16/12/2019

De l’eau usée comme engrais

Il y a de plus en plus de laveurs d’air chimiques et ils rejettent tous ensemble de plus en plus d’eau. Cette eau rejetée contient du sulfate d’ammonium qui pourrait servir d’engrais. Le projet UNIR a pour objectif de valoriser cet effluent.

Il y a déjà beaucoup de laveurs d’air chimiques dans le pays et il s’en ajoute toujours davantage. Christophe Boogaerts, chef de projet chez Vlaco asbl : « Pour réduire les émissions d’ammoniac, de nombreux agriculteurs en Flandre utilisent de tels laveurs. Ces derniers sont installés dans leurs étables. Beaucoup d’entre eux qui assèchent le fumier ou le digestat d’une installation de production de biogaz, en utilisent également. »

Or, un laveur chimique (acide) lave l’air contenant de l’ammoniac avec de l’eau acidifiée à l’acide sulfurique. Il en résulte une réaction chimique avec deux produits résiduels : de l’eau mais aussi du sulfate d’ammonium, c.-à-d. du (NH4)2SO4. « L’effluent rejeté contient plus de 290 grammes de sulfate d’ammonium par kilo », affirme Christophe Boogaerts.

Les quantités d’effluent contenant du sulfate d’ammonium augmentent chaque année, entre autres en raison de normes d’émission de plus en plus sévères.

UNIR

Le sulfate d’ammonium qui ne provient pas d’effluents est commercialisé aujourd’hui, la plupart du temps, sous forme de granulés. Le projet UNIR a pour objectif d’y apporter une réponse. Démarré en décembre 2018, il se terminera en décembre 2020. Il vise une percée de l’utilisation d’effluents de laveurs d’air comme engrais chimique. Les partenaires au projet sont Agropolis (Boterakker asbl), André Schelfhout (cultivateur de maïs), Biogas Bree, le Service pédologique de Belgique, Vlaco asbl, le Centre flamand de coordination du traitement du lisier asbl, Broekx Landbouw- en grondwerken (Travaux agricoles et terrassement), et le Boerenbond (Fédération agricole belge).

Vers les Pays-Bas

UNIR utilisait jusqu’à présent l’effluent de Biogas Bree. Cette dernière collecte cet effluent dans un réservoir de pré-stockage. Il s’y produit une décantation. Ce réservoir fait donc office de décanteur primaire. L’effluent ainsi épuré est transféré de temps à autre vers un grand silo. Ce dernier reçoit par an environ 1.000 m3 d’effluent, indique Christophe Boogaerts.

Les partenaires au projet estiment que le dosage habituel pour une utilisation comme engrais oscille autour de 1 mètre cube par hectare. Curieusement, une grande quantité de cet effluent est exportée par camions-citernes vers des agriculteurs aux Pays-Bas. Christophe Boogaerts le déplore. « L’effluent chargé en sulfate d’ammonium présente généralement un rapport azote/soufre de 1 sur 3. Il convient ainsi parfaitement, par exemple, aux cultures ayant un besoin relativement élevé en soufre, telles que les variétés de chou, les oignons, le céleri, le poireau, les céréales, l’herbe et le maïs ensilage. » Il fait également observer qu’il est paradoxal que ce sulfate d’ammonium, riche en azote, soit si peu utilisé alors que la Flandre importe chaque année plus de 40 millions de kilogrammes d’azote minéral. « Le sulfate d’ammonium local est donc une bonne alternative à l’importation d’engrais produits à l’étranger avec souvent une empreinte carbone élevée. »

« Le sulfate d’ammonium local est donc une bonne alternative à l’importation d’engrais produits à l’étranger avec souvent une empreinte carbone élevée. »

Christophe Boogaerts, chef de projet chez Vlaco asbl

Maïs et herbe

Selon les partenaires au projet, trop peu d’agriculteurs savent à quel point l’effluent rejeté peut être utile et leurs connaissances sur son utilisation correcte sont insuffisantes. Si les connaissances à ce sujet étaient plus répandues, cet engrais pourrait être vendu dans notre pays à des prix favorables.

« Pour tirer le meilleur parti de ses propriétés fertilisantes », déclare le responsable du projet, « il est conseillé d’apporter le produit à la plante de manière très ciblée : comme engrais en début de croissance ou comme engrais complémentaire. »

Pour le projet UNIR, cet apport s’est fait comme suit. L’effluent venant de Biogas Bree a été apporté par les partenaires au projet en tant qu’engrais complémentaire, à du maïs et à de l’herbe. « Afin de l’administrer le plus précisément possible, tout en réduisant au minimum la déperdition d’ammoniac et le risque de brûlure, l’entreprise contractante Broekx a mis en place des tuyaux goutte-à-goutte permettant d’appliquer l’effluent à la base de la plante. Un contractant a également fertilisé quelques parcelles d’essai à l’aide d’une solution alternative qui a fait ses preuves aux Pays-Bas : la rampe d’épandage à roues à injecteurs (spaakwielbemester). D’autres méthodes ont été utilisées par le passé en Flandre et aux Pays-Bas pour épandre l’effluent, en association ou non avec du lisier, et qui semblent meilleures que la pulvérisation en généralisé. Telles que des rampes d’épandage à patins et une pompe péristaltique montée sur, par exemple, une fraise buteuse ou un injecteur de prairie. »

Mélange

À l’avenir, les partenaires du projet envisagent d’utiliser les effluents venant non seulement de Biogas Bree, mais aussi, entre autres, de porcheries. « Si nous le faisons, nous examinerons la valeur ajoutée de la centralisation. Cette dernière donnerait un produit final plus homogène. Le mélange avec, par exemple, un engrais commercial liquide à l’azote tel qu’Urean est également une option.

Le parc d’activités agricoles d’Agropolis envisage également d’installer un silo, « dans le but de stocker les effluents des élevages porcins. Il est possible qu’un filtre y soit également installé pour épurer un peu l’effluent, en lieu et place de la décantation. Agropolis est l’un des principaux partenaires du projet UNIR et souhaite proposer aux éleveurs de porcs, le stockage, la centralisation et l’homogénéisation des effluents provenant des laveurs d’air chimiques. Mais avant d’installer le silo, Agropolis doit encore faire une évaluation finale de l’offre potentielle des éleveurs de porcs locaux et de la demande potentielle de sulfate d’ammonium. »

À l’avenir

Est-ce également rentable financièrement ? Christophe Boogaerts : « L’analyse financière reste à faire. Cela dépendra surtout de la capacité du projet à contribuer à court terme à la notoriété et à la demande parmi les agriculteurs pour un effluent au sulfate d’ammonium de haute qualité. Le prix de production pourrait dans ce cas augmenter. Au prix théorique actuel de dix euros par mètre cube, le kilo d’azote est déjà quatre à cinq fois moins cher que le sulfate d’ammonium solide importé. »

« Il y a des chances », conclut-il, « pour qu’à l’avenir, les effluents soient collectés chez les producteurs et acheminés ensuite vers un site de production. Il serait alors transformé sous une forme solide par mélange avec du digestat suivi d’un séchage. Sous cette forme solide il serait encore plus facile à utiliser. Les cultivateurs, par exemple, pourraient l’épandre eux-mêmes avec leur propre épandeur d’engrais chimique. » Et ainsi un autre flux résiduel intéressant pourrait être valorisé.

Par Koen Vandepopuliere

Photos Vlaco

www.vlaco.be/

De l’eau usée comme engrais

Il y a de plus en plus de laveurs d’air chimiques et ils rejettent tous ensemble de plus en plus d’eau. Cette eau rejetée contient du sulfate d’ammonium qui pourrait servir d’engrais. Le projet UNIR a pour objectif de valoriser cet effluent.

Il y a déjà beaucoup de laveurs d’air chimiques dans le pays et il s’en ajoute toujours davantage. Christophe Boogaerts, chef de projet chez Vlaco asbl : « Pour réduire les émissions d’ammoniac, de nombreux agriculteurs en Flandre utilisent de tels laveurs. Ces derniers sont installés dans leurs étables. Beaucoup d’entre eux qui assèchent le fumier ou le digestat d’une installation de production de biogaz, en utilisent également. »

Or, un laveur chimique (acide) lave l’air contenant de l’ammoniac avec de l’eau acidifiée à l’acide sulfurique. Il en résulte une réaction chimique avec deux produits résiduels : de l’eau mais aussi du sulfate d’ammonium, c.-à-d. du (NH4)2SO4. « L’effluent rejeté contient plus de 290 grammes de sulfate d’ammonium par kilo », affirme Christophe Boogaerts.

Les quantités d’effluent contenant du sulfate d’ammonium augmentent chaque année, entre autres en raison de normes d’émission de plus en plus sévères.

UNIR

Le sulfate d’ammonium qui ne provient pas d’effluents est commercialisé aujourd’hui, la plupart du temps, sous forme de granulés. Le projet UNIR a pour objectif d’y apporter une réponse. Démarré en décembre 2018, il se terminera en décembre 2020. Il vise une percée de l’utilisation d’effluents de laveurs d’air comme engrais chimique. Les partenaires au projet sont Agropolis (Boterakker asbl), André Schelfhout (cultivateur de maïs), Biogas Bree, le Service pédologique de Belgique, Vlaco asbl, le Centre flamand de coordination du traitement du lisier asbl, Broekx Landbouw- en grondwerken (Travaux agricoles et terrassement), et le Boerenbond (Fédération agricole belge).

Vers les Pays-Bas

UNIR utilisait jusqu’à présent l’effluent de Biogas Bree. Cette dernière collecte cet effluent dans un réservoir de pré-stockage. Il s’y produit une décantation. Ce réservoir fait donc office de décanteur primaire. L’effluent ainsi épuré est transféré de temps à autre vers un grand silo. Ce dernier reçoit par an environ 1.000 m3 d’effluent, indique Christophe Boogaerts.

Les partenaires au projet estiment que le dosage habituel pour une utilisation comme engrais oscille autour de 1 mètre cube par hectare. Curieusement, une grande quantité de cet effluent est exportée par camions-citernes vers des agriculteurs aux Pays-Bas. Christophe Boogaerts le déplore. « L’effluent chargé en sulfate d’ammonium présente généralement un rapport azote/soufre de 1 sur 3. Il convient ainsi parfaitement, par exemple, aux cultures ayant un besoin relativement élevé en soufre, telles que les variétés de chou, les oignons, le céleri, le poireau, les céréales, l’herbe et le maïs ensilage. » Il fait également observer qu’il est paradoxal que ce sulfate d’ammonium, riche en azote, soit si peu utilisé alors que la Flandre importe chaque année plus de 40 millions de kilogrammes d’azote minéral. « Le sulfate d’ammonium local est donc une bonne alternative à l’importation d’engrais produits à l’étranger avec souvent une empreinte carbone élevée. »

« Le sulfate d’ammonium local est donc une bonne alternative à l’importation d’engrais produits à l’étranger avec souvent une empreinte carbone élevée. »

Christophe Boogaerts, chef de projet chez Vlaco asbl

Maïs et herbe

Selon les partenaires au projet, trop peu d’agriculteurs savent à quel point l’effluent rejeté peut être utile et leurs connaissances sur son utilisation correcte sont insuffisantes. Si les connaissances à ce sujet étaient plus répandues, cet engrais pourrait être vendu dans notre pays à des prix favorables.

« Pour tirer le meilleur parti de ses propriétés fertilisantes », déclare le responsable du projet, « il est conseillé d’apporter le produit à la plante de manière très ciblée : comme engrais en début de croissance ou comme engrais complémentaire. »

Pour le projet UNIR, cet apport s’est fait comme suit. L’effluent venant de Biogas Bree a été apporté par les partenaires au projet en tant qu’engrais complémentaire, à du maïs et à de l’herbe. « Afin de l’administrer le plus précisément possible, tout en réduisant au minimum la déperdition d’ammoniac et le risque de brûlure, l’entreprise contractante Broekx a mis en place des tuyaux goutte-à-goutte permettant d’appliquer l’effluent à la base de la plante. Un contractant a également fertilisé quelques parcelles d’essai à l’aide d’une solution alternative qui a fait ses preuves aux Pays-Bas : la rampe d’épandage à roues à injecteurs (spaakwielbemester). D’autres méthodes ont été utilisées par le passé en Flandre et aux Pays-Bas pour épandre l’effluent, en association ou non avec du lisier, et qui semblent meilleures que la pulvérisation en généralisé. Telles que des rampes d’épandage à patins et une pompe péristaltique montée sur, par exemple, une fraise buteuse ou un injecteur de prairie. »

Mélange

À l’avenir, les partenaires du projet envisagent d’utiliser les effluents venant non seulement de Biogas Bree, mais aussi, entre autres, de porcheries. « Si nous le faisons, nous examinerons la valeur ajoutée de la centralisation. Cette dernière donnerait un produit final plus homogène. Le mélange avec, par exemple, un engrais commercial liquide à l’azote tel qu’Urean est également une option.

Le parc d’activités agricoles d’Agropolis envisage également d’installer un silo, « dans le but de stocker les effluents des élevages porcins. Il est possible qu’un filtre y soit également installé pour épurer un peu l’effluent, en lieu et place de la décantation. Agropolis est l’un des principaux partenaires du projet UNIR et souhaite proposer aux éleveurs de porcs, le stockage, la centralisation et l’homogénéisation des effluents provenant des laveurs d’air chimiques. Mais avant d’installer le silo, Agropolis doit encore faire une évaluation finale de l’offre potentielle des éleveurs de porcs locaux et de la demande potentielle de sulfate d’ammonium. »

À l’avenir

Est-ce également rentable financièrement ? Christophe Boogaerts : « L’analyse financière reste à faire. Cela dépendra surtout de la capacité du projet à contribuer à court terme à la notoriété et à la demande parmi les agriculteurs pour un effluent au sulfate d’ammonium de haute qualité. Le prix de production pourrait dans ce cas augmenter. Au prix théorique actuel de dix euros par mètre cube, le kilo d’azote est déjà quatre à cinq fois moins cher que le sulfate d’ammonium solide importé. »

« Il y a des chances », conclut-il, « pour qu’à l’avenir, les effluents soient collectés chez les producteurs et acheminés ensuite vers un site de production. Il serait alors transformé sous une forme solide par mélange avec du digestat suivi d’un séchage. Sous cette forme solide il serait encore plus facile à utiliser. Les cultivateurs, par exemple, pourraient l’épandre eux-mêmes avec leur propre épandeur d’engrais chimique. » Et ainsi un autre flux résiduel intéressant pourrait être valorisé.

Par Koen Vandepopuliere

Photos Vlaco

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