Épuration par roselières d’eaux usées provenant d’une entreprise horticole
Épuration par roselières d’eaux usées provenant d’une entreprise horticole
Il y a quelques années, la société Microflor a opté pour une réutilisation optimale de l’eau dans sa pépinière d’orchidées située à Lochristi. Depuis lors, les eaux de drainage sont récupérées et remises à la disposition des plantes. Cette approche a permis de réduire sensiblement la consommation d’eau et d’engrais, mais il a fallu augmenter le volume d’eau évacuée pour continuer à garantir la qualité de l’eau en recirculation. Cette augmentation du volume d’eau et l’application concomitante de normes de rejet plus strictes lors du renouvellement du permis d’environnement sont à l’origine d’un nouveau problème d’épuration.
Microflor a immédiatement pris ce problème au sérieux. Avant la prise de toute décision, l’entreprise et le bureau d’études Epas se sont penchés sur la faisabilité, l’efficacité ainsi que les coûts d’investissement et de maintenance associés à diverses techniques. En raison de la faible consommation d’énergie, de l’intégration réussie dans le paysage et du succès rencontré par des expériences antérieures, le choix s’est porté sur une solution naturelle à base de roselières.
Charge élevée en nutriments
Pour la société Rietland, laquelle s’était chargée, il y a quelques années, de planter, devant l’entreprise horticole, une roselière aérée pour épurer les eaux usées sanitaires, cette aventure n’avait rien d’une mission ordinaire. « Ces eaux usées sont d’une toute autre nature », admet Dion van Oirschot. « Dans le cas présent, la charge organique n’est pas élevée, mis le défi à relever réside dans l’abondance de nutriments tels que l’azote et le phosphore. »
Concrètement : aux termes des normes applicables à l’azote et au phosphore, leurs concentrations respectives ne devraient pas excéder 15 mg/l et 2 mg/l alors que les concentrations relevées dans l’affluent sont supérieures à 100 mg/l pour l’azote et environ 20 mg/l pour le phosphore.
Dosage du carbone de synthèse
Dans le souci d’élaborer suffisamment d’options de dénitrification, Rietland a planté une série de roselières aérées et non aérées derrière les serres Microflor. Dion van Oirschot : « Dans la roselière aérée, l’azote ammoniacal est converti en nitrate. Ensuite, les eaux sont acheminées vers trois champs d’épandage, où ce nitrate est converti en azote atmosphérique (N2). »
Configurés selon le modèle irlandais d’Integrated Constructed Wetlands (ICW), les champs d’épandage présentent une superficie totale de près de 500 m2. « Dans le modèle initial, la surface prévue équivalait au triple de la surface actuelle, notamment pour garantir les teneurs hivernales en azote. Dès lors, les débris végétaux susceptibles de constituer une source de carbone étaient beaucoup moins importants. Cette perte est désormais compensée par un dispositif original de dosage du carbone à température contrôlée. »
L’Université de Gand en assure le suivi dans le but d’optimiser le dosage du carbone. « Nous créons de la sorte un système robuste, mais économique qui nous permettra de surmonter la période hivernale. »
Rétention des phosphates par la tobermorite
Lors de la dernière étape du processus, l’eau est acheminée vers un champ de tobermorite. « La tobermorite est un déchet régulièrement utilisé pour corriger le pH, mais employé ici pour lier les phosphates. Cette technique donne pour l’instant d’excellents résultats, car la teneur en phosphate de l’effluent est très inférieure à 1 mg/l, mais nous savons aussi que ce matériau est sujet à saturation. Par conséquent, nous surveillons de près l’efficacité du processus, afin de déterminer avec précision la vitesse de saturation du dispositif. Avantage majeur : les plantes sont à même d’absorber le phosphate lié, si bien que, par la suite, la tobermorite saturée fera merveille comme engrais.
TEXTE : ELISE NOYEZ
ILLUSTRATION : RIETLAND & ELISE NOYEZ


