne s’écoule pas de manière accélérée ou doit être épurée. »

Agriculteurs

Un bon aménagement du paysage peut permettre beaucoup de choses. Jan Staes est convaincu qu’une bonne gestion des terres peut faire une différence. « La totalité de notre paysage est axée sur l’élimination de l’eau. Les agriculteurs n’aiment pas les sols trop humides. En raison des nombreux remembrements de « style ancien », effectués depuis les années 1950, nous avons perdu 75 pour cent de nos marais d’amont. L’effet d’éponge que ceux-ci remplissaient s’est perdu pour la plus grande partie. Les remembrements modernes sont beaucoup plus réfléchis et même positifs en matière de bilan de l’eau, mais dans l’intervalle, beaucoup d’eau s’est perdue. Historiquement, il n’était pas illogique de drainer les sols, mais on est allé beaucoup trop loin. Aujourd’hui, il est nécessaire de retenir au maximum l’eau de pluie de manière à ce qu’elle ait le temps de compléter encore la nappe phréatique. De manière plutôt contradictoire, nous devons surtout le faire dans les communes qui sont relativement hautes et n’ont que rarement ou jamais des problèmes de surcharge d’eau, comme Lommel, Beerse, Arendonk, ... C’est surtout dans les cours supérieurs plus petits que nous devons retenir activement l’eau. A certains endroits, on évacue même plus d’eau que ce qui est pompé, ce qui fait que nous perdons encore plus d’eau. Par le compactage du sol et la battance, l’eau ne pénètre pas dans le sol, mais s’écoule en direction des fossés ou des canaux. Les précipitations sont fréquemment aussi plus concentrées dans le temps, ce qui fait que la couche superficielle est saturée. En compartimentant les fossés, une partie de cette eau peut ruisseler lentement. Je plaide aussi pour l’aménagement de petits marais, de mares peu profondes sur les sols agricoles où l’eau peut se rassembler et a le temps de s’infiltrer. Une compensation ou une récompense pour l’aménagement en partie des sols agricoles en tant que territoires de rétention d’eau pourrait peut-être inciter certains agriculteurs à mettre en œuvre de telles mesures. »

Prime d’infiltration en tant que compensation

Vlario, la plateforme de concertation et le centre de connaissances pour le secteur d’épuration des égouts et des eaux usées, plaide pour qu’une prime d’infiltration soit établie en Flandre pour celui qui infiltre de l’eau. « De tels systèmes existent depuis longtemps dans d’autres pays européens, dont l’Allemagne », déclare Wendy Francken. « A l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation à retenir l’eau de pluie sur son terrain. 50 à 60 % des frais d’égouttage est causé par l’évacuation d’eau de pluie. Ceci est calculé momentanément dans la contribution d’assainissement. 99 % de nos déchets ménagers est liquide et nous « trions » encore beaucoup trop peu. L’eau de pluie est maintenue, dans le meilleur des cas, le plus possible sur place, utilisée et/ou infiltrée pour éviter une surcharge d’eau. Les citoyens et les entreprises qui n’évacuent pas d’eau de pluie, mais l’utilisent et la retiennent sur place judicieusement, ne doivent pas payer pour cela. Avec une facture d’eau transparente, dans laquelle les frais d’évacuation (et d’épuration) des eaux de pluie et des eaux usées sont séparés et mentionnés séparément, les citoyens et les entreprises auront la possibilité de profiter d’une prime d’infiltration. »

Epuration de l’eau

Patrick Willems plaide également pour que les entreprises épurent et réutilisent plus leurs eaux usées dans leur propre processus de production. « Un plus grand nombre de stimulants et de subsides doit être créé de manière à ce que les entreprises puissent adopter plus de techniques qui économisent l’eau, comme le remploi de l’eau. Aujourd’hui, il est souvent meilleur marché de pomper de l’eau que de l’épurer. » Selon Marijke Huysmans, le gouvernement doit également surveiller de manière plus critique qui pompe une eau de haute qualité et à quelles fins celle-ci est utilisée. « Je suppose que le nombre d’extractions d’eau phréatique illégales et non enregistrées a augmenté ces dernières années, notamment chez les ménages individuels ou dans l’agriculture. Le gouvernement doit cartographier ces extractions d’eau phréatique non enregistrées et les contrôler. Nous devons diminuer la pression sur le pompage en réutilisant l’eau de pluie et les eaux usées épurées. » Selon Jan Staes, la quantité d’eau pompée est trop importante. « En Campine, jusque 20 pour cent de l’excédent des précipitations est repompé, ce qui est vraiment trop. Les arbres et les cours d’eau ont en effet aussi besoin de notre eau. Nous ne connaissons pas le nombre d’extractions illégales. Peut-être y a-t-il aussi des agriculteurs qui possèdent un puits illégal en plus de leur puits officiel ? Chaque extraction d’eau phréatique devrait être pourvue d’un compteur numérique qui peut être lu à distance. La redevance sur l’eau phréatique peut aussi être plus élevée. Ce supplément d’argent peut être utilisé pour investir dans les mesures qui stimulent le complément d’eau phréatique, comme l’adoucissement, les dispositifs d’infiltration, le placement de barrages réglables et la reconstitution de marais dans les cours d’eau supérieurs. Avec le projet Interreg Prowater, nous étudions les endroits où nous pouvons le mieux mettre en œuvre de telles mesures. La philosophie du projet est que nous utilisons mieux les périodes avec un excès de précipitations en retenant l’eau si possible et en la stockant ainsi dans le sol. »

La Ville d’Anvers

Les bas niveaux de la nappe phréatique entraînent des risques pour la ville d’Anvers. C’est ainsi que les étangs de la ville peuvent tomber à sec plus souvent et que le risque augmente que l’eau salée de l’Escaut pénètre dans la ville, ce qui peut entraîner une salinisation difficile à combattre de la nappe phréatique. La ville prend des mesures en raison des bas niveaux de la nappe phréatique. Elle veut résoudre le problème par le biais d’une nouvelle stratégie de pompage. La ville étudie la manière dont l’eau phréatique, qui a été pompée pour drainer les travaux de construction (pompage), peut être utilisée pour les étangs et les espaces verts de la ville. « Les assèchements de retour sont déjà imposés de manière obligatoire actuellement dans les permis et n’ont lieu uniquement si l’avis est donné que ceci est véritablement impossible sur un plan technique », indique l’échevin du domaine public, Claude Marinower. « Faire réintégrer (retourner) l’eau pompée lors des travaux de construction dans le sol n’est pas possible dans la pratique dans de nombreux cas. Résultat, l’eau pompée est encore beaucoup trop souvent évacuée par l’égout. Nous avons une nouvelle stratégie de pompage pour réutiliser l’eau de manière intelligente. » Pour permettre ceci, la ville va d’abord miser sur un cadre réglementaire, en accord avec le gouvernement flamand. En outre, les demandes d’assèchement seront plus sévèrement suivies, contrôlées et maintenues. En outre, la ville étudie les possibilités permettant à l’eau pompée de réintégrer le sol dans des étangs municipaux et des zones vertes appropriés comme des parcs. Le registre des informations sur les sols de l’OVAM montre toutefois que le sous-sol anversois a souvent été pollué historiquement. C’est pourquoi il sera toujours fait appel à un expert pour évaluer les exigences d’épuration pour l’eau phréatique pompée avant de procéder à son infiltration.

La situation en Wallonie est meilleure

En Wallonie, la situation est moins critique et moins vulnérable qu’en Flandre. Alain Dassargues, professeur d’hydrogéologie et de géologie environnementale à l’ULiège, souligne le fait qu’il y a encore de nombreuses réserves d’eau dans le sud. « Nous avons des couches aquifères profondes avec de nombreuses roches plissées et fendues. Nous avons encore des lieux qui n’ont pas été exploités au niveau de l’eau phréatique. Marnik Vanclooster, professeur de recherche à l’UCLouvain, souligne aussi qu’il existe en Wallonie un plus grand nombre de réserves d’eau phréatique stratégiques qu’en Flandre. « L’exploitation plus importante d’eau phréatique se situe dans les couches aquifères plus profondes qui sont souvent serrées. Les temps de séjour de l’eau dans ces formations sont beaucoup plus lents, ce qui les rend souvent moins sensibles aux fluctuations du climat. Les grandes réserves d’eau phréatique dans les formations de calcaire et de sable sont donc renouvelées pour la plus grande partie, mais ce renouvellement a lieu sur une échelle de temps beaucoup plus longue. On pompe donc une grande quantité d’eau qui a un temps de séjour long et qui s’est infiltrée lentement dans des couches géologiques profondes. Je pense alors au calcaire et au sable de l’ère primaire dans les vallées de la Sambre et de la Meuse. C’est dans ces couches que se trouve le plus grand système d’eau phréatique. Cette eau est moins sensible aux fluctuations climatiques. » Marnik Vanclooster fait remarquer qu’en Wallonie, il existe aussi des couches d’eau souterraine phréatique, comme les sables alluviaux dans le Hainaut, les sables bruxelliens du Brabant wallon ou les couches de craie de Hesbaye. « Mais celles-ci sont des systèmes d’eau phréatique moins étendus au niveau de l’importance et du volume. Nous voyons là aussi que la nappe phréatique peut baisser. Cela peut avoir une influence sur les systèmes de qualité de la nappe phréatique. Une oxydation peut avoir lieu, ce qui va entraîner une modification de la géochimie. Heureusement, les sociétés de distribution d’eau potable wallonnes prennent des mesures pour garantir la qualité de l’eau potable. »

Vigilance augmentée

Selon Alain Dassargues, nous avons eu jusqu’à la mi-mars un hiver relativement bon au niveau de l’infiltration de l’eau. « Grâce aux fréquentes pluies jusqu’à la mi-mars, nous voyons même une augmentation du niveau de la nappe phréatique. Les mois d’hiver des années 2017, 2018 et 2019 n’avaient pas été aussi bons pour l’infiltration de l’eau de pluie. On avait alors mesuré une diminution du niveau de la nappe phréatique après les étés chauds de 2018 et 2019 étant donné que l’utilisation de l’eau avait augmenté. Les sociétés de distribution d’eau ont alors décidé de lancer des études scientifiques, en coopération avec l’UMons et l’ULiège. Leur objectif était de simuler le comportement des couches aquifères les plus importantes de Wallonie, à savoir les couches de calcaire, de sable et de craie, pour différents scénarios. On a notamment étudié la manière dont elles réagiraient si l’infiltration de l’eau était insuffisante. » L’hiver a, selon Alain Dassargues, une bonne influence sur le niveau de l’eau en Wallonie. « Seules les pluies d’hiver sont importantes pour l’infiltration de l’eau. Entre avril et septembre, une évapotranspiration massive (évaporation + consommation des plantes) est ajoutée à l’évacuation de l’eau. Cela diminue l’infiltration de l’eau dans le sol », déclare Alain Dassargues.

Il se fait toutefois des soucis concernant les nouveaux projets d’irrigation que les agriculteurs sont occupés à mener. « L’irrigation entraîne une pénurie d’eau phréatique, bien que j’admette qu’il existe peu d’alternatives pour les plantes qui souffrent du stress hydrique. Si la sécheresse devait se poursuivre, je plaide pour un plus grand nombre de projets d’infiltration artificielle. J’ai vu ces projets à la côte, mais aussi en Espagne et dans le Midi de la France. Après une épuration industrielle, les flux d’eau phréatique contribuent à améliorer l’épuration. De tels projets sont toutefois coûteux. » Alain Dassargues veut que l’on épure une plus grande quantité d’eau. « Nous voyons déjà une grande amélioration depuis dix ans dans les entreprises et les communes wallonnes. Mais il reste beaucoup de travail. Dans la mesure du possible, je plaide aussi pour un réseau séparé pour l’eau potable et l’eau grise. Je trouve dommage que l’on continue à utiliser de l’eau potable pour l’eau des toilettes. Je comprends qu’il est coûteux d’installer dans chaque maison ou bâtiment deux réseaux séparés. Or, ceci existe à l’étranger. En Californie, j’ai vu plusieurs quartiers de grandes villes où ils ont deux réseaux d’eau, à savoir pour l’eau grise et l’eau potable. »

Situation à Bruxelles

Pour terminer, jetons encore un coup d’œil sur Bruxelles. Toutefois, non moins de 97 % de l’eau potable bruxelloise est extraite de Wallonie. A peine 3 pour cent de l’eau potable bruxelloise vient du territoire de Bruxelles. Cette eau est pompée dans la forêt de Soignes et le Bois de la Cambre. « Nous voyons néanmoins une légère baisse de la nappe phréatique », déclare l’ingénieur hydrologue Michaël Antoine de Bruxelles Environnement. « L’année dernière, le débit de l’eau a même baissé d’environ 20 pour cent. Nous pensons qu’une quantité inférieure d’eau phréatique s’écoule de la Flandre vers Bruxelles. Nous pensons que l’eau phréatique est pompée dans une plus grande mesure. Il est difficile de mesurer ceci exactement, mais c’est notre hypothèse. Dans tous les cas, il faut une meilleure coordination, tant sur les plans national qu’international, comme la Commission de l’Escaut. »

Le professeur Marnik Vanclooster confirme aussi cette tendance. « Une étude récente, que nous avons faite pour la Région de Bruxelles, a fait ressortir les tendances à la baisse de la nappe phréatique. Les tendances sont stables pour la qualité de l’eau. A Bruxelles, mais aussi dans le « réseau bleu bruxellois », un projet qui veut réexposer l’eau de surface est prévu. De même, l’infiltration de l’eau de pluie vers le sous-sol est stimulée. Or, il est important que la capacité d’infiltration de votre sol soit suffisante et que tous les polluants de l’eau de pluie soient filtrés de manière à ce que le système d’eau phréatique soit protégé. » Michaël Antoine confirme. « Nous voulons infiltrer plus, mais nous devons faire attention à ce que l’eau soit de bonne qualité. Nous voulons réutiliser une plus grande quantité d’eau de pluie, en tant qu’alternative à l’eau phréatique. C’est important pour stimuler l’évapotranspiration dans une ville. Ceci assure une oasis pendant une vague de chaleur. De même, l’entretien des égouts est important. Nous avons déjà retrouvé des nitrates dans certaines couches de sol, provenant de fuites des égouts. »

Par Matthias Vanheerentals

www.vmm.be/water/droogte/actieplan-droogte-en-wateroverlast

www.dewatergroep.be

www.kuleuven.be

www.vub.be

www.uantwerpen.be

uclouvain.be

www.aquafin.be

www.vlario.be

www.antwerpen.be

www.uliege.be

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Les niveaux de la nappe phréatique continuent à baisser

Au cours du mois de mai, la Société flamande de l’environnement (VMM) a publié un nouveau rapport. Des mesures de la nappe phréatique (couches supérieures), il ressort que les niveaux de la nappe phréatique ont continué à baisser. De nombreux professeurs d’université se font des soucis.

Le dernier rapport de la VMM ne présente pas de chiffres encourageants sur le niveau de la nappe phréatique. « Nous voyons que 64 pour cent des points de mesure à la date du 7 mai ont des niveaux de la nappe phréatique bas à très bas », déclare Katrien Smet, porte-parole de la VMM. « Début avril, celle-ci n’était que de 45,5 pour cent. Or, cette valeur n’est pas bonne. Nous n’avons pas pu rattraper le retard de la sécheresse de l’année passée. Il a plu insuffisamment pour reconstituer les réserves de la nappe phréatique. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation qui est comparable au début mai de l’année passée. De même, les débits d’un très grand nombre de cours d’eau non navigables sont faibles en ce moment. Une vigilance augmentée est de mise chez les gestionnaires de cours d’eau. Nous suivons la situation de très près. Dans quelques cours d’eau très fragiles sur le plan écologique, en province d’Anvers, une interdiction de captage a été annoncée début mai. » De même, De Watergroep indique que la situation est comparable à celle du mois de mai de l’année passée. « En raison de la sécheresse observée à partir de la mi-mars, les niveaux de la nappe phréatique ont baissé », selon la porte-parole Kathleen De Schepper. « Nos stocks d’eau de surface sont encore à niveau pour l’instant. Mais comme nous ne savons pas ce que l’été nous apportera, tant en ce qui concerne la consommation que les précipitations, il est certainement indiqué d’être vigilant et d’utiliser avec parcimonie nos stocks d’eau limités. » De très nombreux gestionnaires de cours d’eau prennent des mesures préventives, y compris la VMM. « Dans les cours d’eau non navigables, cela peut contribuer à régler les niveaux aux barrages et à adapter le pompage de manière à retenir la plus grande quantité d’eau possible”, indique Katrien Smet. « On ne fauche pas ou on fauche de manière plus extensive pour éviter que l’eau s’écoule trop rapidement et par conséquent, reste retenue plus longtemps. Mieux équilibrer la demande et l’offre d’eau, miser sur le développement des connaissances, sensibiliser et changer de comportement sont la base des actions pour armer la Flandre contre la sécheresse. Ceci englobe, d’une part, une approche réactive pour maintenir aussi faibles que possible les dommages pendant les inondations. De cette manière, nous contribuons pleinement à un cadre d’évaluation réactif prioritaire de l’utilisation de l’eau avec des représentants de tous les secteurs. Ceci devrait être au point d’ici à la fin de l’année. »

Grande inquiétude dans le monde universitaire

Divers professeurs d’université se font des soucis. « Quatre étés secs successifs n’ont jamais eu lieu auparavant », indique Patrick Willems, professeur d’hydraulique à la KU Leuven. « C’est un record, causé par le changement climatique. La situation est très sèche et donc toujours sérieuse, notamment parce que nous traînons avec nous les effets des étés très secs. Si nous avons de nouveau un été très sec cette année, comme cela a été le cas en 2018, nous connaîtrons des problèmes au niveau de l’approvisionnement en eau. » Marijke Huysmans, professeure à la VUB, spécialisée dans l’hydrologie de la nappe phréatique, tire également la sonnette d’alarme. « Le niveau très bas de la nappe phréatique provient de six semaines de sécheresse, ce qui est hautement exceptionnel. Normalement, nous avons plus de précipitations en mars et en avril, si bien que la nappe phréatique se remplit. Début mars, les niveaux de la nappe phréatique étaient plus ou moins normaux, ce qui était un soulagement étant donné que les années précédentes, nous avons vu très fréquemment de bas niveaux de la nappe phréatique. » Jan Staes, chercheur au département biologie de l’Université d’Anvers, voit les conséquences pour la nature de la baisse de la nappe phréatique. « Si les petits ruisseaux, les mares et les étangs connaissent la sécheresse, cela a une incidence négative sur les poissons de ruisseaux rares, les libellules et les amphibiens. De très nombreux petits cours d’eau menacent d’être victimes de la sécheresse parce qu’ils ne sont plus alimentés par la nappe phréatique. Les grands cours d’eau sont de plus en plus dépendants de déversements pour leur débit de base. » Marijke Huysmans en voit également les conséquences. « La végétation est sensible à la sécheresse. Autre conséquence, une nappe phréatique diminuée va alimenter les cours d’eau et ceux-ci vont être gagnés par la sécheresse. » Patrick Willems plaide pour que les autorités prennent des mesures qui diminuent en même temps certains autres risques. « L’aménagement d’espaces verts renforce la biodiversité. Ce sont des lieux qui conservent l’eau et où les personnes peuvent chercher à se rafraîchir pendant les étés très chauds. Ceci entraîne un stress thermique moins important. »

Les sols flamands sensibles à la sécheresse

Marnik Vanclooster, professeur à la faculté des sciences de bio-ingénierie et à l’Earth and Life Institute de l’UCLouvain, souligne que la nappe phréatique en Flandre est beaucoup plus sensible aux changements climatiques que d’autres régions. « Les couches sédimentaires, dans lesquelles se trouve la nappe phréatique, sont beaucoup plus proches de la surface et sont donc plus sensibles à la sécheresse. » Selon Patrick Willlems, l’amenée d’eau en Flandre est également limitée. « Nous dépendons très étroitement de nos eaux pluviales. Sur une base annuelle, nous avons heureusement encore la même quantité de pluie. Par rapport à la Wallonie, nous n’avons pas autant de cours d’eau qui amènent de l’eau. Les Pays-Bas reçoivent, par exemple, par le biais du Rhin, une très grande quantité d’eau de fonte des Alpes, laquelle est stockée dans l’IJsselmeer. Les problèmes sont surtout présents en Flandre-Occidentale, qui est parfois nommée aussi le désert de l’Europe du Nord-Ouest. L’eau y est présente à une très grande profondeur et il y a peu de possibilités d’extraire de l’eau phréatique. L’eau est en outre surexploitée par les entreprises et par l’agriculture. En outre, un danger de salinisation existe dans cette région par la combinaison de la sécheresse et de l’augmentation du niveau de la mer. La haute densité de population en Flandre fait que la quantité d’eau disponible par personne est très faible. »

Stockage dans le sous-sol

Selon Patrick Willlems, la surface en Flandre a trop durci. « 15 pour cent de la surface est durci. C’est trois fois plus que dans les années 1970. Ce durcissement continue d’augmenter. De ce fait, l’eau de pluie s’écoule rapidement en direction des égouts et des bassins. » Selon Patrick Willems, il est important, pendant les périodes humides, de stocker plus d’eau dans le sous-sol. « Celui-ci est un très grand réservoir naturel disponible gratuitement et où l’eau peut s’infiltrer. A l’avenir, nous avons aussi un plus grand besoin de bassins tampons et de rétention. » Inflitrer l’eau de pluie artificiellement est aussi une bonne option selon Patrick Willems. « Le long de la côte, on pense actuellement à un système d’infiltration « dos de crique » grâce auquel il est possible d’infiltrer l’eau pendant les périodes humides. » Marijke Huysmans confirme. « A la côte, la nappe phréatique est naturellement peu abondante. De Watergroep étudie donc aussi s’il est possible d’injecter un supplément d’eau dans les paquets de nappe phréatique profonds. Les Pays-Bas sont déjà occupés depuis longtemps à de tels projets pour infiltrer artificiellement l’eau des cours d’eau en excès ou les eaux usées épurées dans le sous-sol. Les réserves des nappes phréatiques y sont considérées comme une sorte de tampon. Elles agissent à la manière d’une éponge dans laquelle l’eau est injectée pendant les périodes humides et que l’on peut pomper lors des périodes sèches. »

Patrick Willems juge important que l’eau de pluie ait le temps suffisant pour s’infiltrer dans le sol ou pour ruisseler de manière naturelle. « Les administrations publiques peuvent, par exemple, aménager plus de wadis. Les particuliers doivent aussi provoquer l’infiltration supplémentaire d’eau de pluie dans leur jardin. Par le biais de puits d’eau de pluie, il est également possible de collecter beaucoup plus d’eau et de la réutiliser. » Selon Aquafin, la moitié environ des habitations en Flandre possède actuellement un puits d’eau de pluie. L’autre moitié (1,4 million de ménages environ) n’en a pas et n’utilise donc pas encore d’eau de pluie. « L’utilisation de l’eau de pluie est une alternative plus durable que l’utilisation d’eau phréatique par le biais d’un puits de forage », indique Maarten Everaert d’Aquafin. « L’eau de pluie est parfaitement utilisable pour des applications qui n’exigent pas une qualité d’eau potable, comme la chasse des toilettes, l’eau destinée aux machines à laver, au nettoyage, au jardin, ... C’est l’un des exemples de la manière dont nous pouvons diminuer la pression sur les réserves d’eau phréatique. L’avantage supplémentaire est que cette eau est captée et ne s’écoule pas de manière accélérée ou doit être épurée. »

Agriculteurs

Un bon aménagement du paysage peut permettre beaucoup de choses. Jan Staes est convaincu qu’une bonne gestion des terres peut faire une différence. « La totalité de notre paysage est axée sur l’élimination de l’eau. Les agriculteurs n’aiment pas les sols trop humides. En raison des nombreux remembrements de « style ancien », effectués depuis les années 1950, nous avons perdu 75 pour cent de nos marais d’amont. L’effet d’éponge que ceux-ci remplissaient s’est perdu pour la plus grande partie. Les remembrements modernes sont beaucoup plus réfléchis et même positifs en matière de bilan de l’eau, mais dans l’intervalle, beaucoup d’eau s’est perdue. Historiquement, il n’était pas illogique de drainer les sols, mais on est allé beaucoup trop loin. Aujourd’hui, il est nécessaire de retenir au maximum l’eau de pluie de manière à ce qu’elle ait le temps de compléter encore la nappe phréatique. De manière plutôt contradictoire, nous devons surtout le faire dans les communes qui sont relativement hautes et n’ont que rarement ou jamais des problèmes de surcharge d’eau, comme Lommel, Beerse, Arendonk, ... C’est surtout dans les cours supérieurs plus petits que nous devons retenir activement l’eau. A certains endroits, on évacue même plus d’eau que ce qui est pompé, ce qui fait que nous perdons encore plus d’eau. Par le compactage du sol et la battance, l’eau ne pénètre pas dans le sol, mais s’écoule en direction des fossés ou des canaux. Les précipitations sont fréquemment aussi plus concentrées dans le temps, ce qui fait que la couche superficielle est saturée. En compartimentant les fossés, une partie de cette eau peut ruisseler lentement. Je plaide aussi pour l’aménagement de petits marais, de mares peu profondes sur les sols agricoles où l’eau peut se rassembler et a le temps de s’infiltrer. Une compensation ou une récompense pour l’aménagement en partie des sols agricoles en tant que territoires de rétention d’eau pourrait peut-être inciter certains agriculteurs à mettre en œuvre de telles mesures. »

Prime d’infiltration en tant que compensation

Vlario, la plateforme de concertation et le centre de connaissances pour le secteur d’épuration des égouts et des eaux usées, plaide pour qu’une prime d’infiltration soit établie en Flandre pour celui qui infiltre de l’eau. « De tels systèmes existent depuis longtemps dans d’autres pays européens, dont l’Allemagne », déclare Wendy Francken. « A l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation à retenir l’eau de pluie sur son terrain. 50 à 60 % des frais d’égouttage est causé par l’évacuation d’eau de pluie. Ceci est calculé momentanément dans la contribution d’assainissement. 99 % de nos déchets ménagers est liquide et nous « trions » encore beaucoup trop peu. L’eau de pluie est maintenue, dans le meilleur des cas, le plus possible sur place, utilisée et/ou infiltrée pour éviter une surcharge d’eau. Les citoyens et les entreprises qui n’évacuent pas d’eau de pluie, mais l’utilisent et la retiennent sur place judicieusement, ne doivent pas payer pour cela. Avec une facture d’eau transparente, dans laquelle les frais d’évacuation (et d’épuration) des eaux de pluie et des eaux usées sont séparés et mentionnés séparément, les citoyens et les entreprises auront la possibilité de profiter d’une prime d’infiltration. »

Epuration de l’eau

Patrick Willems plaide également pour que les entreprises épurent et réutilisent plus leurs eaux usées dans leur propre processus de production. « Un plus grand nombre de stimulants et de subsides doit être créé de manière à ce que les entreprises puissent adopter plus de techniques qui économisent l’eau, comme le remploi de l’eau. Aujourd’hui, il est souvent meilleur marché de pomper de l’eau que de l’épurer. » Selon Marijke Huysmans, le gouvernement doit également surveiller de manière plus critique qui pompe une eau de haute qualité et à quelles fins celle-ci est utilisée. « Je suppose que le nombre d’extractions d’eau phréatique illégales et non enregistrées a augmenté ces dernières années, notamment chez les ménages individuels ou dans l’agriculture. Le gouvernement doit cartographier ces extractions d’eau phréatique non enregistrées et les contrôler. Nous devons diminuer la pression sur le pompage en réutilisant l’eau de pluie et les eaux usées épurées. » Selon Jan Staes, la quantité d’eau pompée est trop importante. « En Campine, jusque 20 pour cent de l’excédent des précipitations est repompé, ce qui est vraiment trop. Les arbres et les cours d’eau ont en effet aussi besoin de notre eau. Nous ne connaissons pas le nombre d’extractions illégales. Peut-être y a-t-il aussi des agriculteurs qui possèdent un puits illégal en plus de leur puits officiel ? Chaque extraction d’eau phréatique devrait être pourvue d’un compteur numérique qui peut être lu à distance. La redevance sur l’eau phréatique peut aussi être plus élevée. Ce supplément d’argent peut être utilisé pour investir dans les mesures qui stimulent le complément d’eau phréatique, comme l’adoucissement, les dispositifs d’infiltration, le placement de barrages réglables et la reconstitution de marais dans les cours d’eau supérieurs. Avec le projet Interreg Prowater, nous étudions les endroits où nous pouvons le mieux mettre en œuvre de telles mesures. La philosophie du projet est que nous utilisons mieux les périodes avec un excès de précipitations en retenant l’eau si possible et en la stockant ainsi dans le sol. »

La Ville d’Anvers

Les bas niveaux de la nappe phréatique entraînent des risques pour la ville d’Anvers. C’est ainsi que les étangs de la ville peuvent tomber à sec plus souvent et que le risque augmente que l’eau salée de l’Escaut pénètre dans la ville, ce qui peut entraîner une salinisation difficile à combattre de la nappe phréatique. La ville prend des mesures en raison des bas niveaux de la nappe phréatique. Elle veut résoudre le problème par le biais d’une nouvelle stratégie de pompage. La ville étudie la manière dont l’eau phréatique, qui a été pompée pour drainer les travaux de construction (pompage), peut être utilisée pour les étangs et les espaces verts de la ville. « Les assèchements de retour sont déjà imposés de manière obligatoire actuellement dans les permis et n’ont lieu uniquement si l’avis est donné que ceci est véritablement impossible sur un plan technique », indique l’échevin du domaine public, Claude Marinower. « Faire réintégrer (retourner) l’eau pompée lors des travaux de construction dans le sol n’est pas possible dans la pratique dans de nombreux cas. Résultat, l’eau pompée est encore beaucoup trop souvent évacuée par l’égout. Nous avons une nouvelle stratégie de pompage pour réutiliser l’eau de manière intelligente. » Pour permettre ceci, la ville va d’abord miser sur un cadre réglementaire, en accord avec le gouvernement flamand. En outre, les demandes d’assèchement seront plus sévèrement suivies, contrôlées et maintenues. En outre, la ville étudie les possibilités permettant à l’eau pompée de réintégrer le sol dans des étangs municipaux et des zones vertes appropriés comme des parcs. Le registre des informations sur les sols de l’OVAM montre toutefois que le sous-sol anversois a souvent été pollué historiquement. C’est pourquoi il sera toujours fait appel à un expert pour évaluer les exigences d’épuration pour l’eau phréatique pompée avant de procéder à son infiltration.

La situation en Wallonie est meilleure

En Wallonie, la situation est moins critique et moins vulnérable qu’en Flandre. Alain Dassargues, professeur d’hydrogéologie et de géologie environnementale à l’ULiège, souligne le fait qu’il y a encore de nombreuses réserves d’eau dans le sud. « Nous avons des couches aquifères profondes avec de nombreuses roches plissées et fendues. Nous avons encore des lieux qui n’ont pas été exploités au niveau de l’eau phréatique. Marnik Vanclooster, professeur de recherche à l’UCLouvain, souligne aussi qu’il existe en Wallonie un plus grand nombre de réserves d’eau phréatique stratégiques qu’en Flandre. « L’exploitation plus importante d’eau phréatique se situe dans les couches aquifères plus profondes qui sont souvent serrées. Les temps de séjour de l’eau dans ces formations sont beaucoup plus lents, ce qui les rend souvent moins sensibles aux fluctuations du climat. Les grandes réserves d’eau phréatique dans les formations de calcaire et de sable sont donc renouvelées pour la plus grande partie, mais ce renouvellement a lieu sur une échelle de temps beaucoup plus longue. On pompe donc une grande quantité d’eau qui a un temps de séjour long et qui s’est infiltrée lentement dans des couches géologiques profondes. Je pense alors au calcaire et au sable de l’ère primaire dans les vallées de la Sambre et de la Meuse. C’est dans ces couches que se trouve le plus grand système d’eau phréatique. Cette eau est moins sensible aux fluctuations climatiques. » Marnik Vanclooster fait remarquer qu’en Wallonie, il existe aussi des couches d’eau souterraine phréatique, comme les sables alluviaux dans le Hainaut, les sables bruxelliens du Brabant wallon ou les couches de craie de Hesbaye. « Mais celles-ci sont des systèmes d’eau phréatique moins étendus au niveau de l’importance et du volume. Nous voyons là aussi que la nappe phréatique peut baisser. Cela peut avoir une influence sur les systèmes de qualité de la nappe phréatique. Une oxydation peut avoir lieu, ce qui va entraîner une modification de la géochimie. Heureusement, les sociétés de distribution d’eau potable wallonnes prennent des mesures pour garantir la qualité de l’eau potable. »

Vigilance augmentée

Selon Alain Dassargues, nous avons eu jusqu’à la mi-mars un hiver relativement bon au niveau de l’infiltration de l’eau. « Grâce aux fréquentes pluies jusqu’à la mi-mars, nous voyons même une augmentation du niveau de la nappe phréatique. Les mois d’hiver des années 2017, 2018 et 2019 n’avaient pas été aussi bons pour l’infiltration de l’eau de pluie. On avait alors mesuré une diminution du niveau de la nappe phréatique après les étés chauds de 2018 et 2019 étant donné que l’utilisation de l’eau avait augmenté. Les sociétés de distribution d’eau ont alors décidé de lancer des études scientifiques, en coopération avec l’UMons et l’ULiège. Leur objectif était de simuler le comportement des couches aquifères les plus importantes de Wallonie, à savoir les couches de calcaire, de sable et de craie, pour différents scénarios. On a notamment étudié la manière dont elles réagiraient si l’infiltration de l’eau était insuffisante. » L’hiver a, selon Alain Dassargues, une bonne influence sur le niveau de l’eau en Wallonie. « Seules les pluies d’hiver sont importantes pour l’infiltration de l’eau. Entre avril et septembre, une évapotranspiration massive (évaporation + consommation des plantes) est ajoutée à l’évacuation de l’eau. Cela diminue l’infiltration de l’eau dans le sol », déclare Alain Dassargues.

Il se fait toutefois des soucis concernant les nouveaux projets d’irrigation que les agriculteurs sont occupés à mener. « L’irrigation entraîne une pénurie d’eau phréatique, bien que j’admette qu’il existe peu d’alternatives pour les plantes qui souffrent du stress hydrique. Si la sécheresse devait se poursuivre, je plaide pour un plus grand nombre de projets d’infiltration artificielle. J’ai vu ces projets à la côte, mais aussi en Espagne et dans le Midi de la France. Après une épuration industrielle, les flux d’eau phréatique contribuent à améliorer l’épuration. De tels projets sont toutefois coûteux. » Alain Dassargues veut que l’on épure une plus grande quantité d’eau. « Nous voyons déjà une grande amélioration depuis dix ans dans les entreprises et les communes wallonnes. Mais il reste beaucoup de travail. Dans la mesure du possible, je plaide aussi pour un réseau séparé pour l’eau potable et l’eau grise. Je trouve dommage que l’on continue à utiliser de l’eau potable pour l’eau des toilettes. Je comprends qu’il est coûteux d’installer dans chaque maison ou bâtiment deux réseaux séparés. Or, ceci existe à l’étranger. En Californie, j’ai vu plusieurs quartiers de grandes villes où ils ont deux réseaux d’eau, à savoir pour l’eau grise et l’eau potable. »

Situation à Bruxelles

Pour terminer, jetons encore un coup d’œil sur Bruxelles. Toutefois, non moins de 97 % de l’eau potable bruxelloise est extraite de Wallonie. A peine 3 pour cent de l’eau potable bruxelloise vient du territoire de Bruxelles. Cette eau est pompée dans la forêt de Soignes et le Bois de la Cambre. « Nous voyons néanmoins une légère baisse de la nappe phréatique », déclare l’ingénieur hydrologue Michaël Antoine de Bruxelles Environnement. « L’année dernière, le débit de l’eau a même baissé d’environ 20 pour cent. Nous pensons qu’une quantité inférieure d’eau phréatique s’écoule de la Flandre vers Bruxelles. Nous pensons que l’eau phréatique est pompée dans une plus grande mesure. Il est difficile de mesurer ceci exactement, mais c’est notre hypothèse. Dans tous les cas, il faut une meilleure coordination, tant sur les plans national qu’international, comme la Commission de l’Escaut. »

Le professeur Marnik Vanclooster confirme aussi cette tendance. « Une étude récente, que nous avons faite pour la Région de Bruxelles, a fait ressortir les tendances à la baisse de la nappe phréatique. Les tendances sont stables pour la qualité de l’eau. A Bruxelles, mais aussi dans le « réseau bleu bruxellois », un projet qui veut réexposer l’eau de surface est prévu. De même, l’infiltration de l’eau de pluie vers le sous-sol est stimulée. Or, il est important que la capacité d’infiltration de votre sol soit suffisante et que tous les polluants de l’eau de pluie soient filtrés de manière à ce que le système d’eau phréatique soit protégé. » Michaël Antoine confirme. « Nous voulons infiltrer plus, mais nous devons faire attention à ce que l’eau soit de bonne qualité. Nous voulons réutiliser une plus grande quantité d’eau de pluie, en tant qu’alternative à l’eau phréatique. C’est important pour stimuler l’évapotranspiration dans une ville. Ceci assure une oasis pendant une vague de chaleur. De même, l’entretien des égouts est important. Nous avons déjà retrouvé des nitrates dans certaines couches de sol, provenant de fuites des égouts. »

Par Matthias Vanheerentals

www.vmm.be/water/droogte/actieplan-droogte-en-wateroverlast

www.dewatergroep.be

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