Concept innovant et histoire d’eau intéressante
Concept innovant et histoire d’eau intéressante
Le Groupe Colruyt adopte l’agriculture verticale
En mars, les magasins Bio-Planet ont mis en vente du basilic frais, cultivé selon le principe de l’agriculture verticale. Ce qui est révolutionnaire en l’occurrence, c’est qu’il s’agit d’une culture totalement propre à Colruyt. Le Groupe Colruyt a en effet construit, de façon ingénieuse, sa propre ‘ferme verticale’. Le circuit d’eau est particulièrement intéressant du fait de l’utilisation d’un système quasi en vase clos, alimenté en eau de pluie filtrée.
L’agriculture verticale n’est pas quelque chose de nouveau. Cultiver des plantes en différentes couches les unes au-dessus des autres, dans un espace clos, avec une température, une humidité et un éclairage optimaux, a de plus en plus le vent en poupe partout dans le monde. En raison de son caractère écologique, cette technique a également retenu l’attention de notre département R&D », déclare Lize Linclau, ingénieur R&D du Groupe Colruyt. « Ce qui a commencé par une installation bricolée et quelques plants, a débouché sur un projet pilote à l’aide duquel nous avons testé la durabilité et la faisabilité économique. À présent, trois ans plus tard, nous avons notre propre ferme verticale qui n’a pas sa pareille. Une collaboration intensive entre le département R&D et le service technique a abouti à un concept unique qui nécessite 20 fois moins d’espace, 90 % moins d’eau et 50 % moins de nutriments que la culture conventionnelle. Le caractère durable est encore intensifié par le substrat entièrement compostable et résultant d’un mélange de flux résiduels ; par le fait aussi que l’installation fonctionne totalement à l’énergie verte et que les plantes sont alimentées en eau de pluie, recyclée au maximum.
Un demi-litre par plante
Contrairement à la culture végétale traditionnelle, l’agriculture verticale nécessite très peu d’eau : un demi-litre suffit pour qu’une graine de basilic devienne une plante adulte. « Ceci est entièrement lié aux conditions optimales dans lesquelles nous pouvons cultiver », déclare Lize Linclau. « Par exemple, les plantes ne sont pas exposées à une chaleur excessive, grâce à une manière unique de ventiler. Elles n’ont pas non plus à attendre que l’eau s’infiltre dans le sol, car elles reçoivent régulièrement un mélange d’eau et de nutriments via leurs racines. Cela se fait à l’aide d’un système de circulation spécialement conçu et piloté automatiquement. Le moment et les doses sont équilibrés, et sont fonction de la phase de croissance. Ceci a, bien sûr, aussi un impact positif sur la consommation d’eau. Chaque plante reçoit exactement ce dont elle a besoin, ni plus ni moins. »
Récupération optimale
Et mieux encore, la ferme verticale ne consomme effectivement que 10 % de ce demi-litre. Le département de R&D et le service technique ont, en effet, mis au point un concept novateur qui recycle et réutilise l’eau évaporée. « Les plantes pompent l’eau à travers tout leur corps, après quoi 90 % de cette eau s’évaporera sous l’influence du climat créé », explique Lize Linclau. « Cette vapeur d’eau est aspirée par nos centrales de traitement d’air, reconvertie en eau par condensation, puis rajoutée au circuit d’eau. Nous économisons ainsi 300 litres d’eau par jour. Dans une future ferme éventuelle, où les plantes seraient produites pour l’ensemble du groupe Colruyt, cela signifierait une économie d’eau d’environ 14,5 m3 par jour. Comme les plantes tirent de l’eau les nutriments nécessaires, la quantité d’éléments nutritifs est maintenue en permanence à niveau. Nous veillons ainsi à ce que toutes les plantes reçoivent les nutriments appropriés. Grâce à la circulation d’eau en circuit fermé, nous pouvons produire des plantes pendant quelque 40 à 60 jours avec le même lot d’à peine 4,5 m3 d’eau enrichie, sans ajouter d’eau. La qualité de cette eau est bien entendu surveillée rigoureusement. Le travail sous forme de lots nous permet de contrôler sans cesse les taux de nutriments dans l’eau. En outre, on évite aussi le risque de maladies des plantes. En vue de l’agrandissement de la ferme, nous continuons naturellement à veiller à optimiser le système. Par exemple, je crois fermement qu’avec les connaissances que nous acquérons au sujet de l’installation actuelle, nous serons en mesure, à terme, de passer à un système continu. »
Expérience en eau de pluie valorisée
En raison de la faible consommation d’eau, le Groupe Colruyt aurait facilement pu combler ses besoins avec de l’eau de la ville. Cela aurait évité au département R&D bien des tracas et aurait fait gagner du temps. Néanmoins, il a été délibérément choisi d’utiliser de l’eau de pluie purifiée. « Nous sommes d’avis que nous devons aller au bout du bout pour réduire notre empreinte écologique », affirme Lize Linclau. « En outre, nous disposons en interne d’un trésor de connaissances dans ce domaine. Ainsi, nous convertissons, depuis des années, les eaux résiduelles et pluviales de notre site de transformation de la viande, en eau potable que nous utilisons en production effective depuis 2014 et 2017 respectivement. De plus, sur divers sites du groupe, nous suivons les composants présents dans nos eaux résiduelles et pluviales. Cela nous donne une bonne idée des substances que nous pouvons nous attendre à trouver dans l’eau, et où et à quel moment. Tant au département R&D qu’au service technique, différents projets sont en cours avec pour objectif de mieux investir dans les sources alternatives d’eau. Bref, il nous a semblé logique d’utiliser ces connaissances pour notre ferme verticale. »
Épuration simple
L’usine pilote fonctionnait bien à l’eau de la ville dépouillée de tous ses nutriments par osmose inverse. « De cette façon, nous pouvions toujours démarrer avec la même qualité d’eau », déclare Lize Linclau. « Ainsi, l’eau d’alimentation constituait un facteur constant durant la phase de recherche. Dans la vraie ferme verticale, ce n’est pas le cas parce que nous y utilisons de l’eau de pluie. Cependant, grâce à notre expérience en matière de qualité prévisible de l’eau de pluie, nous avons pu conclure que l’impact sur l’eau d’alimentation et sur les plantes serait faible, moyennant toutefois un processus d’épuration limité. Concrètement, nous collectons l’eau de pluie du toit de l’entrepôt où se trouve la ferme verticale. Cette dernière est épurée à l’aide d’un simple filtre à sédiment et à charbon actif, et nous la stockons dans un petit réservoir-tampon. L’eau de pluie y circule à travers un filtre à UV afin de prévenir la formation de bactéries et de moisissures. Le fait que ce soit suffisant est en partie dû à l’engagement de divers services au sein du groupe, allant du choix des réservoirs-tampons et de la couverture de toiture, aux matériaux utilisés lors des travaux d’entretien ou de réparation. L’utilisation de produits chimiques est très logiquement proscrite. »
Réserves suffisantes
Malgré qu’il pleuve beaucoup en Belgique, il peut arriver cependant, en été, que les réserves s’épuisent. Comment le groupe Colruyt a-t-il l’intention de faire face à de telles situations ? « En raison de la faible consommation de la ferme verticale, nous tenons au moins 40 jours avec un réservoir d’eau d’alimentation plein », nous confie Lize Linclau. « Ce serait étonnant qu’en Belgique il ne pleuve pas une goutte durant une période aussi longue. En outre, nous disposons dans le réservoir-tampon d’eau de pluie, de cinq fois le volume d’un réservoir d’eau d’alimentation. Ce serait vraiment le diable que nous soyons confrontés à une véritable pénurie. Et si cela devait arriver malgré tout, nous aurions toujours, temporairement, la possibilité de passer assez facilement à une eau provenant de l’osmose inverse.
Dans les starting-blocks
Aujourd’hui, la ferme verticale du Groupe Colruyt est prête pour la commercialisation. En mars, les premiers plants de basilic étaient proposés par Bio-Planet, accompagnés d’une grande campagne de promotion. Assez rapidement la coriandre sera également disponible. « Si le concept prend, il y a de fortes chances que nous agrandissions notre ferme verticale, tant en termes de taille que de gamme de plantes », conclut Lize Linclau. « La taille nous permet également de rendre notre projet économiquement viable, ce qui est en fin de compte l’objectif ultime. Nous restons bien entendu une entreprise commerciale, mais une entreprise qui valorise fortement la durabilité. »
Par Els Jonckheere
Photos : Groupe Colruyt




