EPURATION DES EAUX USÉES  
Aquarama 110 – décembre 2025

Rinçage durable des toilettes en zone urbaine : une affaire de compromis

Le réaménagement en cours du campus Ardoyen de l’UGent achèvera de le transformer en Tech Lane Ghent Science Park. Une occasion idéale pour reconsidérer le cycle de l’eau au sein des bâtiments universitaires et déconnecter du réseau municipal de distribution les chasses d’eau des toilettes. Un exercice d’équilibre entre les ambitions de l’université et la rigueur accrue des critères d’utilisation a mené à un système hybride reposant sur les eaux de pluie et l’épuration locale des eaux usées.

« En principe, nous envisagions de laisser les eaux de pluie s’infiltrer complètement et d’affecter l’eau récupérée au rinçage des toilettes », relate Tom Ceriez, équipe Construction et Entretien de l’UGent. « Mais dans le cadre du nouveau règlement sur les eaux pluviales, un tel projet s’avérait difficile à concrétiser. Il aurait nécessité d’énormes tampons et dispositifs d’infiltration. Le compromis réside dans l’usage conjoint d’eaux de pluie et de récupération. Dans les bâtiments existants dépourvus de citerne d’eau de pluie, le rinçage des toilettes est assuré à 100% par l’eau de récupération, tandis que dans les bâtiments plus récents, le mélange des différents flux s’opère dans un réservoir en fonction du stock d’eau de pluie. »

Épuration des eaux usées

L’eau de récupération dont parle Ceriez provient d’un Phytoair, le filtre à hélophytes proposé par le spécialiste en roselières Rietland. « Il y a quelques années, la faculté des sciences pharmaceutiques avait déjà vu la plantation d’une telle roselière. Cette dernière remplit parfaitement sa fonction, prend relativement peu de place et ne requiert qu’un entretien réduit. Cette solution s’imposait comme un choix logique. »

Couvrant une superficie totale voisine de 250 m², le Phytoair de Zwijnaarde est à même de traiter 60 m³ d’eaux usées par jour. Ces eaux usées proviennent des laboratoires, bâtiments universitaires et bâtiments industriels édifiés sur le site. Les fosses septiques assurent, si nécessaire, la décomposition des matières solides, après quoi les eaux usées sont stockées dans le bassin d’une ancienne station d’épuration biologique. En fonction des besoins, les influents sont acheminés vers le filtre à hélophytes, puis distribués vers les bâtiments raccordés via un réservoir tampon et d’effluents.

Une question de pilotage

Le pilotage est un facteur crucial dans le succès de la solution mise en place à Zwijnaarde, tant au niveau du système qu’à celui de la roselière. « Pour réguler le mélange eau de pluie et eau de récupération dans les différents bâtiments, Fixsus a mis au point un système de gestion intelligent. Il tiendra compte, entre autres, des réserves d’eau de pluie, mais aussi, p. ex., de priorités spécifiques dans certains bâtiments et sous peu des prévisions météorologiques. » De plus, la roselière opère entièrement à la demande et par conséquent ne traite les eaux usées que lorsque cela s’impose. « Comme les eaux traitées ne peuvent être déversées dans les zones urbaines, égouts inclus, en pousser l’épuration au-delà du raisonnable serait contre-productif », précise Mireille Martens (Rietland).

Selon Dion van Oirschot, directeur de Rietland, un autre argument plaide en faveur d’une gestion à la demande. « La réutilisation d’eaux usées traitées localement permet par définition de réduire la consommation d’eau courante, mais les systèmes de gestion à la demande offrent le meilleur retour sur investissement. En fonction de la consommation, la durée d’amortissement d’une roselière ne s’élève qu’à 3 ou 4 ans. »

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un programme de la Vlaamse Milieumaatschappij qui fait partie du Blue Deal. 

vmm.vlaanderen.be/projecten/lokaal/proeftuinen-droogte

www.rietland.com

Texte : Elise Noyez

Illustration : UGent